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En isolement

JOUR 0 – TOUJOURS PRÊT

À peine arrivés chez Chris, le sol était couvert d’un fouillis de matériel : des piles étiquetées « Entrée », « Sortie » et « Peut‑être ». Les décisions de dernière minute entraînent toujours un sur‑emballage, tout en oubliant parfois un élément essentiel.

Les sacs remplis, Dave, Chris et Peachey ont quitté Cardiff pour rejoindre Greg à Gatwick. Nous l’avons trouvé encore en train de faire ses valises à l’aéroport, puis nous avons transporté nos bagages au comptoir du service. « Peachey – dépassement de poids ». On aurait dû s’y attendre. Après un échange de matériel, nous avons embarqué pour Tromsø. Une dernière nuit de « luxe » dans l’auberge la moins chère de la ville (les Norvégiens ne font pas de cheap) nous a permis de nous détendre en peignoirs, tout en révisant notre itinéraire.

JOUR 1 – DÉPART ALPIN (CAVERNIER)

Nous avons quitté Lyngen à 10 h, au deuxième bus disponible. En quelques minutes, les panoramas époustouflants se sont imposés. Le midi, nous avons quitté Nordkjosbotn, confiants. Le temps était clément, la température douce, la navigation simple et le terrain agréable, même si nos épaules étaient douloureuses à cause de nos sacs lourds, chargés pour deux semaines de traversée sans ravitaillement.

En approchant de la crête finale avant notre premier sommet majeur, la neige a cédé, le vent a augmenté et une grêle horizontale a réduit la visibilité à zéro. C’était un véritable coup dur : le prochain camp était loin et la lumière déclinait. Nous avons donc atteint le col et sommes descendus sur le glacier. Ce qui devait être une descente simple s’est transformé en patinoire verticale. Nous avons sorti crampons et piolets, puis entamé une descente en rappel de 150 m sur une glace dure, sautant des crevasses et évitant les rochers qui dévalaient la falaise adjacente. Dans l’obscurité de la tempête, les faisceaux de nos lampes frontales nous ont guidés jusqu’à notre premier camp. Frigorifiés, nous avons dégusté un petit déjeuner froid et nous sommes blottis dans notre tente chaleureuse.

JOUR 2 – DÉNI

Après une nuit longue, froide et orageuse, le matin était humide et venteux. Le réveil à 5 h30 nous a offert un « festin ». Mais, pressés pour le bus et confrontés à la barrière linguistique, nous avons acheté une grande quantité de paraffine pour notre réchaud à gaz blanc, sans mèche. Nous avons donc dû nous contenter de rations froides.

Le petit‑déjeuner était un « hachis parmentier végétarien » en poudre, mélangé à une sauce à l’eau glaciaire – délicieux ! Après avoir réalisé que nous devions poursuivre sans repas chaud, nous avons repris la route, tentant de rattraper le temps perdu. Nous avons fait des pauses pour admirer les paysages spectaculaires : glaciers abrupts perchés sur des pics escarpés, cascades d’eau de fonte se jetant dans des lacs d’un bleu lumineux. Le moral s’est progressivement amélioré alors que nous avancions vers le deuxième camp.
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JOUR 3 – BATTANT LE MORAL

Notre relevé aérien n’a pas rendu justice à la zone : des cols qui semblaient franchissables et des crêtes escaladables se sont révélés être des falaises abruptes et instables. Le passage prévu vers le glacier Jiehkkevárri était impraticable avec nos sacs lourds ; la voie principale vers le sommet se trouvait à l’ouest, hors de notre itinéraire. Nous avons donc choisi la distance plutôt que le sommet. Le moral bas, nous avons emprunté une route alternative col‑à‑col autour du massif. Cette décision a dévoilé un terrain montagneux vierge, des lacs perchés, des glaciers suspendus et des panoramas grandioses – le Lyngsalpan ne nous a pas déçus.

JOUR 4 – LA MAUVAISE JOURNÉE DE DAVE

Greg Kemp, le roi du rangement, sait toujours où se trouve son matériel. Dave, en revanche, a découvert au réveil qu’il avait perdu ses gants – « Aujourd’hui sera une mauvaise journée ». Malgré cela, l’équipe était d’humeur plus joyeuse. L’idée de rejoindre Lyngseidet et de retrouver du carburant et de la nourriture chaude a redonné du courage à Dave, qui a même senti son sac s’alléger, accompagné d’une odeur de fumée.

Rapidement, Dave s’est retrouvé, pantalon aux chevilles, les fesses immergées dans un ruisseau glaciaire, tentant d’enlever la paraffine qui s’était répandue sur son dos et le brûlait. Nous avons ri, récupéré ce que nous pouvions, puis, après un bref arrêt à la civilisation pour du bon carburant et des calzones italiens grillés, nous avons repris le chemin. Mais Chris a accidentellement allumé le carburant de secours, déclenchant un feu qui a consumé la soupe de betterave de Dave et ses sachets de chocolat chaud. Nous avons finalement pu préparer notre premier repas chaud avec le peu de carburant restant, qui nous a duré les cinq jours suivants. La perte de la fourchette de Dave a ajouté un quatrième incident à sa mauvaise journée.

JOUR 5 – LA GÂCHE DE KLYMIT

Peachey, épuisé, grelottant et affamé, s’est réveillé sur le sol froid. Il a découvert que le matelas gonflable Klymit était sur‑inflé : le joint était cassé, le laissant dormir sur du gravier pointu et glacial. Les autres, repus et en forme, ont empaqueté leurs sacs au lever du soleil, enthousiastes pour la journée.

Du haut d’un pic ensoleillé, nous admirions la vue pendant que Peachey, affamé, peinait à le suivre. Dave profitait de l’occasion pour laisser la paraffine brûler davantage sur ses fesses. Nous avons observé le majestueux glacier Strupbreen qui s’étendait devant nous. La descente rapide, avec bâtons pliés et Peachey pressé, nous a menés à la traversée de 10 km du glacier. Crampons aux pieds, piolets en main, nous avons passé l’après‑midi à sauter de crevasse en crevasse. Le soleil glacial déclinait, et les énormes grilles de crevasses, les blocs de glace surgissant du fond du glacier, rendaient le passage semblable à un jeu de Pac‑Man grandeur nature. Après de multiples allers‑retours, nous avons finalement trouvé une traversée plus simple à la base du glacier, menant à la « vallée des rochers ».
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JOUR 6 – L’ENFER DES ROCHERS

Ce matin, dans l’ombre du glacier, nous avons avancé en chaussettes froides et rigides, pénétrant une vallée envahie de gravier et de rochers qui s’étendaient à perte de vue. Chaque tentative d’escalader les pentes raides et lâches était accompagnée d’une chute de pression, de nuages bas et de grêle, annonçant le début d’une tempête. En quelques minutes, nous étions trempés, les rochers mouillés ressemblant à de la glace, marchant sur des corniches précaires, espérant atteindre la crête ou que le mauvais temps passe.

Le vent s’est intensifié, la grêle horizontale et les rochers très instables ont rendu la progression pénible. Après plusieurs heures d’escalade technique sur des sommets rocheux, la visibilité était nulle, le ciel assombri et le vent projetait les pierres dans l’air. Nous avons finalement rebroussé chemin vers un nouveau camp, au cœur de la vallée des rochers.

JOUR 7 – LE JOUR APRÈS LA NUIT PRÉCÉDENTE

Les blessures se sont aggravées : l’articulation de la cheville de Peachey gonflait, Chris et Dave développaient des infections aux pieds, couvertes de plaies saignantes, et Greg s’est fait une ampoule sur un orteil. Boitant, nous avons quitté la vallée le long du flanc d’Olostinden, traversé un bois de bouleaux plein de papillons blancs et cueilli des myrtilles.

Nous avons installé la tente, ramassé des branches de bouleau pour un feu, et savouré un bon pâté chaud, de la custard et du thé à la menthe. Greg a alors réalisé qu’il avait répété l’erreur de Peachey : une fuite dans son sac. Il a désespérément tenté de la réparer sans succès. Heureusement, Peachey, toujours généreux, a offert de dormir sur le rocher sous la tente.
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JOUR 8 – LA CHUTE DE CHRIS

Les pieds de Chris se détérioraient, montrant des signes de cellulite. Au réveil, il ressentait une douleur fulgurante. Nous avons donc dû discuter sérieusement de sa capacité à terminer la traversée. Après conseil médical par SMS, il a tenté de faire de l’autostop vers Storvel, un village de pêcheurs, où nous pouvions l’évaluer.

Nous avons allégé nos sacs, avancé rapidement le long de la côte pour le rejoindre. Sur Ruidfjellet, seuls des troupeaux de rennes timides nous accompagnaient, offrant des panoramas impressionnants du péninsule nord et des fjords à l’ouest. En arrivant à Storvel, nous l’avons trouvé endormi sur un pont, enveloppé dans toutes ses vêtements. Refusant d’abandonner, il a décidé de lutter contre la douleur pour nous accompagner jusqu’à la côte nord. Nous avons installé le camp près d’une source sur un col venteux.

JOUR 9 – FACE AU NORD

En ouvrant la tente, la vue sur le dernier pic était impressionnante. Nous avons descendu vers la base du Russelfjellet. L’ascension était aisée, le vent nous poussait. Après quelques passages techniques et rappels le long de la crête ondulée, nous avons atteint le sommet, sous un ciel d’un bleu cristallin, offrant une perspective sur le vaste et rude terrain que nous avions traversé. Le glacier Jiehkkevárri se dressait entre les pics, rappelant le départ difficile.

Le coucher du soleil nous a trouvés au bout de la péninsule, les vagues déferlant, des îles entre nous et les glaces arctiques. Nous avons retiré nos bottes, dégusté des baies de lyngen et remarqué une petite cabane sur la côte. Dave a ouvert la porte, qui était grande ouverte. Nous nous sommes installés dans le petit refuge chauffé au bois, nous sommes déshabillés, séché notre matériel, et avons inscrit notre histoire dans le registre laissé aux voyageurs. Épuisés, nous avons passé la nuit dans le petit grenier chaleureux.

JOUR 10 – QU’EST‑CE ? UNE CUILLÈRE ?

Nous avons partagé un dernier porridge glacé à la cuillère unique. Le périple a été difficile, six cuillères ont disparu, et le mauvais temps a empêché d’atteindre notre objectif complet. Mais nous avons vécu une aventure incroyable dans le peu exploré Lyngalspan. Sacs remplis et estomacs rassasiés, nous avons repris la route vers Russelv pour le retour. La traversée de haute altitude, non soutenue, attend ceux qui ont le dos assez fort !


L’équipe du Lyngen Alps Traverse a remporté la subvention 2013 The Adventure Fund, en partenariat avec Sidetracked Magazine. The Adventure Fund est un prix annuel destiné à soutenir la concrétisation d’idées d’aventures et d’expéditions. La date limite des candidatures est le 1er mars. Pour plus d’informations, visitez le site : theadventurefund.com

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