Une femme autochtone — et Banksy — affrontent le mur à Bethléem
Lors d’un voyage à Bethléem pour enquêter sur l’histoire de ma famille, l’écrivaine londonienne Liza Foreman découvre la dure réalité de la ville, symbolisée par le mur de séparation. Ce même mur a inspiré le projet artistique et d’hospitalité de Banksy, le Walled Off Hotel et Museum.
Voyage vers le mur
« Y a‑t‑il beaucoup de combattants de l’État islamique dans le Sinaï ? » ai‑je demandé à mon chauffeur de taxi en traversant le désert du Sud‑Sinaï en direction de la frontière israélienne et du Sinaï Nord, plus dangereux.
Je partais de la station balnéaire de Sharm el‑Sheikh, autrefois très prisée, qui a vu son tourisme s’effondrer après le crash d’un avion russe en 2015. J’y étais allée comme jurée du premier Festival du film de Sharm el‑Sheikh, entre séances de snorkeling et projections nocturnes. Cette fois‑ci, mon but était Bethléem, afin de recueillir des archives familiales.
Mon chauffeur m’a expliqué que les groupes djihadistes étaient plutôt à l’ouest, près de Gaza. Quelques semaines plus tard, l’État islamique a revendiqué une attaque contre le monastère Sainte‑Catherine, site classé UNESCO sur notre route, et Israël a fermé la frontière sud.
Le matin de mon passage, le seul obstacle a été de me frayer un chemin parmi vingt bus de pèlerins indonésiens. Après de multiples questions du contrôle israélien – notamment sur mes intentions de visiter les villes palestiniennes, réponse toujours « non » pour obtenir l’entrée – j’ai rejoint le terminal d’Eilat, pris le bus pour Jérusalem, puis un taxi jusqu’au point de passage de Bethléem, avant de traverser le sinistre poste de contrôle du Tombeau de Rachel.
À la découverte de mes racines
La plupart des visiteurs viennent à Bethléem pour la Nativité, mais je suis venue chercher les registres de ma famille conservés à la paroisse. Ces archives remontent au XVIIe siècle, moment où le pape a ordonné la tenue de tels registres. J’ai pu voir les tombes de mes grands‑parents au cimetière de la Grotte du Lait et visiter la maison de mes arrière‑grands‑parents, récemment restaurée, près de l’église luthérienne de Noël.
Mon arrière‑grand‑père, Girius Kattan, fut gouverneur de Bethléem au début des années 1910. Sa maison, aujourd’hui signalée d’une plaque, se trouve au cœur de la vieille ville, face à l’International Nativity Museum. Un commerçant local, parent éloigné, m’a raconté que la famille Kattan possédait autrefois une grande partie du quartier, était conseillère de la famille royale jordanienne et commerçait du textile entre Kobe, Mumbai et Khartoum.
Les bâtiments en pierre et les ruelles pavées de la vieille ville ont été restaurés grâce à l’aide d’organisations comme l’USAID, qui appose des panneaux de remerciement.
Pour accéder à la ville, les visiteurs doivent franchir d’impressionnants postes de contrôle israéliens, laissant une première impression très sombre. Les Palestiniens, sans les permis adéquats, ne peuvent ni se rendre à Jérusalem ni circuler librement. Des millions ont perdu leurs foyers depuis la création d’Israël, vivant aujourd’hui dans des camps ou comme citoyens de seconde zone sur leurs propres terres.
Outre son importance historique, Bethléem est aujourd’hui marquée par un mur de quinze ans d’âge et une tour de guet, d’où vient aussi mon intérêt.
Banksy et le mur
J’ai voulu voir le nouveau projet de Banksy, le Walled Off Hotel & Museum, ouvert la semaine de mon arrivée. Le musée raconte l’histoire du mur et les souffrances (ou horreurs) vécues par les Palestiniens. On y trouve, entre autres, une maquette grandeur nature d’Arthur Balfour signant la Déclaration de Balfour, qui annonçait le soutien britannique à un foyer national juif en Palestine, événement du centenaire.
L’hôtel, rappelant les décors des années 1920, offre une vue imprenable sur le mur depuis la salle à manger et certaines chambres. Sa décoration mêle outils de construction et caméras de surveillance, créant un contraste saisissant entre luxe et environnement hostile.
Le jour même, l’ONU a publié un rapport qualifiant la politique israélienne envers les Palestiniens d’« apartheid ». Je traversais le poste de contrôle du Tombeau de Rachel avec des travailleurs palestiniens, remarquant la lenteur du passage – deux heures parfois – mais aussi la résilience du peuple.
En marchant près du luxueux hôtel de Banksy, mon compagnon m’a expliqué que le musée était gratuit pour les locaux, bien que beaucoup d’habitants ne le connaissent pas.
Vivre à Bethléem
Bethléem comprend plusieurs villages, dont Beit Jala et Beit Sahour, où je logeais au Hosh‑Al‑Subbar, une maison d’hôtes familiale offrant des petits‑déjeuners maison (salades d’aubergine, avocat, patates douces). Les habitants, comme mon chauffeur, m’accueillaient avec générosité malgré leurs difficultés économiques.
J’ai parcouru les ruelles de la vieille ville, observé des bergers conduisant leurs troupeaux, visité le cimetière de la Grotte du Lait et les tombes de la famille Kattan. J’ai aussi passé des après‑middis à déguster du cheesecake près de l’église de la Nativité, malgré le rejet de mon père qui m’a renié à la naissance.
À ne pas manquer à Bethléem
- Visiter l’église de la Nativité et admirer ses trésors.
- Flâner dans la vieille ville de Bethléem.
- Explorer la restaurée ville de Beit Sahour.
- Faire le tour du musée du mur de Banksy et prendre le thé à l’hôtel.
- Découvrir le Centre et Musée d’icônes de Bethléem.
- Participer à une visite guidée avec le Palestinian Conflict Transformation Center.
- Traverser le poste de contrôle du Tombeau de Rachel pour une expérience dystopique.
- Visiter la vieille ville de Jérusalem.
Où loger
- Hosh Al Subbar
- Hosh‑Al‑Syrian boutique hotel
- Walled Off Hotel de Banksy
- Jacir Palace
Où manger
- Street‑food : les stands de falafel autour de la Place de la Crèche, notamment Afteem.
- Gourmand : le Hosh‑Al‑Syrian, dirigé par un chef diplômé du Cordon Bleu.
Planifier votre voyage
Comment y arriver : l’aéroport le plus proche est Ben Gurion à Tel Aviv. De là, prendre les bus Egged ou le réseau ferroviaire.
Se déplacer : depuis Jérusalem, le bus arabe vers le Tombeau de Rachel, puis marcher ou prendre un taxi. Le bus 21 relie directement Jérusalem à Beit Jala via la Porte de Damas. Les bus s’arrêtent vers 19 h 30.
Quand y aller : toute l’année, mais les piscines sont fermées en hiver.
À emporter : hauts à manches longues et pantalons pour les sites religieux.
Astuces locales : télécharger maps.me, car les cartes Google ne couvrent pas la Palestine.
Lecture de chevet : la Bible.




