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Porter le fardeau : mon défi sur le sentier du camp de base de l'Everest

Introduction

Le deuxième jour, les doutes s’infiltraient comme des flèches : ma capacité, ma santé mentale, mon endurance. Le rêve, né il y a deux ans autour d’une tasse de café, se transformait peu à peu en cauchemar. Pourquoi pensais‑je pouvoir assumer le travail d’un porteur d’altitude ? Mon entraînement se limitait à une demi‑heure de charge sur terrain plat pour une séance photo. Maintenant, sur le sentier menant au camp de base de l’Everest, le dos meurtri, une douleur naissante à la base de la colonne et encore deux semaines de marche devant moi, je me demandais : « Quel imbécile suis‑je ? »

Le porteur, héros méconnu des Himalaya

Dans les régions himalayennes, ce sont les porteurs qui transportent la majorité du matériel des randonneurs, des alpinistes, des hôtels et des lodges. Ils transforment les rêves des autres en réalité. Armé d’environ 35 kg sur le dos, je me suis lancé dans l’expérience : un Écossais de 51 ans, à la peau claire et aux cheveux roux, gravissant le chemin vers le camp de base.

Un départ impulsif

Il y a deux ans, sous une tente dans la région de Limi, au Népal occidental, je me suis demandé à quoi ressemblait la vie d’un porteur. J’ai décidé d’en faire l’objet d’une aventure, mais aujourd’hui, à deux jours de Lukla, le plan paraît loin d’être sensé. Je suis malade, vomissant chaque bouchée, les nouilles remontent aussitôt qu’elles entrent. J’envisage d’engager un autre porteur (ironie du sort) pour porter mon matériel pendant que je ne transportais que mon appareil photo.

Le poids du fardeau

Bien que je connaisse le tracé sur le bout des doigts – 17 passages, plus de trente excursions guidées en Himalaya – porter une charge lourde change la perspective. La plupart du temps, je suis penché à presque 180°, concentré sur trois pas à l’avance. Lever les yeux devient un luxe.

Rencontres sur le sentier

Les porteurs et les trekkeurs du monde entier me dévisagent comme une curiosité. Ma fierté et mon entêtement me poussent à continuer, même quand le découragement pointe le bout de son nez. Je suis devenu une sorte de « tortue » dans une coquille trop grande.

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Intégration à l’équipe de porteurs

J’ai rejoint une équipe de six porteurs, au service de huit clients occidentaux, principalement britanniques. Le deuxième jour, Danba Kulung Rai, 20 ans, m’a avoué se demander « qui est ce touriste étrange qui veut porter de lourdes sacs ? ». Les porteurs népalais utilisent le namlo, une sangle qui repose sur le front et soutient la charge, parfois jusqu’à 100 kg. J’ai adapté mon sac à dos en une sorte de cadre pour les deux sacs des clients, que j’ai baptisé « Vera » en hommage à la couturière qui l’a confectionné.

Adaptation et progression

Les Népalais portent leurs charges depuis l’enfance, les tout‑petits les tirant déjà sur leurs têtes. Leur corps s’est adapté toute une vie. Le mien doit rattraper le retard en quelques semaines. Au huitième jour, le réveil matinal n’est plus « Pas un jour de plus », mais une anticipation du défi qui m’attend.

Le point culminant à Dingboche

À 4 400 m, à Dingboche – village perché entre Ama Dablam et le mur de Lhotse – mes démons intérieurs ont été vaincus. Je réalise que je ne suis pas fou et que je peux le faire. Mon attitude change, tout comme celle des porteurs qui, d’abord distants, commencent à m’inclure dans leurs conversations, à marcher à mon rythme et à attendre pendant que je prépare ma caméra.

« Nous devons payer nos propres logements et la nourriture est très chère », explique Robeen Tamang. « La plupart des porteurs ne mangent qu’un repas par jour pour économiser. » Pasang Noru Sherpa, dix ans d’expérience, ajoute que le salaire de 750 rupees ne suffit pas à couvrir deux repas.

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Nutrition et perte de poids

Les porteurs se contentent d’un grand bol de dhal bhat (riz, lentilles et légumes). Mon estomac ne supporte pas ces quantités ; je compense avec des nouilles, du chocolat et parfois du poulet, ce qui me coûte cher. Malgré tout, j’ai perdu près de huit kilogrammes après avoir porté 35 kg pendant 5 à 9 heures chaque jour.

Perspectives des porteurs

La plupart effectuent deux à trois treks par saison, certains en prévoient même cinq. Pasang Doma Sherpa, femme porteur depuis douze ans, raconte qu’elle compte arrêter d’ici trois ans pour offrir une meilleure éducation à ses enfants, soulignant que « la vie de porteur n’est pas une vie agréable ».

Conclusion émotive

Arrivé à Gorak Shep, dernier village avant le camp de base, j’ai été submergé d’émotion. J’ai réalisé mon rêve, j’ai vacillé, j’ai creusé profondément en moi et j’ai atteint le sommet, fardeau de porteur sur les épaules. J’ai goûté à la vie de porteur et, comme le souligne Pasang, ce n’est pas une existence enviable. Mais j’ai choisi de la vivre une fois, pour comprendre.

« Que faire si je ne suis pas heureux ? », demande Man Bhadur Rai, mon porteur. « Je dois continuer à porter. C’est difficile, je n’ai pas le choix. C’est une vie dure, mais je travaille pour en tirer quelque chose. Je rêve de marcher avec un fardeau léger, mais mon cœur reste lourd. »

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    Porter Fox est le rédacteur de Nowhere Magazine, un trimestriel reconnu pour ses récits de voyage à la fois poétiques et immersifs. Dans cet entretien, il partage ses aventures littéraires, son approche du magazine et sa liste de lecture actuelle. Parlez‑nous un peu de vous et de votre parcours avant de créer Nowhere J’ai longtemps écrit sur le voyage, la littérature, les communautés anarchistes, l’aventure et des sujets similaires. Après des études d’écriture à New York en 2003, je suis devenu

  • Portrait du rédacteur : Porter Fox

    Profil Ville dorigine : Brooklyn, New York. Profession : Rédacteur de Nowhere Magazine. Destinations préférées : Le désert. Rêve de visiter : Le Pacifique Sud. Rituels de voyage étranges : Rester éveillé 24 heures dès larrivée pour combattre le décalage horaire. Programme de détente en vol : Comédies romantiques. Indispensables dans le bagage à main : iPad et Valium. Conciergerie ou autonomie ? Les barmans et les commerçants me dépannent toujours. Explorer à fond ou prendre son temps ? Je préfè