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Le Tour de Tranter à vélo

Nos souvenirs d’exploits d’endurance sont souvent fragmentés : la monotonie du déplacement s’efface, tandis que quelques instants brillent comme des souvenirs cristallins. Ce texte n’est pas le compte‑rendu complet d’une traversée, mais l’essence distillée de ces moments, semblable à un single malt écossais partagé entre deux aventuriers.

Kilomètre 39 – Intimité et exposition

Minuit sonne, Gary Tompsett et Max Cousins sont accroupis à 1 056 m, au sommet du Na Gruagaichean, en train de dévorer des sandwichs fromage‑cornichon. Le vent et la pluie les obligent à avancer rapidement, l’adrénaline repoussant la fatigue après plus de 20 heures de déplacement. Une petite balise et des rayures de sentier éclairées par leurs lampes frontales les guident dans la brume, jusqu’à un col où le gravier ressemble à de la litière de chat.

Max allume alors sa lampe de 2 500 lumens, ce qui rend le chemin évident : tourner à droite, franchir les rochers lâches et traverser les dalles qui mènent à ce qui semble être un précipice. Les vélos, portés sur leurs dos, ne sont d’aucune aide ici – un thème récurrent de cette aventure. Après quelques pas prudents, le nuage à leur gauche se dissipe et la lumière révèle le village de Kinlochleven, une constellation jaune sulfureuse qui remonte le moral.

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Le Tranter Round

Inauguré par Philip Tranter en 1964, le Tranter Round fait le tour des Munros du Lochaber, partant et finissant au Glen Nevis Youth Hostel. Il comprend 18 Munros, 58 km de distance et 6 279 m de dénivelé, ce qui en fait un défi de 24 heures, très rocheux et escarpé, peu adapté au VTT.

Gary, ancien détenteur du record du Ramsay Round en hiver, a vu dans ce défi une occasion de libérer l’énergie accumulée pendant le confinement. Il a embarqué son ami de longue date, Max Cousins, qui partageait son goût pour le « travail dur libérateur ».

Kilomètre 0 – Le départ

Le samedi 5 juin à 4 h 58, le duo arrive à l’auberge de Glen Nevis. Après des semaines de préparation, ils partent à 5 h, s’engageant sur le sentier touristique menant au sommet du Ben Nevis. En moins de 200 m, ils soulèvent leurs vélos de 15 kg, les fixent à leurs sacs à dos grâce au système Hookabike, et entament les 60 km de portage qui les attendent.

Kilomètre 10 – Une journée difficile n’est que le début

Les premières heures se perdent dans les mémoires. Leur première pause de cinq minutes se fait au col de Coire Giubhsachan, où Max avale un wrap au fromage. Ils continuent, le visage tourné vers le Aonach Mòr, une paroi de 500 m de haut.

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Kilomètre 14 – Le point technique

Le champ de neige du sommet d’Aonach Beag débouche sur la pente raide vers Stob Coire Bhealaich. Après une courte descente en singletrack, ils rencontrent le « crux » du parcours : une gorge surmontée d’un énorme surplomb rocheux, bloquée par une plaque de neige massive et une langue de neige humide.

Ils traversent prudemment, transportant un vélo à la fois, en passant des rochers glissants aux graviers, puis à l’herbe raide, jusqu’à sortir de la zone problématique.

Kilomètre 16‑26 – Crampes

Après six heures, Max ressent des douleurs qui menacent de devenir des crampes. Il en parle à Gary, qui le rassure en rappelant que ces moments de faiblesse sont inévitables. Ils fragmentent le reste du parcours en étapes, se ravitaillent en Coca‑Cola, eau, bananes, gâteaux Eccles et bonbons gélifiés. Gary offre à Max une pastille d’électrolytes, qui, malgré un petit incident de mousse, les fait rire.

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Kilomètre 41 – Ring of Steall

Ils gravissent le Ring of Steall, une boucle de montagne classique, en passant par An Garbhanach et la étroite Devil’s Ridge. Malgré leur connaissance du terrain, ils préfèrent l’aventure de l’inconnu. À 3 h du matin, ils escaladent des sections où les vélos accrochés à leurs sacs exigent une attention particulière.

Kilomètre 53 – Mullach na Coirean

Le dernier sommet est atteint vers midi, après plus de 30 heures sans sommeil. Gary mange au cairn, Max photographie son vélo avec le panorama des Munros en arrière‑plan. Malgré la fatigue, ils redescendent avec prudence, alternant vélo et marche, jusqu’à un sentier plus stable où ils retrouvent le sourire.

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Kilomètre 58 – La fin

Un dernier effort sur la route forestière les propulse hors du bois, sur le tarmac, jusqu’à l’auberge. « Quelle heure ? » « 12 h 50, donc… 31 h 50 min ». Ils posent quelques photos, épuisés mais libres, avant de se rendre aux toilettes, où la pensée s’écrie : « Qu’est‑ce que tu m’as fait faire ? »

Épilogue – Méditation et acceptation

Le défi incite à accepter : le poids du vélo, les impasses du parcours, le temps, la douleur musculaire. Cette acceptation libère l’esprit, permettant de savourer les rares mètres de sentier fluide entre les interminables montées. Gary et Max, libérés dans les montagnes, ont trouvé la sérénité au cœur de l’adversité.


Notes de voyage
  • L arrière-pays himalayen

    Montée vers Merak En gravissant le sentier menant à Merak, ma respiration se fait plus difficile. L’altitude monte rapidement, l’air devient plus fin et l’équipement sur mon dos semble plus lourd. Après quelques semaines au Bhoutan, je pensais être habitué à la rareté de l’oxygène, mais la seconde vague d’altitude me rappelle que chaque mètre compte. Le froid s’intensifie, la neige commence à recouvrir le sol, et chaque pas révèle un paysage de plus en plus blanc. Merak, le village des Brokpa M

  • Montagnes du Ciel

    Je me tourne sous les couvertures, essayant d’attraper mon téléphone tout en gardant le bras le plus possible dans la chaleur de mon sac de couchage. Il est déjà plus de 6 h du matin. Je ne dors jamais si tard, mais la yurt est plongée dans le noir complet, la seule fenêtre du toit étant recouverte pour retenir la chaleur pendant la nuit glaciale.Habituellement, je dors seul dans ma petite tente en nylon argenté, éclairée par les premiers rayons du soleil qui annoncent un lever de montagne. Aujo

  • Une nouvelle perspective

    Une aventure urbaine en packraft à Amsterdam Imaginez transporter un canoë dans un train ou tenter de ranger un kayak dans le compartiment à bagages à main d’un avion. Ces équipements sont conçus pour l’aventure, mais ils manquent de portabilité et sont souvent encombrants, nécessitant un abri dédié. C’est là qu’intervient le petit embarquement gonflable, le packraft. Annie Evans et Jacob Haagensen ont relevé le défi de découvrir une « nature sauvage » urbaine en utilisant leurs packrafts pour e