L'arrière-pays himalayen
Montée vers Merak
En gravissant le sentier menant à Merak, ma respiration se fait plus difficile. L’altitude monte rapidement, l’air devient plus fin et l’équipement sur mon dos semble plus lourd. Après quelques semaines au Bhoutan, je pensais être habitué à la rareté de l’oxygène, mais la seconde vague d’altitude me rappelle que chaque mètre compte. Le froid s’intensifie, la neige commence à recouvrir le sol, et chaque pas révèle un paysage de plus en plus blanc.
Merak, le village des Brokpa
Merak est un petit hameau du district de Trashigang, à l’est du Bhoutan, peuplé par les Brokpa – littéralement les « habitants des hauts lieux ». Ce village est l’un des rares du pays inaccessible en voiture. En chemin, nous croisons un couple d’âge moyen chargé de sacs. La femme porte un béret à pompons de laine de yak, invention ingénieuse pour laisser tomber l’eau et la neige. Leurs visages, marqués par le vent et le soleil, témoignent d’une vie rude mais pleine de caractère.
Panoramas depuis le col
Arrivé au premier sommet, le panorama s’ouvre sur des montagnes enneigées et des pins majestueux. Le soleil de fin d’après‑midi filtre à travers les nuages, baignant le paysage d’une lumière dorée. Des yaks traversent les crêtes, tandis que les enfants du village jouent près des maisons en bois recouvertes de neige.
Vie quotidienne à Merak
Autour d’un feu de camp sur la colline, les habitants se réchauffent. Leurs joues sont rougies par le froid, mais ils semblent y être habitués. Des adolescents, vêtus d’un mélange de vêtements occidentaux d’occasion et de tissus en laine de yak, pratiquent le tir à l’arc avec des arcs en bois sculpté. Plus loin, deux hommes bhoutanais guident un troupeau de yaks, leurs cris se mêlant au bruissement des pins enneigés – une scène digne d’un film.
Gasa et le Dzong
Après Merak, notre première étape majeure est Gasa. Nous gravissons le chemin jusqu’au dzong de la ville – une forteresse monastique perchée sur une colline. Aucun touriste n’est présent, seulement des moines en robes rouge sang, occupés à la construction, la cuisine, le nettoyage et la prière. Leur présence sereine reflète des siècles de méditation.
Rencontre avec les moines
Un moine nous invite dans la cuisine où il fait bouillir de l’eau pour le thé et des nouilles Maki, un aliment de base léger mais riche en calories. Un jeune moine, probablement le plus jeune du dzong, s’amuse à essayer mes lunettes de soleil et nous fait visiter les salles décorées de tissus colorés, de masques traditionnels et d’illustrations de divinités bouddhistes. La visite se termine par une vue imprenable sur la vallée depuis la falaise.
Sources thermales de Gasa
En soirée, nous nous détendons dans les sources chaudes naturelles. Les bassins, couverts d’un toit ouvert, offrent des températures variées. En buvant une grande bière Druk, je m’assois entre une femme allaitante et un moine chantant des prières gutturales, tandis que Vince, mon compagnon de voyage, rit de l’incongruité de la scène.
Les fermes bhoutanaises
Nos nuits se passent souvent dans des fermes locales. Pour un petit prix, nous bénéficions d’une chambre simple, d’un repas généreux et de thé à volonté. Les maisons, en bois peintes de motifs colorés et de divinités, offrent un contraste agréable avec la monotonie des villes modernes. Les repas varient selon l’altitude : fruits frais et légumes du jardin à basse altitude, aliments séchés et épices à haute altitude. Le plat emblématique, Ema‑datsi, associe piments et fromage sous de multiples formes régionales.
Phobjikha et le Festival des grues à cou noir
Le village de Phobjikha accueille le festival des grues à cou noir, oiseaux migrateurs venus du Tibet en hiver. Les enfants du foyer où nous séjournons traduisent pour nous les traditions locales. Un garçon, vêtu d’un costume, se prépare à performer, montrant l’implication de presque tous les habitants dans les rituels du retour des oiseaux.
Rencontres avec les chevaux sauvages
En parcourant les champs près de Phobjikha, nous apercevons des grues, puis des chevaux sauvages qui paissent dans des prairies orangées. Ces chevaux, tout comme les yaks, les moines et les Brokpa, incarnent l’esprit insaisissable et unique du Bhoutan oriental.
Conclusion
Ce voyage de deux mois à travers le Bhoutan, partagé avec Signe du Danemark et Vince de New‑York, m’a offert une immersion profonde dans une culture préservée, entre montagnes, monastères, festivals et rencontres authentiques. J’espère revenir un jour pour redécouvrir la beauté intacte de ce royaume himalayen.
Lire la suite de ce périple dans le récit de Signe et Michael, Sidetracked Volume Five.




