Des lignes intactes
Interview – Le projet Degrees North
Kieran : Raconte‑moi comment l’idée du projet Degrees North a germé.
Xavier : Ça faisait longtemps que je voulais y aller, mais c’est Ralph Backstrom qui a découvert plein de bons spots sur Google Earth. Cet outil est idéal pour repérer de nouveaux lieux, on voit vraiment les montagnes. On s’est dit : « Ça va être incroyable ! » L’idée était d’ouvrir l’Alaska d’une façon totalement nouvelle. En 25 ans, les productions se sont limitées à des schémas similaires. Récemment, on commence à être largué en avion au milieu de nulle part, mais je n’ai jamais vu une vraie façade épineuse avec la mer en arrière‑plan et vivre sur le bateau. Ça promet une aventure géniale.
Kieran : Vous avez déjà l’Antarctique et l’Arctique – prévoyez‑vous de finir cette année ou de prolonger le projet ?
Xavier : Nous avons déjà réalisé Mission Steeps, ce qui boucle le cercle. La suite sera totalement autonome avec un drone, sans caméraman externe. On l’appellera DIY – « Do It Yourself ». Ensuite, je ferai le tour du monde en web‑épisodes puis un long métrage, tout auto‑filmé. Le tournage débute maintenant, l’an prochain sera plus officiel.
Kieran : Parlons de l’Alaska où, comme tu le dis, tant de lignes restent vierges. Vous partez à la recherche d’une ligne mondiale, une sorte de cadre ?
Xavier : Pour ce voyage, on voulait de la neige épique – impossible à trouver ailleurs qu’en Alaska. J’ai cherché en Russie, au Kamtchatka, mais rien de comparable. L’idée de revisiter la « Mecque » du freeride me passionne.
Kieran : Le tournage en Antarctique, à cette échelle, a-t-il été un cauchemar logistique ?
Xavier : Tous nos voyages, même en Alaska, ne sont pas du tout ordinaires. Il faut faire des recherches, et les gens pensent que l’on est fou. Il faut rester fidèle à sa vision, c’est difficile. Nous sommes une équipe assez importante : neuf personnes, dont Ralph Backstrom, Samuel Anthamatten et le reste de l’équipage.
Kieran : Parle‑moi de l’iceberg. Comment avez‑vous jugé la sécurité ?
Xavier : Le capitaine était très anxieux, il disait que l’iceberg pouvait basculer à tout moment. Une fois sur place, les vents violents l’ont rendu encore plus nerveux et il nous a ordonné de rebrousser chemin. On aurait aimé recommencer, mais il ne l’a pas permis.
Kieran : Le projet Degrees North, c’est une vision très ambitieuse, bien plus que les spots habituels. Qu’est‑ce qui t’a poussé à le lancer ?
Xavier : L’inspiration vient quand on en veut plus. Plus on fait, plus les idées affluent, celles qui nous parlent vraiment. Je n’aime pas répéter les mêmes choses. Il faut que chaque fois soit différent et le partager en film, c’est plus intéressant. Il y a quelques années, en campant avec Jeremy pour Deeper, on était près de la mer, entourés de montagnes magnifiques. « Dieu, j’aimerais… » – je voulais les descendre.
En Antarctique, j’ai découvert le plaisir d’être sur un bateau, de choisir ses lignes, de gérer l’eau. Combiner ça avec la neige démente de l’Alaska, c’est naturel pour moi. Le climat reste incertain : on risque surtout les tempêtes.
Kieran : Chez toi, gardes‑tu la même envie de repérer de nouvelles lignes près de chez toi ?
Xavier : Parfois je suis plus conservateur, mais j’aime toujours chercher la petite folie. Je roule souvent seul, car les missions extrêmes sont une responsabilité quand on emmène quelqu’un.
Kieran : Les deux accompagnateurs en Alaska, ont‑ils des objectifs différents ?
Xavier : Nous sommes assez similaires, on vise les mêmes choses, même s’il y aura quelques ajustements. Nous serons tous dans le même film.
Kieran : Comment choisis‑tu une montagne ? Est‑ce l’esthétique, la pente ?
Xavier : C’est avant tout l’esthétique, combinée à ma vision de ce que je pourrais y faire. Il n’y a pas de critère fixe, c’est ce qui me parle. Ce n’est pas une approche alpiniste du plus difficile ou du plus haut.
En bref, je regarde une montagne et je me dis : « Ce serait une belle ligne à descendre ».
Avec le réalisateur Guido Perrini qui documente le voyage en paramoteur, Degrees North offre un nouveau point de vue au public et une façon inédite de ressentir l’adrénaline du freeride dans des décors parmi les plus spectaculaires du monde. Des projections auront lieu cet automne dans des lieux sélectionnés et lors de festivals comme le Kendal Mountain Festival. Regarde la bande‑annonce ici. Découvrez davantage les photos de Tero Repo dans notre Galerie Degrees North.





