Koalas, cauchemars et le son qui prive de sommeil
Tom Quigley, Américain installé en Australie, décrit les nombreux sons d’une nuit d’été Down Under. Histoire d’un lecteur.
Un décor sonore d’été
À Cape Otway, les cigales forment une toile de fond, un orchestre qui monte en intensité derrière la vraie musique. Au bord de l’eau, les grenouilles commencent à ronfler, un son riche et agréable. Certaines nuits, on entend les chauves‑souris patrouiller à la recherche d’insectes, leurs cliquetis rappelant le bruit d’une fourchette sur une assiette, mais à volume très bas. Ensemble, ils composent la bande‑son de la nuit australienne.
Le koala, star de la nuit

Le koala alterne entre deux bruits : une inspiration et une expiration. Les biologistes appellent cela un « grognement », mais on pourrait le décrire comme un accord cauchemardesque venu des profondeurs de l’enfer. L’inspiration ressemble à un cochon en colère ou à un ours réveillé d’hibernation. L’expiration sonne comme les premiers coups d’une tronçonneuse rouillée mêlés au grondement d’un panthère asthmatique. Les petits joeys poussent aussi des sons, mais trop faibles pour créer un véritable rugissement infernal ; ils se contentent de respirations saccadées qui ressemblent à un homme suffocant criant "à l’aide…" sans réponse. Les femelles émettent des sons aigus rappelant des kazous plaintifs.
On ne s’attend pas à ce vacarme d’un animal composé à 80 % de fourrure câlinable et à 20 % de mignonnerie, de soleil et de gazouillis de bébé. Observer un koala en action, c’est comme voir deux enfants de trois ans s’endormir main dans la main après une longue journée à jouer avec un chiot : irrésistiblement adorable. C’est le cas de la plupart des animaux australiens : adorables le jour, ils déclenchent des cauchemars la nuit.
Autres cris de la nuit australienne
La rosella colorée. Photo : Southern Ants / Flickr
La rosella, perruche rouge rubis aux ailes saphir, pousse des cris perçants qui tranchent les pensées comme le crissement d’une craie inattendu réveille une classe endormie. Le cacatoès à crête sulfureuse, blanc comme du dentifrice avec une touche jaune éclatante, est sociable et photogénique. Une fois le soleil couché, même le kookaburra, symbole australien célèbre pour son rire "bush", se fait entendre tel le Joker dans son moment décisif de vengeance. Certains bruits restent indéfinis, surgissant dans l’obscurité et poussant l’imagination à ses limites.
Le chant mystérieux de la pie australienne
Parmi les hurlements, gémissements et grondements, un joyau persiste : un appel fluide, valvé, qui parcourt plusieurs octaves et ressemble au bourdonnement d’un doigt glissant sur un verre en cristal. Au départ, je l’ai imaginé appartenir à un oiseau de jungle rare et magnifique. Il se répétait à intervalles longs, traversant la nuit jusqu’au jour. Après plusieurs jours d’écoute, j’ai localisé l’origine : un arbre où surgissait un oiseau au corps noir, bec droit, ailes blanches. L’orateur était la pie australienne commune.
La pie australienne ne se distingue guère du corbeau sur la palette créative ; elle n’ajoute qu’une seule couleur à son plumage classique — le blanc. Ce tuxedo aviaire, face à la profusion de couleurs de l’Australie, passe inaperçu. Je l’ai d’abord aperçue depuis la fenêtre d’une voiture, mais d’autres merveilles australiennes ont rapidement éclipsé son noir et blanc dans mon souvenir. Lors d’un test à l’aveugle, on ne pourrait jamais associer son chant à cet oiseau.

Le pouvoir d’un seul appel
Les mots peinent à rendre compte des sons qui envahissent le monde après le coucher du soleil. Quand la vue disparaît, nos sens remplissent le vide : les grincements deviennent des cambrioleurs, les souris sous les planches se transforment en monstres sous le lit. Allongé dans le noir complet, immergé dans une bande‑son d’enfer, le sommeil devient plus difficile à gagner qu’à écrire. Mais chaque vampire a son pieu et chaque monstre du lit son chien gardien ; j’ai trouvé le sauveur de mon sommeil dans l’endroit le plus inattendu. Dans un pays où les couleurs rivalisent d’éclat, où poissons et oiseaux filent comme des météores arc‑en‑ciel, le chant le plus doux provient de l’oiseau le plus sobre.
Le chant de la pie ressemble à un chœur de flûtes jouant en harmonie, comme entendu derrière une cascade. Une simple description écrite ne rend pas justice à ce concert, mais il convient que ce "James Bond" des oiseaux reçoive son titre. Dans une nuit où mon esprit semblait peuplé de démons, où les sons alimentaient l’insomnie, un seul appel pur a chassé les ombres.
Ce récit a été republié avec l’autorisation du blog de Tom Quigley.
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