Une immersion inattendue

En parcourant les hauts plateaux du centre de Madagascar, au cœur du territoire Betsileo, je ne pensais pas devoir affronter un zébu. Pourtant, c’est exactement ce qui s’est passé lors d’un savika traditionnel (prononcé SAH‑vee‑kah), où de jeunes hommes démontrent leur courage en agrippant les bosses des taureaux en furie et en résistant au chaos qui s’ensuit. Désireux de vivre cette expérience, j’ai cherché un événement authentique.

Savika : rodéo dans les hauts plateaux du centre de Madagascar

Quel type de savika ?

Il existe deux formes de savika : les compétitions professionnelles organisées dans des arènes comme à Ambositra, et les cérémonies de village, plus intimistes, liées à des étapes culturelles. J’ai opté pour la seconde, qui coïncidait avec une fête de circoncision – un rite collectif où les garçons du village subissent l’opération dans la joie.

Une particularité : les aînés mangent le prépuce accompagné de bananes, un geste chargé de symbolisme. En visitant l’un des garçons après la cérémonie, je l’ai vu assis sur les genoux de sa mère, entouré de cadeaux (fromage, pistolet jouet), illustrant la richesse des traditions locales.

Savika : rodéo dans les hauts plateaux du centre de Madagascar

Le rodéo

Le lendemain, les jeunes hommes prouvent leur virilité. Le maître du rodéo fait entrer des zébus fougueux dans une enceinte boueuse, les agite avec des bâtons jusqu’à ce qu’ils hument l’air et piétinent le sol. Les challengers sautent alors à bord ; certains sont projetés et frôlent de justesse le sol, sous les coups de cornes des bêtes.

Savika : rodéo dans les hauts plateaux du centre de Madagascar

Depuis le bord de l’enclos, parmi les villageois venus des environs, je regardais, à la fois fasciné et crispé. Quand le maître m’a invité à monter, le silence s’est installé, suivi d’un éclat de rire. Impossible de refuser, je suis monté sur le dos du zébu.

Savika : rodéo dans les hauts plateaux du centre de Madagascar

Pour rester en selle, il faut s’approcher discrètement, saisir la bosse du cou et tenir bon pendant que le bœuf de 900 kg tourne dans tous les sens pour vous faire tomber. Deux fois, l’animal s’est arrêté, m’a fixé, puis a planté son corne dans mon aisselle avant de repartir dans la frénésie.

Savika : rodéo dans les hauts plateaux du centre de Madagascar

Je n’ai lâché prise qu’au moment où le maître, inquiet, est intervenu. Honni comme le premier Occidentaux à avoir participé, j’ai reçu les poignées de main chaleureuses des villageois. Malgré une côte fissurée qui m’a fait souffrir plusieurs semaines, je referais volontiers l’expérience.