Anthropologie culinaire à Gaza
Entretien avec les auteures de The Gaza Kitchen
Bhakti Shringarpure, rédactrice de Warscapes (classé parmi les 24 meilleurs blogs et sites de voyage 2014), a interviewé Laila El‑Haddad et Maggie Schmitt, auteures de The Gaza Kitchen : Un voyage culinaire palestinien, un livre de recettes qui se veut également portrait de l’histoire, de la politique, de l’économie et du féminisme à Gaza.
GAZA, Palestine – La nourriture est indissociable de l’identité, et les livres de cuisine peuvent dépasser les simples recettes pour devenir des espaces de narration et de préservation du patrimoine, même lorsqu’ils proviennent de lieux minuscules ou de cultures marginalisées. L’impulsion d’écrire un livre de cuisine se renforce lorsqu’elle s’inscrit dans le contexte de la dépossession, du déplacement et de la violence de guerre.
Il est donc évident de vouloir écrire un ouvrage sur la cuisine palestinienne, mais la finesse avec laquelle Laila El‑Haddad et Maggie Schmitt ont composé The Gaza Kitchen est remarquable. La cuisine de Gaza n’est qu’une partie d’un livre qui allie document ethnographique, récit féministe, politique foncière et agricole, économie du développement et histoire tourmentée de la bande de Gaza.
Laila El‑Haddad est écrivaine, militante et créatrice du blog primé Gaza Mom, devenu le livre Gaza Mom : Palestine, politique, parentalité et tout le reste. Maggie Schmitt, écrivaine, traductrice et enseignante basée en Espagne, a développé ce qu’elle appelle « une herméneutique de la cuisine », socle intellectuel de The Gaza Kitchen.

Une des nombreuses cuisines visitées par Laila et Maggie.
Comment en êtes‑vous arrivées à écrire un livre de cuisine ?
Laila El‑Haddad : J’ai grandi dans la diaspora, fille de parents palestiniens originaires de Gaza et de Khan Younis, vivant dans le Golfe. Nous rentrions régulièrement à Gaza, mais je me sentais toujours absente, déconnectée, dépourvue d’identité et de place sur la carte. La nourriture est alors devenue pour moi un pont, un moyen de me localiser. Les souvenirs culinaires de mes parents différaient de ce que je connaissais en Palestine, ce qui a éveillé ma curiosité : pourquoi la cuisine de Gaza est‑elle si particulière ? J’ai voulu découvrir ces secrets et les partager pour ouvrir le dialogue sur Gaza et la Palestine.
Maggie Schmitt : J’ai toujours aimé la cuisine et, en voyageant, j’ai constaté que fouiller dans les cuisines était la meilleure façon d’accéder à des espaces intimes, de rencontrer les femmes et de comprendre ce qui se passe réellement. En écrivant pour la rubrique food de The Atlantic, je me suis passionnée pour la nourriture comme point d’entrée vers l’histoire, la politique, l’économie et le changement social. C’est ainsi qu’est née mon « anthropologie de la cuisine », méthode que nous avons appliquée à Gaza.


« Anthropologie de la cuisine » décrit parfaitement votre livre
Les recettes sont entrecoupées de vignettes sur le conflit, l’histoire des ingrédients ou les initiatives agricoles, et d’écrits courts sur des femmes de Gaza. Les voix des femmes palestiniennes, souvent réduites à des caricatures médiatiques, sont ici présentées avec dignité, grâce et résistance non‑violente.
LEH : Les médias montrent souvent des femmes oppressées ou des lamentations, mais rares sont les récits qui montrent leur constance, leur grâce et leur résistance quotidienne.
MS : Le projet est clairement féministe. Il met en avant la vie et le savoir des femmes, trop rarement représentés dans les médias sur Gaza. Leur quotidien – entretien du foyer, soin de la famille – devient une forme de résistance persistante.
LEH : Elles assurent souvent le rôle de soutien de famille, gardent leurs foyers unis malgré les obstacles, ce qui constitue une résistance non‑violente massive, souvent invisible.

Camion d'eau.

Addoula goûte le bisara salé à Garara, bande de Gaza orientale.
« Slow Food on the Gaza Strip » : agriculture à petite échelle et méthodes traditionnelles
LEH : Nous avons observé une ingéniosité remarquable. Face aux coupures d’électricité et aux restrictions de gaz, les femmes ont repris les fours en terre cuite pour le pain, gardent les citrons dans la terre pour les rafraîchir, et inventent des solutions à chaque obstacle. Deux frères ont créé la première ferme piscicole intérieure de Gaza, illustrant une tradition d’« économie domestique » palestinienne qui remonte à plusieurs générations.

POUR VOTRE BIBLIOTHÈQUE
The Gaza Kitchen : Un voyage culinaire palestinien, par Laila El‑Haddad et Maggie Schmitt
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La version complète de cet article a été publiée à l’origine sur Warscapes et est reproduite ici avec permission.




