Maroc alternatif : à la découverte de la côte atlantique méconnue
Alors que le crépuscule se teintait de violet, je dégustais un négroni au bar‑toit de l’Hôtel Nord Pinus, niché dans la kasbah historique de Tanger et décoré de tapis berbères aux symboles amazighs.
Autour de moi, trois jeunes Marocaines discutaient de la vie en alternant darija, français et anglais avec une aisance déconcertante. Au loin, les lumières de l’Espagne scintillaient sur l’horizon de l’Atlantique. Tout près de l’Europe, Tanger restait, comme le disait Mark Twain, « étrange et profondément étrangère ».
En dehors des sentiers battus au Maroc (Sarah Gilbert)
On associe souvent le Maroc à Marrakech, Fès, l’Atlas ou le Sahara. Mais le littoral atlantique, de Tanger à Casablanca, recèle villages de pêcheurs, lagunes peuplées d’oiseaux, forts portugais et étendues de sable doré, encore largement inexplorés.
Le train à grande vitesse Al Boraq vous transporte de Tanger à Casablanca via Rabat en un peu plus de deux heures. Mais pourquoi se presser ? J’ai préféré longer la côte, de Tanger à Essaouira, pour découvrir une facette préservée du pays.
Ville des artistes
Escaliers colorés de la médina de Tanger (Shutterstock)
Tanger, porte d’entrée de l’Europe et de l’Afrique, a été au XXᵉ siècle une zone internationale fréquentée par rock‑stars, artistes et écrivains. Après son retour au Maroc en 1956, la ville a connu un déclin, mais le soutien du roi Mohammed VI a relancé les investissements : nouvelle marina, hôtels et immeubles modernes, rues rafraîchies.
J’ai séjourné à La Maison Blanche, un riad restauré au cœur de la kasbah. Chaque chambre porte le nom d’une figure littéraire (Paul Bowles, par exemple). Depuis la terrasse ensoleillée, les minarets côtoient les grues, rappelant la lumière qui a inspiré Henri Matisse.
Le légendaire Café Baba (Sarah Gilbert)
Les légendes de Tanger persistent : Rolling Stones jam session jusqu’à l’aube avec des groupes gnawa, le Café Baba où une photo fanée de Keith Richards fume encore, le Petit Socco où l’on observe les passants autour d’un thé à la menthe. L’esprit de liberté y plane toujours.
Paradis des ornithologues
Coucher de soleil à Moulay Bousselham (Sarah Gilbert)
À 1h30 au sud de Tanger, le petit hôtel Vila Bea à Moulay Bousselham mêle design français et artisanat marocain. En basse saison, je partageais le coucher de soleil avec quelques pêcheurs.
Bateaux dans la lagune bleue (Sarah Gilbert)
La lagune bleue (Merja Zerga) est un des principaux sites humides d’Afrique du Nord. Avec Hassan, guide ornithologue depuis 30 ans, nous avons traversé la lagune à marée haute, observant aigrettes noires, spatules sandwich, flamants roses de Camargue, ibis, balbuzards pêcheurs et une myriade d’oiseaux migrateurs.
Port historique
Rabat, capitale côtière moderne et port historique (Sarah Gilbert)
Rabat, à 90 minutes plus au sud, allie modernité et vestiges antiques : mausolée de Mohammed V, ruines de Chellah (phénicien, romain, nécropole islamique). J’ai préféré loger à Salé, ancienne base des corsaires du XVIIᵉ siècle.
La Tour Hassan près du mausolée de Mohammed V à Rabat (Sarah Gilbert)
Mon hébergement, The Repose, est un riad de sept chambres restauré par Jan (anglais) et son mari Rachid. Petit‑déjeuner végétarien sur la terrasse verdoyante, visite d’une école coranique en cèdre sculpté, souks parfumés d’olives et d’épices.
Les pelotes de laine se vendaient autrefois dans le Souk El Ghezel (Sarah Gilbert)
Au Souk El Ghezel, le plus grand carré de la médina, les femmes organisaient une vente aux enchères de tissus, poteries et caftans, employant des hommes pour présenter les articles.
Djellabas à la vente à Salé (Sarah Gilbert)
Je me suis ensuite détendu dans un hammam traditionnel, où l’on se lave au savon noir à l’huile d’olive, suivi d’un gommage vigoureux et d’un rinçage à l’eau tiède, pour une peau douce comme du bébé.
La Ville blanche
Le Grand Théâtre de Casablanca (Sarah Gilbert)
Casablanca, la « Ville blanche », est souvent négligée. Son architecture, du vieux medina blanchie aux larges boulevards coloniaux français, constitue un musée à ciel ouvert.
La mosquée Hassan II, achevée en 1993, possède le plus haut minaret du pays (210 m) et peut accueillir 105 000 fidèles. Elle est le fruit d’un travail de 6 000 artisans, mêlant cèdre du Moyen Atlas, granit d’Agadir, laiton et titane.
La mosquée Hassan II (Sarah Gilbert)
Accompagné de l’architecte Lahbib El Moumni (Casamémoire), j’ai découvert le contraste entre néoclassicisme, art déco et façades néo‑mauresques, toutes d’un blanc éclatant sous le ciel cobalt.
Vers le Portugal
Entrée de la médina d’Azemmour (Sarah Gilbert)
Sur la côte sauvage, le complexe Mazagan Beach & Golf Resort ressemble à une kasbah contemporaine. J’ai préféré visiter Azemmour, ancienne ville portugaise du XVIᵉ siècle, située sur l’Oum Er‑Rbia.
Azemmour exhibe son art sur des murs usés (Sarah Gilbert)
Dans la médina sans touristes, j’ai suivi un vendeur de sardines en chapeau de paille et rencontré une femme portant un tatouage amazigh protecteur. Les murs affichent des fresques dédiées à Mustafa Azemmouri (Estevanico), premier Africain à atteindre le futur territoire américain.
Une des fresques d’Azemmour (Sarah Gilbert)
Plus au sud, El Jadida (anciennement Mazagan) témoigne de l’empreinte portugaise : fortifications en forme d’étoile, église gothique, mosquée à minaret pentagonal et ancienne synagogue avec étoile de David.
Creuset culturel
Le port d’Essaouira, digne d’une carte postale (Sarah Gilbert)
Mon dernier arrêt fut Essaouira, ville portuaire aux remparts miel, vent d’alizé et sable doré. Elle attire surfeurs, kitesurfeurs et artistes contemporains. Dans le souk Joutiya, j’ai découvert des ateliers d’artistes improvisés, où des matériaux récupérés deviennent sculptures colorées et toiles naïves.
Essaouira a développé son propre style d’art contemporain (Sarah Gilbert)
Cette côte atlantique mêle cultures amazighes, arabes, européennes, andalouses, juives et africaines, comme un tapis marocain richement tissé.
Le voyage
L’auteur a voyagé avec Audley Travel (01993 838420), qui propose des circuits sur‑mesure au Maroc incluant Fès, Asilah, Rabat, Casablanca et Essaouira, hébergement en riads‑boutiques, transferts privés et visites guidées.
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