Résultats de notre aventure à Bornéo
Ayant grandi devant les documentaires de David Attenborough, Bornéo évoquait pour nous des terres lointaines couvertes d’une épaisse forêt tropicale, où les bêtes les plus féroces se disputaient le territoire et où les tribus autochtones pratiquaient la chasse aux têtes. Nous rêvions d’explorer ces contrées inaccessibles, d’y pénétrer profondément et d’observer des orangs‑outans à l’état sauvage.
Malheureusement, le Bornéo que nous avons découvert n’était pas celui de nos souvenirs d’enfance. L’île était dépouillée de sa jungle, remplacée par d’interminables rangées de plantations de palmiers à huile. En arrivant dans la partie malaisienne, on nous a conseillé un seul endroit : la rivière Kinabatangan. Ce système fluvial, qui s’étend du nord‑est vers le sud de l’île, possède des méandres denses qui ont ralenti l’avancée des plantations. Sa biodiversité exceptionnelle a permis de préserver des corridors forestiers où vivent encore les éléphants de Bornéo, les singes nasillés, une multitude de reptiles, des centaines d’espèces d’oiseaux et des orangs‑outans.
Rencontre avec le guide
Nous avons trouvé notre guide, Osman, grâce à un petit papier froissé contenant son numéro de téléphone. Il nous a accueillis à bord de sa petite embarcation et nous a conduit jusqu’à la maison de sa famille. Il nous a clairement indiqué qu’il nous faudrait partir très tôt le matin.
Nous avons pris le petit‑déjeuner à 5 h 00, puis nous sommes embarqués en remontant le cours d’eau. Au fil des heures, nous avons croisé des singes proboscis au visage humain, des macaques, de grands varans et les magnifiques calao, ces oiseaux préhistoriques au vol majestueux.
Éléphants nains et riverains
En revenant au crépuscule, nous avons été témoins d’un spectacle impressionnant : un troupeau de vingt‑et‑un éléphants nains sauvages se nourrissant sur la berge. Osman a laissé le bateau dériver le long du rivage pendant que nous observions, émerveillés, ces géants. Le soleil d’or a baigné la scène avant que l’obscurité ne s’installe, ne laissant que les bruits du troupeau.
Cette nuit-là, Osman nous a expliqué la triste vérité : « Il y a vingt ans, on ne voyait pas cela ». Les éléphants se rassemblent maintenant sur les rives parce que les plantations de palmiers les ont littéralement chassés de leurs habitats.
Grotte de Gomantong
Le lendemain, nous avons gravi les falaises calcaires de la célèbre grotte de Gomantong, qui abrite des millions de chauves‑souris, des swiftlets et des cueilleurs d’œufs d’oiseaux nichés à plus de 90 m de profondeur. Au sommet, nous avons attendu l’exode nocturne des chauves‑souris, profitant d’une vue panoramique sur les collines verdoyantes encore intactes. C’est là, à peine visible comme une tache orange parmi le vert, que nous avons aperçu ce que les Malais appellent « une personne de la forêt » : un orang‑outan.
Voir ces créatures libres, hors de toute cage, a suscité en nous une émotion incomparable. L’urgence de protéger cette espèce et ce mode de vie est devenue évidente, difficile mais, paradoxalement, à notre portée.












