Week-end père-fille aux Hamptons

Amagansett, les Hamptons – Parfois, il n’y a ni place ni temps pour les demi-mesures. J’avais promis à ma fille adolescente un court séjour de deux jours, une nuit, entre la fin de l’année scolaire et le début de son camp d’été. Aucun avion ne pouvait être envisagé pour des raisons logistiques et financières ; la destination devait être à portée de voiture depuis New York. J’imaginais un décor très précis : hortensias bleus, lambris blanc, lin pâle, hamacs, une vaste pelouse… un pastoral soigneusement ordonné capable d’apaiser deux citadins épuisés.
Le Reform Club d’Amagansett a parfaitement réalisé cette vision. Jamais entendu parler de cet hôtel, j’ai découvert son site bleu et blanc comme s’il était sorti de mon imagination. L’euphorie initiale a rapidement été tempérée par la carte des tarifs : en haute saison, les suites commencent à 800 $ la nuit. Et c’est bien dans les Hamptons.
Je n’ai aucune rancune envers les Hamptons, qui offrent des villages magnifiques : d’un côté des eaux turquoise, de l’autre des prairies verdoyantes. Pour quelqu’un qui a grandi sur les plages du New Jersey, où les jardins sont de simples graviers et les bungalows entassés, découvrir un littoral où la mer cohabite avec la verdure est un vrai choc sensoriel.
Cependant, je partage les critiques habituelles : la circulation oppressante, le snobisme saisonnier, et une clientèle parfois très blanche. De plus, les hébergements y sont rarement de premier ordre. On trouve des lieux branchés à Montauk avec discothèques, des B&B kitsch, ou des motels côtiers vieillissants. Le meilleur hébergement reste généralement celui d’un ami aisé, mais je ne voulais pas déranger.
Malgré ces réserves, j’ai un faible pour Amagansett, dont le charme compense en partie les attitudes des visiteurs du marché fermier d’Eli Zabar – le seul où j’ai été littéralement bousculé par un client pressé. Le Reform Club se situe justement là. J’ai donc rationalisé : nous partirions en milieu de semaine, quand la ville est moins bondée, ce serait un voyage père‑fille spécial, d’une seule nuit, et le lieu semblait parfait. Alors, j’ai sorti ma carte de crédit.
Bonne décision. Le Reform Club est splendide, avec une grande pelouse clôturée bordée d’hortensias bleus. En voyant cet espace, ma fille a immédiatement commencé à gambader, à sauter, pour finir allongée dans un hamac. J’ai eu envie de grimper à un arbre comme Julian Sands dans A Room with a View et de crier « Beauté ! Beauté ! », mais je me suis retenu.
En prenant en compte les services inclus, le Reform Club représente un bon rapport qualité‑prix pour une famille, même s’il n’est pas bon marché. L’établissement, au nord de la Montauk Highway sur Windmill Lane, est à distance de marche, de vélo ou en voiture de la plage. Le personnel fournit serviettes de plage, chaises, parasols, crème solaire, et même des vélos gratuits ainsi que des chaises‑plage pliables à porter. Le parking des plages est offert ; en été, c’est une vraie aubaine.
Nous avons utilisé le laissez‑pass du parking d’Atlantic Beach à notre arrivée, puis nous avons profité d’un séjour sans voiture. Pour le dîner, nous avons mangé des tacos de poisson et de crabe à la taquería La Fondita, juste en face, à prix raisonnable, tout en sirotant une agua fresca sur les tables de pique‑nique.
À quelques pas à l’est se trouve le café Jack’s Stir Brew Coffee, ma petite perle du Greenwich Village. Le propriétaire, Jack Mazzola, m’avait recommandé ce lieu. La version d’Amagansett, au style loft nautique, se transforme en crèmerie l’après‑midi et le soir, et elle est déjà un repère convivial du quartier.
Le Reform Club ne compte que sept suites dans son bâtiment principal, de style Nantucket en bardeaux. Cette petite capacité garantit calme et espace. Notre suite disposait d’une cheminée à bois, d’une salle de bain blanche immense, d’une télévision à écran plat, du Wi‑Fi, et d’une machine à café Technivorm Moccamaster – la meilleure selon Cook’s Illustrated. Chaque suite propose aussi un deuxième lit supplémentaire sur demande, et il existe trois cottages familiaux privés derrière le bâtiment principal, à partir de 2 000 $ la nuit.
Les tarifs baissent en automne et en hiver (500 $ la nuit en automne, 375 $ en hiver pour les suites; 1 200 $ et 925 $ pour les cottages), rendant un séjour plus frais très attractif grâce aux cheminées.
Le Reform Club n’a que deux ans d’existence : il était autrefois le Mill Garth Inn avant d’être racheté et rénové par Randy Lerner, propriétaire milliardaire des Cleveland Browns. Le restaurant The Meeting House, situé derrière Jack’s, propose la livraison directe en chambre.
Les gérantes du quotidien, Erin Harris et Noelle Franey, sont chaleureuses et sans prétention. Noelle est la petite‑fille de Pierre Franey, chef français renommé et chroniqueur culinaire du New York Times. Bien qu’elle ne cuisine plus que des muffins maison pour le petit‑déjeuner continental, elle perpétue une tradition familiale et contribue à faire du Reform Club l’endroit le plus civilisé et accueillant des Hamptons.
LE TROUVER
Reform Club Inn
23 Windmill Lane
Amagansett, NY 11930
+1‑631‑267‑8500
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