Boa constricteurs, singes hurleurs et douce solitude
Une randonnée nocturne à travers la péninsule marécageuse d’Osa est étonnamment paisible. Attention à l’herbe tranchante. Témoignage d’un lecteur.
OSÂ PENINSULA, Costa Rica – Nous glissons le long de marches cachées, rampons sous les arbres tombés et contournons les herbes coupantes. Nous atteignons un marais aux eaux grises qui montent jusqu’aux cuisses et remplissent nos bottes ; c’est un labyrinthe de lianes et de roseaux, parsemé de rainettes aux yeux rouges, de boas constricteurs et d’aventuriers. D’autres créatures murmurent dans l’obscurité, fuyant le faisceau de ma lampe frontale rouge.
Nous sortons dans une vaste étendue. Mes yeux s’ajustent. Pendant un instant je crois être dans une pièce noire. Puis les lumières s’allument. Des couleurs surgissent dans l’obscurité. Des étoiles. Mon ami guide mon regard vers une traînée floue d’étoiles : la Voie lactée. Putain, c’est magnifique. Le seul obstacle à ma vue sont les points d’un palmier qui se dessine contre la lumière.
L’océan se fracasse contre le sol et projette une ligne blanche nette à l’horizon. Le silence se fend en deux. Je l’entends mais je ne le vois pas, alors j’imagine que la ligne blanche est le crête d’une vague, pas d’un cœur.
Je place un pied devant l’autre tandis que le ciel se fond et devient rose pâle. Les heures passent inaperçues, mes mollets brûlent, ma bouche est sèche et l’eau se fait rare. Nous avons 42 secteurs à patrouiller, chaque secteur mesurant 100 m, soit une marche de douze kilomètres.

Traversée de tortue.
Nous nous arrêtons trois fois pour mesurer les traces de tortues. Deux ont été faites par des nids, et une forme un motif erratique dans le sable.
« Rentre chez toi, tortue. Tu es ivre. » Mon ami rit.
Enfin, la forêt à ma droite commence à reculer et nous apercevons un poteau en bois flou, vu à travers les ondes de chaleur, au loin. Plaque 42, le dernier secteur. Nous avons atteint la ligne d’arrivée.

Aube naissante.
Devant la forêt s’étend une vaste zone humide — une immense lagune où le bétail remue la boue humide, et un ciel rosé qui se déchire en roses, violets et oranges. Des aras écarlates plongent dans le paysage puis s’élèvent au-dessus des cimes. Des singes hurleurs grondent au loin. Des faucons glissent parmi les nuages — ils voient tout.
Aussi peu de personnes assistent au lever du soleil ici. C’est isolé, intact et parfait. Je prie pour que cela reste ainsi. Nous sommes quatre jeunes, seuls dans un lieu indescriptible, épuisés, chantant des airs du Roi Lion. C’est ça, vivre. Nous nous effondrons sur nos sacs à dos.
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