Singes, ruines et habitations troglodytes au cœur du Moyen Atlas marocain
Après le chaos animé de Fès ou de Meknès, arriver dans le Moyen Atlas marocain, c’est comme sortir d’un brouillard pour se retrouver sous un soleil éclatant. L’air pur des montagnes emplit les poumons, le ciel bleu infini s’étend au-dessus, les bergers font paître leurs troupeaux tranquillement sur les collines, et les habitants se rassemblent sur les places, dégustant un café noir comme la nuit sous les étoiles.
Ces montagnes du nord du Maroc ne rivalisent pas en hauteur avec le Haut Atlas, mais elles offrent des villages pittoresques, des chemins de pèlerinage sacrés et des ruines romaines impressionnantes qui rappellent une histoire millénaire. Des forêts de cèdres luxuriantes abritent les macaques de Barbarie, tandis que les sentiers alpins peu fréquentés donnent l’impression d’être un véritable pionnier – le tout avec des maisons d’hôtes accueillantes qui permettent un accès facile à cet havre méconnu, loin des grandes villes.

Pèlerinage à Moulay Idriss et Volubilis
Moulay Idriss, la ville la plus captivante du Moyen Atlas, reste étonnamment méconnue. Autrefois interdite aux non‑musulmans jusqu’en 1912 – les nuitées n’y sont autorisées que depuis 2005 – elle ne compte que quelques maisons d’hôtes sélectionnées, entourées de vendeurs ambulants. Nommée d’après le petit‑fils du prophète Mahomet, premier souverain islamique du Maroc et saint vénéré, la ville s’articule autour de son tombeau sacré au cœur de la médina, attirant des pèlerins de tous horizons.

Ce joyau blanchâtre trône sur deux collines qui surgissent de la plaine, offrant des panoramas depuis les belvédères de la médina vers la silhouette brumeuse de Volubilis – le principal site archéologique romain du Maroc. On y admire des mosaïques au sol d’une finesse exceptionnelle, des arches imposantes et une grande voie romaine. Une excursion d’une journée depuis Meknès suffit pour le visiter, mais passer une nuit permet de s’immerger davantage, par exemple avec un cours de pâtisserie sur la terrasse du Dar Zerhoune.
La médina de Sefrou, classée UNESCO
Sefrou, prochaine perle de la région, dégage un charme encore plus reculé. Ancienne résidence de Moulay Idriss II lors de la construction de Fès, elle conserve les traces de sa splendeur d’antan. Son inscription sur la liste du patrimoine mondial en 2013 a entraîné la restauration de ses solides remparts et de ses fondouks historiques. Les taxis en provenance de Fès arrivent à Bab El Maqam, puis s’engagent dans les ruelles sinueuses bordées de forgerons, de tisserands et de bouchers, traversant le fleuve qui sépare la médina du mellah (ancienne cité juive). À l’est, le Jardin Al Kanatir Al Khairia invite à une promenade verdoyante, suivie d’un café au bord de l’eau.
Pour une immersion authentique, participez à la visite « Culture Vultures » à Fès, qui explore le patrimoine juif en voie de disparition et l’artisanat de Sefrou, ou laissez Dar Kamal Chaoui, à Bhalil tout près, vous guider dans les recoins méconnus de la médina.

Les maisons troglodytes de Bhalil
Bhalil séduit par son histoire riche et ses traditions vivantes, amplifiées par une maison d’hôtes à vocation communautaire qui transforme le village en un véritable havre de paix loin de l’agitation urbaine. Des habitations troglodytes, datant du IVᵉ siècle, parsèment les flancs de la montagne ; autrefois refuges de bergers, certaines ont été modernisées en demeures confortables. Au Dar Kamal Chaoui, l’hôte Kamal organise des visites du village, incluant un thé dans une maison troglodyte, des randonnées et des rencontres avec des familles berbères pour une exploration rurale immersive.
Les chambres cosy mêlent textiles locaux et mobilier marocain ; la terrasse sur le toit offre des après‑middis paresseux parfumés aux tagines maison. À proximité, les femmes tissent des boutons pour les djellabas, vêtement emblématique du village.

Azrou et ses macaques de Barbarie
Les macaques de Barbarie d’Azrou occupent une place centrale dans le folklore local : ils auraient été maudits à devenir singes pour avoir jeté du couscous sur leurs hôtes. Environ 6 000 macaques vivent ici, concentrés dans la forêt de cèdres du parc national d’Ifrane. Il vaut mieux éviter les groupes suralimentés près du cèdre Gouraud et du Moudmame ; privilégiez plutôt un guide pour des randonnées vers le plateau d’Agdal, où bergers, ruches et ruines nomades parsèment le paysage. Les Jardins d’Azrou, une ferme‑maison d’hôtes gérée par un couple suisse‑marocain, propose des repas frais de la ferme et des excursions guidées par son propriétaire‑guide. Le grand souk du mardi, dédié au bétail et aux produits berbères, vaut également le détour.

Le circuit des lacs d’Ifrane
Le parc national d’Ifrane, au nord du pays, réserve des lacs comme Dayet Aoua, Dayet Ifrah et Dayet Hechlaf – de véritables refuges ornithologiques pour les milans royal, les aigles bottés, les foulques, les sarcelles marbrées et les pics-verts. Idéaux pour de courtes randonnées ou du VTT, Dayet Aoua attire les pique‑niqueurs le week‑end ; en été, il se transforme en terrain de jeu équestre.
Un circuit balisé de 60 km débute à 17 km au nord d’Ifrane (vérifier les conditions routières). Le Gîte Dayet Aoua, lodge berbère rustique avec verger, cuisine amazighe et excursions à cheval, à vélo ou à pied, offre des pauses pique‑nique. La solitude y règne, loin de l’effervescence de Fès.




