Au Grand Canyon : une nouvelle aventure familiale
Le Grand Canyon figure en tête des listes de voyages en famille : panoramas à couper le souffle qui fascinent même les enfants les plus connectés, et une myriade d’activités (randonnée, rafting, camping, identification des plantes, chasse aux fossiles, observation de la faune). En tant que parent, il est facile d’imaginer ces moments magiques avec ses enfants dans ce monument naturel.
Un défi inattendu
Ce que l’on n’anticipe pas toujours, c’est la gestion des besoins naturels sur le sentier. C’est un casse‑tête universel, surtout dans les zones reculées où les installations sont rares.
Le contexte
Nous étions en août 2016, au détour d’une courbe rocheuse du Hermit Trail, avec le South Rim qui s’étendait majestueusement autour de nous, entourés de roches millénaires, de mesquites et de pins pinyon comme témoins de notre situation.
Mon fils de 8 ans a soudainement besoin d’aller aux toilettes.
Le périple de deux semaines
C’était le sixième jour d’un road‑trip de deux semaines à travers la Californie, le Nevada, l’Arizona et l’Utah, à l’occasion du centenaire du Service des Parcs Nationaux (2016). Nous avions visité dix parcs nationaux avec la famille de mon frère (épouse et deux enfants de 7 et 9 ans) après Yosemite et un trajet encombré vers Las Vegas, où nous avons loué deux caravanes Airstream.
Installation au Grand Canyon
Première étape ambitieuse : le camping “dry” dans le South Kaibab National Forest, sans branchements, seulement batteries et réservoirs. Après quelques difficultés d’installation et des réveils avec des maux de tête dus à un nivellement imparfait, nous nous sommes émerveillés devant la grandeur du canyon.
Le guide
À 8 h 45, le guide Drew Schlachter est arrivé en fourgonnette de neuf places, légèrement en retard mais parfaitement synchronisé avec notre programme. Première visite guidée pour nous, Drew a brisé les stéréotypes avec son approche ludique : bonbons et anecdotes pour les enfants, café et conseils de camping pour les adultes.
Pourquoi engager un guide ?
Le Grand Canyon est d’une telle ampleur qu’il peut être déroutant : quel sentier choisir, quelles options sont adaptées aux enfants ? Un guide propose un itinéraire personnalisé et, en haute saison, il permet d’accéder aux sentiers réservés aux randonneurs autorisés et aux guides licenciés, comme le Hermit Trail, loin de la foule.
Le Hermit Trail
Le Hermit Trail descend de Hermit’s Rest jusqu’au fleuve Colorado. Il a été aménagé par la Santa Fe Railroad à partir d’un sentier de pionniers dans le Hermit Basin, nommé d’après Louis Boucher. Autrefois dédié au luxueux Hermit Camp (avec un tram jusqu’en 1930), le sentier a été abandonné après des glissements de terrain. Aujourd’hui, il offre un terrain sauvage : switchbacks, mesquites, serpents, et une vue imprenable sur le bassin du canyon.
Drew a commenté chaque point d’intérêt, donnant les noms des plantes, les anecdotes historiques et même les fossiles marins. Il a fait preuve d’une grande patience face à la curiosité de mon fils.
L’incident
En remontant, près d’un rebord rocheux, mon fils s’est mis à se contorsionner, visiblement en détresse.
« Qu’est‑ce qui ne va pas ? »
« Rien », a‑t‑il répondu.
Le dialogue est devenu urgent, embarrassant, et ma frustration a monté. Le principe « Leave No Trace » résonnait, mais les options étaient limitées.
Drew est intervenu calmement : « Pas de problème, j’ai un kit ». Les guides expérimentés sont toujours préparés à ce type de situation.
Continuation de la randonnée
Nous avons discrètement résolu le problème, puis poursuivi jusqu’à Moran Point pour admirer le fleuve Colorado à travers le télescope de Drew, que les enfants ont surnommé « lait au chocolat ». Le déjeuner à Grandview Point était délicieux, même si une tempête se formait à l’horizon. Drew a partagé des histoires du Forest Service sur les brûlages maîtrisés.
La nuit sous les ponderosas
Le soir, les deux Airstreams se sont reposés sous des pins ponderosa, offrant un sommeil réparateur. Les soucis du camping « dry » étaient oubliés.
Le Grand Canyon, créé le 26 février 1919 par le président Wilson, accueille chaque année cinq millions de visiteurs. Le parc, riche en histoire autochtone (Pueblo, Yuman, Havasupai, Hualapai, Paiute, Navajo) et en biodiversité (12 plantes endémiques, 167 espèces de champignons), reste une merveille intemporelle sculptée sur des millions d’années.




