Voyage au cœur du royaume hermétique de la Corée du Nord
Pyongyang
Notre groupe de 15 personnes a suivi un itinéraire de cinq nuits proposé par Koryo Tours, dirigé par le réalisateur britannique Nick Bronner, connu pour ses documentaires sur la RPDC. Nous sommes arrivés à bord d’un avion Air Koryo des années 1970, décoré de papiers peints patriotiques et de musiques nationalistes. En attendant, nous lisions le Pyongyang Times, où Kim Jong‑un était à la une avec des articles anti‑américains et anti‑japonais, ainsi qu’un supplément sur les défilés de missiles nucléaires. L’excitation était à son comble avant le décollage.
À l’atterrissage, nos passeports et téléphones ont été confiés aux guides – signe que ce n’était pas des vacances ordinaires. En route vers l’hôtel, Pyongyang s’est dévoilée : fresques de propagande au réalisme socialiste, sanctuaires dédiés aux dirigeants, monuments stalinistes, tours austères, drapeaux de la RPDC omniprésents. Ce n’est pas la ville la plus jolie du monde, mais les berges du fleuve Taedong offrent un charme inattendu.
Les blocs de béton à perte de vue et le manque de boutiques nous ont frappés. Les guides ont expliqué le code discret des panneaux : un symbole bleu indique le produit, comme des chaussures ou des œufs. Le showroom de Pyeonghwa Motors était caché derrière des vitres miroirs. Nous ne sommes entrés que dans un grand magasin de style occidental, rempli d’importations chinoises et très peu fréquenté.
Sites incontournables
Visiter la RPDC, c’est enchaîner les journées entre monuments imposants à l’allure soviétique et statues gigantesques célébrant les « victoires », le Parti des travailleurs de Corée et les dirigeants Kim Il‑sung et Kim Jong‑il.
Ces figures sont vénérées comme des divinités ; le président éternel Kim Il‑sung reste officiellement président, même 17 ans après sa mort. Son portrait orne panneaux, bâtiments et les insignes rouges obligatoires. À Pyongyang, on découvre les statues de bronze de 25 m (dévoilées en avril 2012 après le décès de Kim Jong‑il). Le protocole impose de déposer des fleurs et de s’incliner au son d’une musique cérémoniale.
Un point fort « réservé à la Corée du Nord » : le mausolée de Kim Il‑sung, qui abrite son corps embaumé à la manière de Lénine ou Mao. Le nôtre était fermé pour les préparatifs du mausolée de Kim Jong‑il.
Les visites débutent à l’Arche de Triomphe, plus grande que celle de Paris et spectaculaire la nuit. À proximité s’élève la Tour de l’Idée Juche (170 m), construite à partir de 25 550 blocs – un bloc par jour de la vie de Kim Il‑sung jusqu’à ses 70 ans, inaugurée en 1982 – symbole du nationalisme d’autosuffisance.
Le Monument à la Fondation du Parti exhibe un marteau d’acier (prolétariat), une faucille (paysans) et un pinceau (intellectuels) en granit.
Le Musée de la Guerre de Libération de la Patrie recontextualise la guerre de Corée comme une victoire de la RPDC, exposant des épaves d’avions américains et du matériel capturé. Le monument adjacent montre des scènes de guerre en bronze. L’USS Pueblo, navire d’espionnage saisi en 1968, repose comme symbole de fierté.
Une note plus légère : le Palais des enfants de Mangyongdae, centre d’activités extrascolaires où l’on voit du taekwondo, de l’accordéon, des tapisseries détaillées, avant un concert de chorales militaires, de ballets acrobatiques et de numéros où les chanteurs équilibrent des vases au son d’images de propagande applaudies. Imaginez les Jeux de masse annuels dans un stade de 150 000 places.
Le métro de Pyongyang, le plus profond du monde, impressionne par son marbre, ses lustres, ses mosaïques et ses fresques dédiées à la gloire, la victoire et la libération. Les rames d’origine est‑allemande des années 1980 renforcent l’atmosphère surréaliste à la Kubrick.
Au‑delà de Pyongyang
Les excursions s’étendent à la zone démilitarisée de Panmunjom, où l’armistice de 1953 sépare la péninsule. Des soldats nord‑coréens briefent à quelques mètres des soldats sud‑coréens ; l’un d’eux reproche à la Corée du Sud et aux États‑Unis d’être responsables de la division.
Kaesong, ancienne capitale du royaume Koryo (918‑1392), située à 136 km au sud, révèle un patrimoine bouddhiste au sein de temples historiques. Nous avons séjourné dans un hanok traditionnel, avec cour, ruisseau, haut-parleur de propagande et même une soupe de chien, très appréciée de notre groupe.
Rencontres locales
Les échanges avec les habitants restent limités ; ils se montrent méfiants envers les « ennemis » étrangers. Néanmoins, sourires et gestes de la main créent des ponts. Lors d’un pique‑nique sur les collines de Pyongyang, des locaux, portés par le soju et la bière, nous ont invités à se joindre à eux, chantant des chants d’accueil. Cette chaleur improvisée a donné l’impression d’une véritable hospitalité.




