Au cœur des montagnes du Népal
Arrivée à Katmandou
Le panorama urbain qui nous accueille à notre arrivée au Népal nous surprend. L’Everest domine toujours notre image de ce géant de l’Himalaya, surtout après la récente avalanche tragique. Notre aventure débute toutefois dans la capitale tentaculaire, Katmandou, avant de s’orienter vers des sites moins connus offrant une perspective différente du pays.
Nous sommes au Népal à la recherche d’histoires inspirantes de durabilité, cœur de notre projet éducatif Earthducation, lancé il y a quatre ans. Le Népal, bien que petit, abrite huit des dix plus hautes montagnes du monde et la plus grande concentration de glaciers hors des régions polaires. Ces glaciers alimentent la quasi‑totalité des grands fleuves d’Asie, une bouée de sauvetage pour plus de 1,3 milliard de personnes.
Katmandou est un enchevêtrement de bâtiments bruns, traversé par un chaos poussiéreux de motos, voitures, bus et piétons. Dès la sortie de l’aéroport, la ville semble envahie par le trafic et les piétons qui ne suivent aucune règle apparente. Le klaxon incessant se fond peu à peu dans le bruit de fond au fil de la journée.
Rencontre avec Mahabir Pun
Nous nous rendons dans le quartier de Thamel pour rencontrer Mahabir Pun, innovateur social et pionnier de la durabilité au Népal. Originaire du petit village montagnard de Nangi, il a créé le projet Nepal Wireless Networking, reliant 175 villages isolés à Internet gratuit. Son initiative a amélioré l’accès à l’éducation et à l’emploi, lui valant de nombreuses distinctions.
Mahabir partage avec nous sa vision et nous aide à préparer notre prochain voyage vers son village natal, niché à près de 8 000 pieds sous les ombres des massifs Annapurna et Dhaulagiri.
Il y a quinze ans, il rêvait de faire de Nangi un lieu où les habitants voudraient rester, grâce à l’accès à l’éducation et à l’emploi. Dans les villages reculés, la principale difficulté est de générer un revenu suffisant pour soutenir une famille. Souvent, le chef de famille doit s’éloigner pendant des mois, laissant les mères et les enfants travailler les champs. La préservation de la culture constitue un autre défi, les traditions s’effritant lorsque les aînés se font rares.
De Katmandou à Nangi
Le lendemain, nous prenons un court vol vers Pokhara, ville plus calme que Katmandou. Nous chargeons notre matériel dans un taxi et partons vers le village de Beni, où nous rencontrons notre guide, Chitra Pun, ancien résident de Nangi.
Le trajet de Beni à Nangi, ouvert en 2010, est une route non pavée, parsemée de rochers et de traces de pneus. Chitra décrit le trajet comme du « jeep‑walking », une métaphore parfaite pour ce chemin escarpé.
Mon collègue Charlie, qui a le vertige, décrit le voyage comme un « cauchemar vivant ». Pendant six heures, nous gravissons des virages en épingle, mais les vues sur les terrasses agricoles sont à couper le souffle.
Nous arrivons à Nangi au crépuscule, devant les sommets de Dhaulagiri et d’Annapurna, le septième et le dixième plus hauts sommets du monde.
Moins de 500 habitants vivent à Nangi, une communauté qui a su préserver ses valeurs culturelles tout en bénéficiant d’eau courante, d’électricité, de panneaux solaires et d’Internet grâce au « community lodge » ou via notre satellite BGAN.
Le lodge communautaire
Le lodge a été construit par la Himanchal Education Foundation, initiative de Mahabir Pun, réunissant résidents et amis du village. Solar, pompes à eau, connexion Internet, agriculture durable et électricité font de Nangi un modèle de durabilité.
Éducation à Nangi
Le lendemain, nous interrogeons enseignants et élèves. L’introduction d’ordinateurs permet aux jeunes de rester au village pour leurs études, au lieu de se rendre dans les villes. Les cours couvrent la programmation, la découverte de cultures étrangères, etc. Les élèves considèrent l’éducation comme la clé de leurs rêves.
Projets locaux
Nous visitons un groupe de femmes qui gèrent le « Nangi Paper Project ». Elles transforment l’écorce d’arbres en pâte puis en papier, vendu à l’international pour des cahiers ou des porte‑bouteilles.
L’après‑midi, nous parcourons une vallée verdoyante et découvrons le « First Year Nursery Project ». Des jeunes plants, dont la croissance peut prendre 20 à 80 ans, sont cultivés dans des contenants, fertilisés avec du fumier local, avant d’être transplantés en forêt pour assurer le bois de chauffage et de construction.
En montant le sentier, nous atteignons un sanctuaire sacré. Chaque août, des villageois parcourent des jours de marche pour le visiter. Tout est sacré dans cette forêt ; enlever un objet y porterait malheur à toute la famille.
Construction de la route
Nous rencontrons près d’une centaine de villageois qui construisent à la main une route, à l’aide d’outils traditionnels. Le chef du village, Laxman Garbuza, explique que la route améliore la richesse et la qualité de vie, et que tous participent à son entretien.
Nous continuons vers une petite ferme où une famille laboure les terrasses à l’aide de bœufs et d’une bêche en bois. Tous les membres participent à la plantation, un travail intense mais communautaire.
Chez des voisins, nous sommes invités à partager un repas dans une maison en briques avec un sol de terre battue. La plus jeune fille affiche un poster de sa pop star préférée. En demandant à la mère « Quel est votre plus grand défi quotidien ? », elle répond en souriant : « Je n’ai aucun défi. Ma vie est parfaite. » Cette réponse rappelle que ceux qui ont le moins sont souvent les plus heureux.
Retour au village
Après une journée riche en rencontres, nous regagnons le centre du village, juste à temps pour une violente tempête d’orage – typique des montagnes népalaises. Le tonnerre gronde, les éclairs zèbrent le ciel, la pluie torrentielle et la grêle s’abattent. Nous enfilons nos imperméables et profitons de cette expérience inoubliable.




