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Maniflowba – Aventure de kayak au Manitoba

Maniflowba – Une odyssée en eaux vives

Le crépitement humide du feu siffle sous la vapeur des braises de la veille. Les premiers rayons d’un soleil doré et tamisé percent la fumée, qui s’élève dans un ciel d’automne sans nuage. L’automne s’installe le long du Nelson River, au nord du Canada. Le matin est d’une calme absolu, à l’exception du grondement de l’eau blanche.

Une silhouette solitaire contourne le camp au bord du fleuve et entre dans la cuisine de fortune, constituée de bâches tendues sur des rondins rugueux. Les réchauds et la vaisselle sont légèrement recouverts de cendres de feu de camp. En déplaçant une bouteille de whisky vide, il fait bouillir de l’eau du fleuve pour préparer du café. Aucun programme n’est prévu pour la journée, aucune agenda ; l’imagination est la seule limite dans ce terrain de jeu de rapides. Le café pourrait bien être le seul élément « adulte » de la journée.

Être si près d’une chute d’eau rugissante pourrait empêcher certains de dormir, mais pour les onze kayakistes blottis dans leurs sacs de couchage, les vibrations du courant sont une berceuse. L’air glacial du Nord contraste avec la chaleur et l’humidité de l’Est de l’Ontario, d’où ils viennent depuis quelques jours. Sur le rivage du Nelson River, la lumière douce et brumeuse se reflète sur l’eau comme un rêve.

Les matins sont lents ici. Après deux gorgées de café, les corps fatigués émergent des hamacs, tentes et structures en forme de tipis, comme des garçons perdus sortant de la forêt. Boîtes de bière et caisses de vin jonchent le feu, comme des miettes d’un festin. L’atmosphère matinale rappelle un Neverland à la canadienne. En moins d’une heure, la scène paisible se transforme en un quotidien rythmée par le kayak sur l’une des plus belles vagues fluviales du monde.

Pour un voyage de plusieurs jours en eaux vives, on ne prévoit généralement pas de kayaks en carbone. Pourtant, il y a une semaine, une bande de kayakistes – amis, rivaux, concurrents et frères – a chargé un van et a parcouru deux jours depuis la Vallée d’Ottawa, près de la capitale, jusqu’aux plaines du centre du Canada, où ils ont embarqué des kayaks freestyle sur des radeaux. Deux radeaux de 12 places, appelés « le garage », reposent dans un calme remous, chargés de nourriture, matériel, caméras, kayaks et deux moteurs à propane. Ils ont quitté la communauté nordique de Cross Lake, à la recherche de grosses vagues et de forts débits dans la nature sauvage du Manitoba.

Maniflowba – Aventure de kayak au Manitoba

Maniflowba – Aventure de kayak au Manitoba

Maniflowba – Aventure de kayak au Manitoba

Comme beaucoup de bons voyages, celui‑ci a commencé comme une petite idée avant de se muer, au fil des ans, en une aventure féerique. Baptisé « Maniflowba » par la fraternité de kayakistes rêvant d’une mission d’exploration au Manitoba, il aurait pu être un échec total. Contrairement à la saison de pointe du printemps, le « Stakeout », vénéré par les kayakistes nord‑américains, ce périple a nécessité un trajet long (près de 3 000 km) et un saut de foi collectif. Avec peu d’informations sur le fleuve et les niveaux d’eau, les jeunes se sont lancés à la recherche d’un terrain de jeu et d’une vague rêvée : la Dream Wave.

Joel Kowalski s’avance du feu, essuie le sommeil de ses yeux et secoue ses épaules raides. Il saisit l’une des tasses communes, la remplit à ras bord, sourit et se tourne vers le fleuve. En contemplant le paysage à travers la vapeur, il repense à un voyage qui a mis quatre ans à se concrétiser, puis porte le café à ses lèvres et soupire. Un large sourire éclaire son visage. Kowalski a découvert le fleuve sur Google Earth et a équipé l’expédition avec le matériel de l’entreprise familiale de rafting sur la rivière Ottawa. Il se tient à mi‑chemin entre la frontière américaine et le territoire du Nunavut, à côté d’une vague qu’il n’avait jusqu’alors que dans ses rêves.

Il se retourne et voit le camp s’animer. Certains des meilleurs kayakistes du monde – des amis qu’il a convaincus de s’aventurer dans la nature – ont mis de côté leurs compétitions, leurs vols, leurs sorties et même leur travail pour être ici. En chaussons de rivière, baskets de skate ou tongs, certains portent déjà partiellement leur équipement. Une odeur âcre de vêtements humides, séchés par la chaleur du feu, flotte dans l’air. Le groupe, de 22 à 33 ans, partage les mêmes muscles endoloris après des journées à rebondir sur la face verte de la Dream Wave. Quelques millimètres de Kevlar carboné séparent leurs corps de l’eau dure. Le doux éclat ambré du moment est éphémère mais parfait, à savourer avant que l’hiver ne fige les veines du fleuve en quelques semaines.

Un trio de pagayeurs – un Britannique et deux Canadiens – transporte leurs embarcations le long du camp, plaisantant bruyamment tout en longeant la rive rocheuse jusqu’au sommet du rapide. En riant et s’échauffant dans le remous, Bren Orton, Kalob Grady et Louis‑Philippe Rivest partagent ce rituel pré‑surf qui se répète plusieurs fois par jour. Là où le granit du Bouclier canadien rencontre les rapides, une bande d’algues néon passe du vert électrique aux teintes brunes, puis à une algue blanche épaisse, rappelant le pelage d’un ours polaire. Cette crête blanche marque la ligne haute‑eau, plusieurs pieds au‑dessus de la surface, illustrant la puissance du fleuve en crue.

Partager cette vague exige un équilibre. Les premiers surfeurs du matin – un kayakiste et deux river‑boarders – viennent d’entrer dans la mousse. Ils commencent à jouer, tandis que les autres se rassemblent sur la rive, prêts pour le moment fort. Ben Marr et les frères Paterson dévalent la vague, assez large pour que chacun puisse enchaîner des figures pendant que les autres les soutiennent sur les épaules. Obtenir ce type d’air dans une proximité aussi serrée est rare et délicieux. Rires, high‑fives, et la vague continue de les porter.

Maniflowba – Aventure de kayak au Manitoba

Maniflowba – Aventure de kayak au Manitoba

Maniflowba – Aventure de kayak au Manitoba

Dans ce terrain de jeu, l’énergie est palpable même depuis la rive. Pour certains kayakistes, leurs sessions sont limitées par le temps que l’eau met à pénétrer les réparations en ruban adhésif de leurs coques en carbone ; les fissures témoignent à la fois de l’amplitude des figures et de la puissance du fleuve. S’envoler suffisamment haut pour qu’un autre kayakiste puisse passer entre la coque et l’eau, enchaîner des combinaisons de mouvements freestyle jamais vues, a un coût.

Mais sur la vague, il n’y a aucun souci. Que votre sac de couchage soit trempé par deux jours de bruine continue ou que vous manquiez de bière, seul le visage de la vague, son crête et sa mousse comptent. Le soleil, les éclaboussures, la descente fulgurante : le kayak freestyle est un étrange mélange d’éléments et de physique, d’eau et de gravité, de force aval et d’élan amont. Vous combattez l’eau tout en travaillant avec elle. L’esprit s’apaise, le corps prend le relais.

Ce voyage tourne autour de la vague, mais aussi de la fraternité, du risque et du chemin parcouru. C’est l’équilibre serein entre la barque et le pagayer au cœur du chaos des rapides, l’impression d’être immergé dans un monde de rêve où le kayak devient tout.

Ces jeunes ont découvert un pays imaginaire auquel ils pourront revenir chaque automne. Quelques mèches grises apparaissent sur leurs barbes, mais l’âge n’a aucune importance ici. Le Neverland existe dans la nature sauvage du Manitoba, et personne n’a besoin de grandir quand la vie tourne autour de la Dream Wave.


Pour en savoir plus, lisez l’article complet dans Dream – une rubrique Single Moment du tout nouveau volume neuf de Sidetracked.



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