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À contre-courant

Chaque rivière a ses méandres, et le Ter, qui traverse le cœur de la Catalogne, ne fait pas exception. En partenariat avec KEEN Footwear, nous partons à la découverte de ce cours d’eau méconnu, depuis son embouchure méditerranéenne jusqu’à sa source, perchée dans les Pyrénées.

Le départ : paddleboarding

Nous entamons le périple de la façon la plus naturelle qui soit : en stand‑up paddle. Après avoir franchi les remous de la confluence du Ter avec la Méditerranée, le calme s’installe. Glisser silencieusement sur l’eau, au cœur d’un paysage vierge, procure une perspective unique et apaisante.

Depuis trois ans, le paddle occupe une place centrale dans ma vie. Il m’a sensibilisé à la protection des cours d’eau, tant au Royaume‑Uni qu’à l’échelle mondiale. Cette pratique révèle la façon dont humains et faune cohabitent autour de l’eau, entre loisir et subsistance.

Girona, ville d’art et d’histoire

Après le segment nautique, je monte sur mon vélo pour rejoindre Girona. Le paysage passe de la campagne ouverte aux petites agglomérations périphériques, avant d’arriver au cœur de la ville qui s’est développée autour du Ter. Ses ruelles pavées et son architecture médiévale témoignent d’un passé romain stratégique, où quatre fleuves se rejoignent. Aujourd’hui, touristes et pêcheurs profitent du fleuve.

Rencontre avec Carles, pêcheur à la mouche

En remontant le cours, nous rencontrons Carles, pêcheur à la mouche depuis plus de vingt ans. Patiente et passionnée, il partage son amour du Ter, tout en dénonçant les impacts des barrages construits en amont : altération du débit, diminution des profondeurs et perturbation des écosystèmes.

Le barrage : un géant de béton

Le plus grand barrage s’étend sur 360 m, avec une hauteur de 135 m. Il régule le débit en fonction des besoins énergétiques et urbains, mais son mur de béton brise la continuité naturelle du fleuve. En aval, les habitats sont privés de nutriments et d’oxygène ; en amont, d’immenses lacs se forment, causant des dommages irréversibles.

Au‑delà du barrage : lac et randonnée

Au‑dessus du barrage, le Ter se transforme en vaste lac. Nous marchons le long de ses rives bordées de forêts verdoyantes, où des marches artificielles permettent aux pêcheurs d’accéder à l’eau. Un arrêt café, des canards glissant, le chant des oiseaux riverains… une véritable bulle d’isolement et de sérénité.

Impact humain : les traces du quotidien

Malheureusement, certains usagers laissent derrière eux un sillage de détritus : bouteilles, canettes, emballages, filets… qui flottent, jonchent le sol ou s’accrochent aux arbustes riverains. Le principe « Leave No Trace » n’est pas encore une règle universelle.

Escapade monastique

Nous dévions du sentier pour visiter le monastère bénédictin de Sant Pere de Casserres, perché sur une courbe du Ter. Fondé au XIᵉ siècle sur des ruines du VIIIᵉ, il témoigne d’une cohabitation harmonieuse entre l’homme et le milieu fluvial.

Camprodon et le symbole des rubans jaunes

En continuant vers les Pyrénées, nous arrivons à Camprodon, ville paisible où le Ter passe sous d’élégants ponts de pierre. Des rubans jaunes décorent fenêtres et balcons, symbole d’une tension politique liée à la quête d’indépendance de la Catalogne.

Vers les sources pyrénéennes

La montée dans les montagnes redonne vie au fleuve : il devient ludique, vif, presque enfantin. Nous traversons forêts de pins, sentiers escarpés, et, au-dessus de la ligne de neige, le courant se glace avant de percer à nouveau, clair et rapide.

Au seuil de la source, le paysage est presque silencieux. Après plusieurs détours dans la neige, nous découvrons un petit ruisseau qui s’insinue entre les cristaux de glace – la naissance du Ter, à 208 km de notre point de départ, quatre jours auparavant.

Réflexion finale

Ce voyage m’a rappelé que l’eau est un lieu de calme, de réflexion et de perspective. Les habitants qui tirent leur subsistance du Ter ressentent la même connexion que moi. Comme le cours du fleuve, la vie suit ses méandres ; il nous appartient de les parcourir avec respect et conscience.


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Notes de voyage
  • Été sur le Volga

    Une fuite désespérée dans le froid russe Je fuis nu comme le jour, sortant d’un bâtiment en béton à la peinture blanche, la sueur perlant sur ma peau. Une brise d’après‑midi caresse mon corps, et je saute dans le Volga glacé. Deux hommes russes, poilus et habillés comme moi, me suivent, après m’avoir fouetté avec des branches de bouleau. La Russie, ce pays que l’on imagine souvent comme une étendue grise et froide, peuplée de blocs soviétiques décrépis, d’usines polluantes et d’une population a

  • Poisson – Méditation sur la pêche dans le désert de l Oregon

    Le décor du désert de lOregon Des ondulations deau brun-argenté sécoulent vers louest, et même dans les bas-fonds, le courant saisit mes jambes, mentraînant avec lui. Un petit caillou se détache, rebondit doucement sur mon pied, se pose un instant avant de reprendre son voyage éternel vers la côte. C’est le grand jeu de la vie : une montagne qui s’effrite pour rejoindre la mer, un cycle visible dans le Haut Désert de l’Oregon, où quatre volcans glaciaires dominent l’horizon. Des coulées de lave

  • Maniflowba – Aventure de kayak au Manitoba

    Maniflowba – Une odyssée en eaux vives Le crépitement humide du feu siffle sous la vapeur des braises de la veille. Les premiers rayons d’un soleil doré et tamisé percent la fumée, qui s’élève dans un ciel d’automne sans nuage. L’automne s’installe le long du Nelson River, au nord du Canada. Le matin est d’une calme absolu, à l’exception du grondement de l’eau blanche. Une silhouette solitaire contourne le camp au bord du fleuve et entre dans la cuisine de fortune, constituée de bâches tendues s