Quand les dinosaures et les dictateurs font la fête
Une escale surprenante sur les Brijuni
Depuis l’Antiquité romaine, ce coin de Méditerranée fascine les voyageurs. Le fondateur de Fathom, Pavia Rosati, en fait encore partie.
BRIJUNI, Croatie – Là où Kubla Khan aurait pu ériger son dôme sacré, le chef yougoslave Josip Tito a créé son propre paradis sur les îles Brijuni.
En juin, j’ai passé une journée sur Brijuni ("Brioni" en italien) lors d’un circuit en Istrie. L’itinéraire était déjà tracé, donc impossible de refuser. Si j’avais eu le choix, je n’aurais probablement pas choisi ce parc national comme simple excursion d’une journée. Le ferry depuis Fažana était bondé d’écoliers bruyants, leurs selfies et leurs cris m’ont d’abord fait douter du charme du lieu.
Le Neptun Hotel, un voyage dans le temps
Nous avons d’abord mis les pieds au Neptun Hotel, véritable capsule du milieu du siècle, figée dans son décor mi‑européen. Les rénovations sont en cours, mais les éléments d’époque restent intacts : enseignes Art Nouveau indiquant la « bagagerie » et l’« internet », lampes en soie, panneaux « Do Not Disturb » avec des soleils souriants, meubles combinant coiffeuse, bureau et mini‑frigidaire, cafetières en argent massif. Ce lieu regorge de potentiel.
Un passé impérial à chaque coin de rue
Les Brijuni ont attiré les élites depuis des millénaires : Romains, Vénitiens, Byzantins, puis Autrichiens. En 1893, le magnat autrichien Paul Kupelwieser acheta l’archipel, y construisit un complexe hôtelier et un terrain de golf. Après la Première Guerre mondiale, les Italiens s’en emparèrent, puis le président yougoslave Josip Tito en fit sa résidence d’été après la Seconde Guerre mondiale. Tito, à la fois révolutionnaire et dictateur, sut accueillir des chefs d’État de tous bords ainsi que des stars comme Liz Taylor ou Sophia Loren. Le musée dédié à sa vie expose leurs photos.
Safari, éléphant et empreintes de dinosaures
Nous avons parcouru l’île en voiturette de golf, le seul moyen motorisé autorisé. Au détour d’un chemin, nous avons découvert :
- Des casernes militaires réservées à des visiteurs officiels (un garde sympathique nous a laissé entrer dans la résidence principale, où trônaient une table de salle à manger somptueuse et des rideaux en filet de poisson).
- Un olivier de plus de 1 000 ans, soutenu par un tronc de remplacement mais toujours productif.
- Un safari peu conventionnel avec zèbres, autruches, chèvres et chevaux paissant librement.
- L’éléphante timide « Lanka », cadeau de Indira Gandhi à Tito. Elle pleure la perte de son compagnon Sony, décédé il y a quelques années.
- Le « Parc Dinosaura », où l’on peut voir les empreintes tridactyles de dinosaures théropodes qui arpentaient autrefois le fond marin de la mer de Téthys, il y a 115 millions d’années.
- Des vestiges romains et byzantins du IIᵉ siècle av. J.-C. au XIVᵉ siècle ap. J.-C., ainsi que des portes de villas inaccessibles, dignes d’un film d’espionnage.
Vers une île fête ?
Depuis son intégration au parc national, Brijuni appartient au peuple croate, ce qui est une excellente chose. Mais l’endroit a encore un potentiel inexploré : devenir une île fête, non pas à la façon de Cabo‑Daytona‑SoBe, mais comme une retraite exclusive à la manière d’une villa toscane. En rentrant sur le ferry, j’ai déjà envoyé un e‑mail à mes amis : « Qui fête ses 40 ans ou un anniversaire ? Je suis prêt à m’y installer quelques semaines ! »




