Mon voyage à travers le passé sombre du Cambodge
[J’ai visité le Cambodge en 2016 ; voici une version révisée du récit original publié dans Harmony India Magazine, mai 2017.]
Première immersion au S‑21
Devant moi se trouvaient les photos d’identification de plusieurs dizaines de victimes du génocide khmer rouge. Certains visages montraient des mâchoires cassées, d’autres des dents manquantes. Chaque nouveau cliché me faisait grimacer. Le jeune homme à côté de moi restait immobile, les yeux humides, comme s’il était lui‑même submergé par le drame. Peut‑être reconnaissait‑il quelques‑unes de ces figures.
Arrivé à Phnom Penh la veille, je me trouvais déjà à l’intérieur du tristement célèbre S‑21, la prison Tuol Sleng. Ce lieu attire de nombreux touristes, mais il a surtout une raison d’être : témoigner des atrocités commises entre 1975 et 1979.
Comprendre le génocide
Pour combler mes lacunes, je suis retourné à mon auberge, ai sorti le livre que l’on m’avait offert à Siem Reap : Children of Cambodia’s Killing Fields (1997). Il rappelle, avec une grande tristesse, le sort des enfants survivants des champs de la mort.
En 1975, les Khmers rouges, ou Parti communiste du Kampuchéa, prennent le contrôle du pays avec l’objectif de créer une société agraire, anti‑occidentale et sans argent. Tous ceux qui manifestaient un mode de vie « occidental » – médecins, enseignants, personnes portant des lunettes – étaient exécutés. Les écoles devinrent des camps de rééducation, les villes furent pillées, et de nombreux soldats de Pol Pot étaient eux‑mêmes de jeunes enfants.
Visite du S‑21
Le matin suivant, j’ai repris le S‑21 et prévu une visite aux champs de Choeung Ek. À 7 h, Phnom Penh était déjà animée : stands de rue, tuk‑tuks, et une vie quotidienne qui contraste avec le passé sombre du quai Sisowath.
Le bâtiment à deux étages, ancien lycée, fut transformé en centre de détention et d’interrogation. Recouvert de fil de fer barbelé, il abrite des salles où se trouvent à la fois des cellules minuscules et des chambres de torture. Les audioguides racontent les témoignages de survivants.
Environ 17 000 hommes, femmes et enfants y furent emprisonnés, torturés et assassinés ; moins de 20 ont survécu. Les photos montrent des victimes dès l’âge de cinq ans, certains effrayés, d’autres affichant un faible sourire. La visite m’a profondément bouleversé, et j’ai immédiatement enchaîné avec un tuk‑tuk vers les champs de Choeung Ek.
Choeung Ek – les champs de la mort
Mon chauffeur m’a expliqué que Choeung Ek n’est qu’un des plus de 150 sites d’exécution du pays. Les champs servaient à enterrer les corps de ceux que le régime jugeait « intellectuels » ou « ennemis ». Marcher parmi les fosses signifie littéralement fouler des os et des crânes. Un casque audio (environ 3 $) décrit comment les victimes étaient souvent battues à la tête, les balles étant rares.
Le site comporte plusieurs fosses séparant hommes, femmes et enfants. Un « arbre à mort » géant était utilisé pour écraser les têtes des enfants avant leur mise en terre. Au centre, une stupa de 17 étages renferme davantage de crânes humains.
Réflexions sur le Cambodge d’aujourd’hui
Il est difficile d’imaginer que la majorité des Cambodgiens de plus de 40 ans soient eux‑mêmes témoins ou victimes de ces horreurs, et que les plus jeunes subissent les séquelles de la perte familiale. Pourtant, le peuple cambodgien reste d’une étonnante générosité : sourires, salutations chaleureuses et hospitalité sont partout.
Le pays offre également une cuisine savoureuse, des côtes idylliques et une vie nocturne animée. Même si les routes restent en partie non pavées, chaque village traversé révèle des enfants qui courent, saluent et crient un joyeux « bonjour ! ».
Meilleure période pour voyager
Le climat est chaud toute l’année, avec des températures rarement inférieures à 20 °C. La haute saison s’étend de novembre à mars. Pour éviter la foule et profiter de tarifs plus bas, privilégiez mai à octobre, pendant la mousson.
Visa et monnaie
Les voyageurs indiens peuvent obtenir un e‑visa (validité 3 mois) ou un visa à l’arrivée (30 jours, 30 $ USD). Le paiement se fait en dollars américains ou en riel cambodgien (KHR), les USD étant largement acceptés, même dans les distributeurs.
Conseils pratiques
- Pas de vol direct depuis l’Inde ; il faut transiter par Bangkok ou Kuala Lumpur. Les aéroports principaux sont Siem Reap et Phnom Penh. Entrée possible également par voie terrestre depuis la Thaïlande, le Vietnam ou le Laos.
- À Phnom Penh, les tuk‑tuks sont le principal moyen de transport. Une demi‑journée pour le S‑21 et Choeung Ek coûte environ 40 $ USD, incluant le temps d’attente.
- Le casque‑guide (environ 3 $) est fortement recommandé pour ne pas rater les explications essentielles.
- Ne partez pas sans goûter le curry khmer accompagné d’une bière locale. Un repas de rue coûte moins de 2 $, un restaurant moins de 5 $.




