Le Nord-Ouest sauvage
Départ et premières difficultés
Les moustiques, attirés par la chaleur torride, s'accrochaient à ma peau en sueur, leurs piqûres perçant mon cou et mes mollets. Mes épaules brûlaient, mes pieds gonflés me faisaient mal et mes lèvres se fissuraient alors que je poussais un peu plus, sentant la fin de la montée. La route étroite se courba et traversa un col large – le point le plus haut que j’atteindrais aujourd’hui.
En route vers Durness
Après 27 km parcourus, il restait encore 14 km. Sous les falaises imposantes de la côte nord de l’Écosse, j’approchais de Durness, conscient que la journée ne faisait que commencer. Malgré la chaleur et le soleil brûlant, l’envie de pagayer me motivait à boucler notre boucle autour de ce coin sauvage du nord‑ouest écossais. On oublie facilement la soif qui accompagne les longues heures en kayak.
Souvenirs d’une source naturelle
Quelques kilomètres plus tôt, je m’étais désaltéré à une source d’eau glacée qui jaillissait des profondeurs. Le souvenir semblait lointain alors que le tarmac chaud s’étirait devant moi, mon imagination se projetait sur la côte sauvage du Sutherland : mer écumée, falaises vertigineuses, oiseaux marins criant au-dessus des vagues déchaînées.
Traversée du Sound of Handa
Le matin, le soleil laissa place à un épais brouillard venu de l’Atlantique en quittant Scourie. Nous surfâmes contre le courant, les vagues nous poussant à travers le Sound of Handa sous un ciel qui s’assombrissait. J’ai ralenti pour me glisser derrière un yacht qui traversait le canal. L’équipage, surpris par notre vitesse, nous salua et nous échangeâmes quelques mots sur le temps, le brouillard, les vagues et les légendaires plages de Sandwood Bay.


Cap Wrath, destination ultime
« Vous allez faire le tour du cap ? » On nous confirma que le but était bien le Cap Wrath. L’optimisme était tempéré par la prudence, les nerfs et le bon sens.
Le yacht prit un passage plus profond tandis que nous empruntâmes une ligne directe entre les skerries. Nos trajectoires se croisèrent de nouveau peu après, chacun se dirigeant vers un abri différent.
Montée du col et souffle des falaises
Une douleur aiguë me brûlait le cou. Conscient de la montée qui se profilait, je retrouvai les moustiques, la chaleur et les collines qui s’élevaient tout autour. Des lochs bleus scintillaient au‑delà du bruyère, les sommets lointains couronnés de quartz donnaient l’impression d’être enneigés. Une brise au col apporta un bref répit, mais en entrant dans un couloir étroit entre falaises et bouleaux denses, l’air devint lourd et les mouches incessantes.
Jour deux : Sheigra et le passage de Sandwood
Notre deuxième journée débuta à Sheigra, petite baie protégée offrant une alternative aux vagues de Sandwood. Nous pagayâmes rapidement au‑delà des îles, sous d’impressionnantes falaises de gneiss lewisiens, témoins de nos précédentes escalades. En poussant vers le nord, nous ressentîmes l’exposition et nous nous engageâmes résolument dans la traversée.
Le cap se rapprochait ; les vagues s’écrasaient contre les falaises de grès, rebondissant vers l’océan. Soudain, les falaises disparurent, la houle s’apaisa et un immense arc apparut sous le ciel bleu, éclairé par le phare rouge au loin. Nous contournâmes le cap, pagayant sous d’immenses falaises où mouettes, guillemots et gannets tourbillonnaient.


Descente vers Balnakeil Bay
En redescendant, la fatigue se fit sentir : mes jambes peinaient, mes cuisses brûlaient. Un nuage de poussière s’éleva derrière moi alors que je quittais la route pour quelques précieuses secondes. Le parfum salé de la côte envahissait l’air chaud de l’après‑midi.
Les falaises diminuèrent progressivement, laissant place à la baie de Balnakeil, où la mer ressemblait à un miroir. J’enlevai le sac de sel incrusté sur mes bras et continuai à pagayer dans le Kyle of Durness, suivant le flux de marée vers Keodale.
Dernière étape et retour
Après une brève halte sur du sable blanc, nous reprîmes notre embarcation dans une eau limpide pour parcourir les derniers kilomètres. Nous atteignîmes un quai où les voyageurs attendaient le ferry, prêts à affronter la traversée agitée du Parph vers le Cap Wrath.
Leur aller‑retour au phare serait accompli avant mon retour. Il était temps de boucler la boucle, de concrétiser un rêve nourri depuis ma première visite de cette côte nord‑écossaise où l’océan s’étend sans interruption entre les continents.




