Le serment d’or : une médaille olympique au sommet de l’Everest
Une histoire née en 1910
Tout a commencé en 2010, lorsqu’un ami publicitaire, Richard Robinson, m’a appelé au sujet d’une énigme historique : « Connaissez‑vous les treize médailles d’or olympiques remises en 1922 par le baron Pierre de Coubertin à l’expédition britannique de l’Everest ? » Ignorant ce fait, je me suis laissé entraîner dans un récit étonnant.
Les médailles de 1922
En 1924, le baron Coubertin a décerné, lors des Jeux d’hiver de Chamonix, des médailles d’or olympiques à l’expédition britannique de 1922. Bien que les alpinistes n’aient pas atteint le sommet, ils ont établi de nombreux records : première équipe à viser l’Everest, première à dépasser les 8000 m, première à utiliser l’oxygène d’appoint et les vêtements remplis de duvet. Coubertin, fervent partisan du slogan « plus haut, plus vite, plus fort », voyait l’alpinisme comme l’expression ultime de l’esprit olympique.
Le serment de Coubertin
Lors de la cérémonie de clôture, le lieutenant‑colonel Strutt, second de l’expédition, a reçu les médailles et a promis, au nom du Royaume‑Uni, d’y placer l’une d’elles au sommet de l’Everest dès que l’occasion se présenterait. La promesse a été oubliée pendant la Seconde Guerre mondiale, les médailles se sont dispersées dans des greniers et, même après le premier sommet en 1953, aucune n’a été emmenée au toit du monde.
Recherche de la médaille perdue
En 2012, à l’approche des Jeux olympiques de Londres, j’ai décidé de ressusciter ce serment. Après des mois d’enquête dans les archives, nous avons retrouvé trois des treize médailles : une à la Royal Geographical Society, une au Musée Gurkha de Winchester, et la dernière, appartenant à la famille du grimpeur Arthur Wakefield, grâce à son petit‑fils Charles, résidant à Toronto.
L’expédition vers l’Everest
Avec la médaille en main, j’ai entrepris mon dixième ascension de l’Everest, accompagné du caméraman d’aventure Keith Partridge. 2015 a été une saison particulièrement difficile : avalanches, chutes mortelles et la décision de l’opérateur Russell Brice d’abandonner son camp ont semé le doute. Patience et expérience ont été nos meilleurs alliés.
Le premier créneau de sommet, le 19 mai, était encombré. Nous avons attendu six jours, observant les grimpeurs souffrir de gelures et de fatigue. Le 25 mai, nous avons quitté le camp tôt, atteignant le South Col avant l’aube. Une heure d’attente dans la neige nous a permis de voir le lever du soleil sur l’Himalaya, moment que Keith a filmé.
Cérémonie au sommet
Au sommet, nous avons placé la médaille, bénie par un lama local, et tenu une petite cérémonie. L’émotion était forte : nous réalisions enfin le serment de 1922. Après la cérémonie, j’ai perdu la vision d’un œil à cause du froid intense, mais j’ai descendu en une journée pour préserver ma santé.
Retour et hommage
De retour à Kathmandu, le président du comité olympique britannique, Lord Coe, nous a félicités, voyant dans ce geste un prélude aux Jeux de 2016. De retour au Royaume‑Uni, j’ai remis la médaille à Charles Wakefield au sommet du Great Gable, près d’une plaque honorant les membres disparus du Fell and Rock Club. Ce lieu, emblématique de l’escalade anglaise, était le cadre idéal pour clore cette aventure.
Nous avons ainsi tenu parole, honoré les pionniers de l’alpinisme britannique et rappelé que l’esprit olympique vit au-delà des stades, jusque dans les cimes les plus élevées.




