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À la recherche de l'aigle royal

Printemps sur l'Isle d'Islay

Les jours courts et sombres de l’hiver ne sont plus qu’un souvenir ; le printemps s’installe, les fleurs sauvages s’épanouissent lentement, les alouettes chantent au-dessus de leurs futurs territoires et les bruyères bruissent autour de moi.

Je suis sur l’île d’Islay, reine des Hébrides, gardien de la réserve naturelle de l’Oa, une ferme‑exploitation de 2 100 ha appartenant à la RSPB (Royal Society for the Protection of Birds).

Dans l’eau en contrebas, une loutre glisse entre les rochers où la terre rencontre la mer, puis disparaît en un instant. À ma gauche, l’appel plaintif d’un plongeur boréal résonne dans la petite baie côtière – un cri qui rappelle le gémissement d’un esprit. Le plongeur reste près de la surface, plonge la tête pour examiner le fond, remonte ensuite avec parfois un crabe qu’il débarrasse de ses pinces avant de l’avaler.

Devant moi, des phoques gris se prélassent sur les rochers au rythme des vagues, grognant quand l’envie les prend. Une nuée de mergules à poitrine rousse glisse près d’eux ; comme le plongeur, elles plongent pour attraper des poissons, les saisissant avec leurs becs dentelés. Des mouettes argentées les suivent, pillaient leurs prises.

Je reste là, des heures durant, à observer et à attendre. Aucun signe de ma proie principale pour l’instant, mais la caméra est prête à capturer le moment décisif.

Premiers signes d’aigles

La marée monte, poussant les phoques dans l’eau. À ma droite, un grand corps voûté se profile parmi les branches d’un arbre mort dépouillé. Il est rapidement rejoint par un second. Deux aigles royaux, majestueux, prennent leur envol depuis le sol, leurs larges ailes battant avec puissance, et se posent côte à côte.

Les plongeurs boréaux paniquent et disparaissent. Les aigles gagnent de l’altitude, tournent vers la cible tombée, puis fondent et tentent de la saisir avec leurs serres. Ils passent bas, allongent leurs pattes, mais manquent leur proie.

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Un combat inattendu

En regagnant de la hauteur, les aigles visent enfin leur cible : un busard. Sur les côtes rocheuses de la baie, le busard utilise ses ailes comme rames et glisse sur l’eau. Les aigles fondent à nouveau, le busard riposte avec ses propres serres.

Un aigle se retire dans la lisière et disparaît ; le second revient pour une dernière tentative, mais ne parvient pas à saisir sa proie. Le busard parvient finalement à atteindre le rivage. Les aigles, épuisés, abandonnent la chasse. L’un d’eux s’élève une dernière fois, franchit le ciel au-dessus de moi, puis s’évanouit à l’horizon.

***

Photographie de la faune – ma passion

Mon emploi à la RSPB m’a ouvert la voie à la photographie animalière, un véritable exutoire mental où je me concentre uniquement sur le regard, l’appareil et le sujet. Rien d’autre ne compte au moment où j’appuie sur le déclencheur.

Un exemple frappant : le regard perçant d’une autruche d’Europe qui me fixe à travers l’objectif. En plus des aigles royaux et des autruches, j’ai eu la chance d’observer et de photographier des busards, des corbeaux et des faucons pèlerins.

Mais c’est l’éminent aigle royal que je désire capturer. Plus secret et plus insaisissable que les autres rapaces, il repère l’homme à un kilomètre et disparaît dans le ciel. Aucun déplacement à pied ne suffit pour l’approcher.

Les aigles royaux sont d’excellents chasseurs ; malgré leur taille, ils peuvent atteindre 240‑320 km/h en piqué, juste derrière le faucon pèlerin.

Mon projet futur : construire un poste d’observation discret, placé près d’un perchoir fréquenté par les aigles, mais assez loin pour ne pas perturber leur territoire. Le succès dépendra de patience, de chance et de nombreuses heures d’attente.

Il est essentiel de rappeler que ces oiseaux sont classés « Schedule 1 », la protection la plus stricte au Royaume‑Uni. En tant qu’employé de la RSPB, je possède une licence permettant d’observer ces espèces sans déranger leurs nids, en respectant les consignes de distance d’au moins 1 km.

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Sur le nid d’un aigle royal

Abrité contre les rochers blancs d’une falaise escarpée, le vent d’ouest fouette mon visage tandis que la mer se fracasse à 30 m en contrebas. J’observe le paysage vaste et expressif qui s’étend devant moi.

À travers mon lunette d’observation, je repère le nid : une femelle d’aigle royal, tête et le haut des ailes visibles, couve ses œufs en attendant le mâle. J’ai l’impression qu’elle me regarde, fixant le tube de la lunette.

Mes rencontres les plus mémorables avec les aigles royaux sont le fruit du hasard. Parfois ils survolent mon poste sans me remarquer ; d’autres fois ils passent très bas, déclenchant une course effrénée pour préparer mon matériel.

Un jour, un aigle royal blanc apparaît à l’horizon, dérivé par les mouettes, puis se place au-dessus du nid, circulant dans les courants ascendants.

Le mâle arrive, affronte l’intrus sans combat physique, mais par la simple présence dominant le blanc‑tête d’aigle qui s’éloigne. Chaque vol de ces rapaces inspire un sentiment de liberté incomparable.


Notes de voyage
  • À la recherche du cercle arctique

    Départ douloureux « Je m’arrête ici un moment. » La fatigue était insoutenable. Après 850 km sous une pluie torrentielle, le froid mordait mes orteils et j’avais blessé mes doigts en réparant la chaîne. Seul, entouré de roches humides, je dialoguais avec les nuages, des figures imaginaires et les animaux morts qui semblaient faire partie du paysage arctique. Des milliers de moustiques géants me poursuivaient malgré le vélo. Mes principales inquiétudes étaient les ampoules à la selle et mon tendo

  • Le loup en hiver

    Le loup en hiver « Elle a un grand cœur courageux », m’a confié Sailou, en s’agenouillant pour examiner Ballipan, son magnifique aigle doré. C’était la première fois que je partais à la chasse avec ce Kazakh de 60 ans, plein d’énergie, au cœur de la steppe de l’ouest mongol. Je venais de Grande‑Bretagne pour découvrir le mode de vie de ces chasseurs qui utilisent encore l’aigle doré pour traquer renards et même loups en plein hiver. La fourrure de leurs proies sert à confectionner des chapeaux,

  • L Appel du Nord – Dernier jour d une expédition sur le Yukon

    Fin d’une aventure sur le Yukon Dans le huitième volume de Sidetracked, Ian Finch raconte les journées torrides passées à pagayer sur le Yukon, confrontant les rapides pour étudier les cultures autochtones restantes. Il poursuit ici le récit, en se concentrant sur la fin de cette immense expédition et son impact sur sa vie. Au large, notre canoë usé se balançait sous les vagues de l’après‑midi. Après 68 jours de boue sèche, craquelée sous nos pieds, les deux embarcations, habituellement animées