Courir vers l'Ouest
Introduction
En voiture, la côte ouest de l'Afrique du Sud ne révèle pas grand-chose. Mais à pied, à l'abri de la chaleur de midi, quelques coureurs et coureuses portent l'expression vulnérable de l'amour secret – ce sourire qui persiste même quand l'Apocalypse gronde autour.
Un spot de surf méconnu
Dans la communauté des surfeurs, le Brand se Baai est comparé à l'un des meilleurs breaks gauches du monde. Son isolement, son relief instable et son secret le maintiennent hors des cartes touristiques, à l'abri du « cirque » qui suit les tendances populaires. Seuls les initiés partagent ce lieu avec d'autres qui partagent les mêmes valeurs de conservation.
Le royaume floristique du Cap
Cette côte appartient au Royaume Floristique du Cap, le plus biodiversifié du monde pour sa taille. Des plantes endémiques, des succulentes miniatures et une faune timide prospèrent sur un sol riche en minéraux. L’estuaire du fleuve Olifants, point d’arrêt crucial pour la migration des flamants roses, en est un exemple emblématique.
Les minéraux, une ressource convoitée
Les minéraux qui rendent cet environnement unique – grenat, rutile, zircon, leucoxène – se retrouvent dans nos dentifrices, peintures, céramiques, abrasifs, colorants et écrans de téléphones. L’entreprise australienne MSR, interdite d’exploitation chez elle pour des pratiques illégales, a trouvé ici un gisement de sable riche en ces minéraux. L’isolement de la région facilite la prospection, tandis que le contrôle gouvernemental reste limité.
Surfeurs devenus activistes
Le surfeur de grosses vagues Mike Schlebach, témoin de la dégradation de ses spots d’enfance, a créé l’ONG Protect The West Coast (PTWC) pour tenir les mineurs responsables. Convaincu que la protection passe par la prise de conscience, il a invité le monde de la course à découvrir ce paradis menacé.
Le défi « Run West »
Du phare de Groenrivier à l’estuaire du fleuve Olifants, plus de 100 km de côte désertique s’étendent, sans eau, sans réseau téléphonique, avec des vents violents et des températures extrêmes. L’objectif était de parcourir ces plages en trois jours, en bivouac libre, afin d’attirer l’attention sur l’impact de la mine MSR.
Jour 1 – Le départ du phare
Départ avant l’aube, 46 km de course le long du littoral. Le sable des pistes de jeep engloutissait nos pas, obligeant à grimper à travers les broussailles, parfois au risque d’être griffé ou piqué par un serpent. Le soutien logistique – café, encas variés – est arrivé au moment crucial, même si les membres de l’équipe étaient avant tout des surfeurs.
Jour 2 – Vers la mine
Après le camp, 26 km supplémentaires nous ont menés près de la mine. Un nuage de criquets a envahi le chemin, et nous avons découvert des dunes de sable dépourvu de nutriments, vestiges d’une extraction minière illégale. Tormin tente depuis dix ans de reboiser ces dépôts, mais le sol est à présent stérile.
Jour 3 – Le camp final et la protestation
Le dernier camp, sur une plage de coquilles de moules compactées, a offert un moment de quiétude. Des membres de PTWC sont venus, nous informant du feu sur la Montagne de la Table. Nous avons décidé d’interrompre pacifiquement l’activité de MSR en marchant le long de la haute mer, tandis que les manifestants de PTWC déposaient le Memorandum of Grievances au siège de la société.
Résultats et réflexions
Notre course a temporairement ralenti les opérations de la mine, prouvant que les « petits » peuvent impacter les grands projets. Les plages, marquées par des traces de camions et des taches rouge sang de grenat, ressemblaient à un cimetière naturel. Cette expérience a renforcé notre lien avec l’environnement et a révélé l’importance de la transparence.
Conclusion
Le secret protège tant les merveilles naturelles que les activités nuisibles. Pour préserver ces lieux, il faut éveiller les consciences et montrer ce que nous risquons de perdre. La prochaine fois que vous voyez quelqu’un sourire dans un endroit isolé, demandez‑vous : qu’est‑ce qui se cache derrière ce sourire ?




