Comment je suis tombé amoureux d'Haïti
Quand on parle de voyage, on ne sait jamais où l’on tombera amoureux. Pour la rédactrice du Travel Channel, Kathleen Rellihan, ce fut le jour même où elle a fait du bénévolat avec English in Mind à Port‑au‑Prince pour aider des Haïtiens adultes à apprendre l’anglais. Envoûtée par son expérience, elle a repris le volontariat quelques mois plus tard et prévoit de repartir au pays l’an prochain. Voilà ce qu’on appelle un vrai coup de cœur.
PORT‑AU‑PRINCE, HAÏTI — « Tu vas où ?! »
J’ai souvent entendu cette réaction quand je disais que je partais en Haïti, suivie d’un long silence ou d’un sourcil levé.
Voyageuse habituée aux départs de dernière minute, parfois en solo, je suis habituée aux regards interloqués. Mon père, par exemple, reste toujours bouche‑bée quand je lui annonce que je saute le dîner de Thanksgiving pour aller en Islande, seul, en plein hiver. Mais pour mon voyage en Haïti, c’est vraiment tout le monde qui a été surpris.
Se demandaient‑ils si le pays était trop dangereux ? Ou avaient‑ils des réserves sur le volontourisme, le jugeant peu durable et surtout un simple « feel‑good » ? J’allais donc découvrir le pays des Caraïbes considéré comme le plus pauvre des Amériques, toujours en reconstruction quatre ans après le séisme de magnitude 7,0 qui a fait au moins 300 000 morts.
Alors, comment Haïti s’est‑il retrouvé sur ma liste de voyages ?

La pauvreté est omniprésente en Haïti.
Je dois cette découverte à mon amie de longue date, Stephanie Price, qui fait du bénévolat à Port‑au‑Prince depuis 2010.
Stephanie et moi nous sommes rencontrées lors d’un séjour d’études à Florence, en Italie. Notre amitié a germé dans les cafés, entre cappuccinos et rêves de voyages post‑université. Au fil des années, nous nous sommes retrouvées en Thaïlande ou de nouveau en Italie. Quand Stephanie a quitté son emploi en publicité à New York pour se consacrer au volontariat en Haïti après le séisme de 2010, elle m’a incitée à pousser le voyage à un autre niveau.
Alors que je me lançais dans des voyages purement personnels – dormir dans un hôtel de glace, surfer au Costa Rica – Stephanie orientait les siens vers le volontariat, d’abord au Cambodge, puis dans les bidonvilles indiens, avant de s’établir à Haïti.
En Haïti, elle a travaillé pour plusieurs ONG avant de rejoindre English in Mind, l’une des rares écoles d’anglais pour adultes dirigées par des Haïtiens à Port‑au‑Prince. Maîtriser l’anglais augmente considérablement les chances d’obtenir un emploi stable et significatif.

Sous la pauvreté extrême se cache une beauté naturelle incroyable.
Stephanie revenait avec des histoires colorées sur ses élèves, âgés de 18 à 30 ans, qui l’appelaient « mom » et qu’elle qualifiait affectueusement de « mes 190 enfants haïtiens ».
Intriguée, je me suis inscrite à l’un des séjours de 10 jours proposés par English in Mind. Avant mon départ, j’ai dévoré livres et articles pour me préparer mentalement aux images de pauvreté et de ruines que le séisme avait laissées.
À ma grande surprise, dès mon arrivée à l’école, une foule d’étudiants haïtiens nous a accueillis avec de larges sourires, applaudissant et acclamant les nouveaux volontaires.
Les jours suivants ont apporté d’autres moments inattendus : lors d’une randonnée, des enfants du village ont couru derrière nous en riant ; une nuit, les étudiants ont envahi la piste de danse, tentant de nous enseigner de nouveaux pas pendant que le groupe local RAM animait l’emblématique Hotel Oloffson.
Ce sont ces petits moments du quotidien qui ont façonné mon séjour et ont rapidement éclipsé les images sombres que j’avais imaginées.
Ce voyage de 10 jours n’était qu’une introduction à Haïti, un pays aux multiples facettes. Les véritables héros sont les habitants et les bénévoles qui y restent des années, qui n’ont jamais pu ou ne veulent plus quitter le pays, et qui œuvrent sans relâche à sa reconstruction.
Que peut‑on réellement accomplir en tant que voyageur de courte durée ?

Des amitiés durables créées à EIM.
Le dernier jour, devant la classe, j’ai promis publiquement aux étudiants – et surtout à moi-même – de revenir en Haïti.
Comme Stephanie le répète à chaque bénévole, le volontariat, même bref, est essentiel : il nous permet de partager nos expériences avec nos proches, de montrer que ce pays mérite vraiment d’être visité, cru et célébré.
Le bouche‑à‑oreille, un voyageur à la fois, peut changer les perceptions et inciter d’autres à placer Haïti sur leur liste.
Qu’il s’agisse du peuple chaleureux et résilient, du Carnaval bruyant, de la musique Rara, de l’art à partir d’objets récupérés, des plages vierges ou des montagnes à couper le souffle, Haïti a tant à offrir à ceux qui sortent de leur zone de confort.

Sur la plage.
Voici une vidéo touristique qui résume parfaitement ce que le pays propose : « Celui qui vient ici sort de l’ordinaire. On ne vient pas pour la climatisation, la télévision couleur ou les piscines. On vient goûter quelque chose de chaleureux et réel, le facteur humain. »
Ce facteur humain m’a davantage séduit que les plages. Ce sont les étudiants d’English in Mind, leur passion et leur motivation, qui m’ont donné envie de revenir.
Maintenant, chaque fois que je raconte mon premier voyage, les sourires et les questions fusent : « Où vas‑tu ensuite ? » Et je réponds : « De nouveau en Haïti. »
ENVIE DE REJOINDRE L'AVENTURE ?
English in Mind, l’une des rares écoles d’anglais gratuites dirigées par des Haïtiens à Port‑au‑Prince, propose des séjours de volontariat de 10 jours tout au long de l’année, incluant enseignement, actions de service et excursions sur les plages et montagnes du pays.
Ce témoignage a été reproduit avec l’autorisation du Travel Channel.
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