Une journée à Djemaa el‑Fna, cœur battant de Marrakech
Djemaa el‑Fna, place emblématique de Marrakech, se transforme en un véritable théâtre vivant du lever au coucher du soleil. Pour en savourer toutes les facettes, prévoyez plusieurs passages : matin, après‑midi et soirée.

Matin à Djemaa el‑Fna : le réveil de la place
Les premiers à arriver sont les marchands de jus, qui installent leurs chariots débordant de pyramides d’oranges fraîches dès l’aube. Peu après, les vendeurs d’eau au chapeau à franges font retentir leurs cloches en se dirigeant vers la mosquée Koutoubia, dont le minaret d’or, construit en 1162, veille sur la place. Sous un ciel limpide, le vaste trottoir gris, bordé de cafés, ressemble à une simple place de marché.
Vers la fin de la matinée, chacun déploie son auvent. Les artistes du henné exposent leurs modèles dans des dossiers laminés, les herboristes proposent des remèdes contre l’eczéma ou les troubles digestifs, les dentistes exhibent des dents extraites, et les brocanteurs étalent leurs souvenirs sur des couvertures.
Le son envoûtant de la flûte du charmeur de serpents accompagne la scène, incitant les passants à s’arrêter, même si la place n’est pas encore en pleine effervescence.

Après‑midi : acrobates et préparatifs du soir
Lorsque le soleil grimpe, l’ambiance s’accélère. Les dompteurs présentent leurs singes en tutus ou leurs faucons, offrant de nombreuses occasions de photo. Des adolescents acrobates exécutent des figures aériennes près des cafés, espérant un pourboire des buveurs de thé à la menthe.
Les artistes du henné ciblent les touristes, tandis que les vendeurs crient leurs souvenirs en bois. Au crépuscule, les équipes de restauration installent rapidement leurs structures : poteaux, bancs et bâches, pour préparer les tagines et grillades qui feront la renommée du soir, une tradition qui perdure depuis des décennies.
Les musiciens s’installent, les jongleurs répètent, et l’attente monte parmi la foule qui se densifie.

Soirée : festin et folie
À la tombée de la nuit, la place se transforme en un véritable fourmillement. Autrefois lieu d’exécution, Djemaa el‑Fna devient, depuis le XIXᵉ siècle, le centre d’un spectacle nocturne. Les lanternes s’allument, les grillades crépitent (escargots, brochettes et bien plus), et les serveurs annoncent leurs menus.
Les musiciens créent une cacophonie rythmée : tambours, violons, luths, flûtes, accompagnés des cris des crieurs et des applaudissements. Les conteurs crient leurs histoires, les comédiens burlesques font rire, les groupes Gnawa pulsèrent, tandis que les troupes berbères ajoutent une touche d’excentricité en équilibrant des coqs sur leurs têtes.

Les franges tourbillonnent, les danseurs tournent, les singes divertissent. Les bancs se remplissent de convives tandis que les artistes culminent dans une symphonie de sons et de couleurs, alimentée par les élixirs des devins et l’énergie du public.
Vers minuit, le rythme s’atténue : les étals se rangent, les balayeurs nettoient la place en prévision du jour suivant.




