Vie dans les steppes mongoles
Introduction
Enfant, j’étais fasciné par les exploits des grands aventuriers : escalader des sommets glacés, atteindre les pôles à ski ou traverser les océans en solitaire. Ces rêves me semblaient irréels, et je n’ai vraiment compris leur portée qu’à la trentaine. Depuis, j’essaie de rattraper le temps perdu. Bien que je reste passionné par les expéditions, je ne suis pas athlète et je n’apprécie guère le sport, à part les randonnées en montagne avec ma tente et mon appareil photo.
Un projet hors des sentiers battus
L’aventure ne se résume pas aux records ou aux exploits physiques ; elle sert avant tout à nous faire grandir. Un simple déclic suffit à nous sortir de notre routine. J’ai donc décidé de vivre, le temps d’un mois, la vie d’une famille nomade d’éleveurs sur les steppes mongoles en hiver, dans une yourte de 10 m² appelée « ger ». Découvrir comment ces gens affrontent le climat rigoureux allait, je l’espérais, me rapprocher d’une existence simple.
Premiers pas dans la steppe
Après 20 heures de bus à travers la steppe, la tête appuyée contre la vitre glacée, la silhouette d’une yourte m’a annoncé mon arrivée. Deux petits enfants en tenue traditionnelle couraient derrière une moto et m’ont accueilli avec curiosité et méfiance. J’ai alors compris que voyager en Mongolie, c’est comme remonter le temps : la moto, le panneau solaire, le téléphone et une vieille télévision en noir et blanc cohabitent avec une vie très traditionnelle.
Entrée dans le ger
La première fois que l’on franchit le seuil d’une yourte, il faut s’incliner pour ne pas laisser la chaleur s’échapper, comme pour rendre hommage aux esprits du foyer. Construite en bois et en feutre, avec un poêle au centre, elle est rapidement devenue mon nouveau repaire, où je me réchauffe après des heures passées dans le froid glacial avec le troupeau. J’y partage le toit avec une famille de quatre personnes et quelques agneaux arrivés tardifs, trop fragiles pour dormir à l’extérieur.
Une vie radicalement différente
Ingénieur logiciel, j’avais l’habitude de passer des heures à crier devant un ordinateur pour résoudre des bugs virtuels. Ici, le stress du monde binaire a disparu. Mon quotidien est désormais simple : se lever, nettoyer le fumier de yak gelé, s’occuper des jeunes animaux, boire du thé chaud à gogo, conduire le troupeau, manger, dormir. Une maison simple pour une vie simple. N’est‑ce pas ce que je cherchais ?
Le choc culturel
Une fois le choc initial passé, la routine devient étrangement monotone. Plus de Facebook, d’e‑mails, d’appels ; même les conversations sont limitées par la barrière linguistique. Un sentiment de solitude et d’ennui s’installe. Le temps semble s’étirer à l’infini, surtout pendant les périodes difficiles, et chaque minute passée à vider le réservoir d’eau glacée semble durer une éternité.
Moments de doute
Après deux semaines, ma sciatique s’aggrave et mes rêves deviennent incohérents : je me vois manger des céréales sucrées ou diriger le monde dans un costume de film de science‑fiction des années 60. Je me demande : « Qu’est‑ce que je fais ici ? » La Mongolie, qui était un rêve, se transforme en cauchemar.
Retrouver l’équilibre
Heureusement, je trouve des remèdes simples : des nouilles chinoises pour le ventre et une canne ornée d’un crâne de chèvre pour le dos. Incapable d’aider à couper du bois ou à extraire des blocs de glace du fleuve, je double mes efforts comme berger et baby‑sitter. La famille dépend de chaque contribution, même celle des enfants.
Construire le bonheur
Le bonheur n’est pas un état donné ; il faut le chercher. J’apprends quelques mots de mongol, enseigne l’anglais, et surtout communique par gestes et dessins. La petite Batchimeg, cinq ans, apprend même des jurons français en me voyant grimacer de douleur. Ces moments simples protègent mon moral lorsque la misère frappe.
Fêtes et traditions
La Mongolie, « Terre du ciel bleu », offre des instants de quiétude quand le vent s’arrête. Pendant le Tsagaan Sar, le Nouvel An mongol, de nouvelles personnes arrivent avec leurs plus beaux costumes, apportant cadeaux et vœux de santé. Le soir, autour du poêle, les hôtes rient, chantent, boivent du thé et de la vodka, parfois en larmes pour les proches disparus. Être témoin de ces moments intimes, c’est pour moi la véritable aventure.
Réflexion finale
Cette vie simple est-elle celle que je cherchais ? La steppe est belle et romantique, mais elle n’est pas faite pour tout le monde. L’expérience m’a montré que le chemin du bonheur est pavé d’épreuves ; trop d’épreuves et l’on se perd. Même les natifs, comme Zara, mettent des années à se réhabituer après un long exil, mais ils affirment que cela en vaut la peine.
Pour ma part, cette aventure m’a appris beaucoup sur moi‑même, mes relations et la nature. Elle a éveillé en moi le désir de poursuivre la quête d’un mode de vie qui me correspond vraiment, ou simplement de continuer à errer. La vie dans le ger fut dure, mais inoubliable.




