J’appartiens à l’océan
« J’appartiens à l’océan », déclare le surfeur espagnol Nagai Puntiverio en contemplant le Pacifique. Nous sommes perchés sur le toit d’un appartement sur la plage de Zicatela, à Puerto Escondido, dans l’État mexicain d’Oaxaca. Dans quelques jours, les juges du Big Wave World Tour se réuniront pour assister à la compétition la plus attendue : le Puerto Escondido Challenge.
Un surf sans contrainte
Plus tôt dans la journée, j’ai vu Nagai dompter une vague monstrueuse – une silhouette minuscule découpée sur un mur d’eau de 9 m. Les prévisions annonçaient des vagues de 12 à 15 m. Les compétiteurs seront équipés de gilets gonflables et seront tractés, mais pour Nagi, le surf, c’est la liberté : pas de gilet, souvent pas de leash et pas de tractage. Il choisit sa planche Kun Tiqi, fabriquée en bois de balsa éco‑responsable. L’aventure commence dès le paddle : affronter ces murs d’eau imposants, éviter d’être piégé dans la zone d’impact où les vagues percutent la tête, est déjà un exploit.
Un aventurier des plus grands spots
Nagai n’est pas présent pour la compétition ; il vient simplement pour chevaucher les vagues géantes et espérer un « bomb » qui reste ouvert assez longtemps pour s’en échapper. C’est l’un des plus grands noms du surf espagnol, reconnu au niveau national et de plus en plus à l’international. Le cinéaste Victor Delgado a récemment écrit sur Magic Seaweed : « Certains se souviendront de Nagai Puntiverio comme de l’homme derrière le bomb d’Anchor Point, un chargeur mystérieux qui a surfé l’une des vagues du swell d’Hercule, seul dans des conditions difficiles à cause du vent. »
Outre les vagues de Puerto, il a surfé Mavericks (Californie), Margaret River (Australie occidentale), plusieurs spots néo‑zélandais, Anchor Point (Maroc), des slabs secrets en Irlande, tout le Pays basque et sa vague locale La Misteriosa à Lanzarote. Ces exploits sont devenus de véritables spectacles, où l’on affronte des vagues à l’allure de monstres.




Vers les futures compétitions mondiales
Les compétitions internationales de grosses vagues semblent inévitablement faire partie de son avenir – s’il le désire. Pour l’instant, son objectif est simple : attraper les plus grosses vagues possibles. « Avant de pagayer, je me demande comment ça va se passer. J’ai la peur – je pense que tout le monde en a – mais c’est une peur qui pousse, une bonne peur. Je veux toujours découvrir de nouvelles vagues, plus grosses, plus profondes ; c’est ce qui me motive. C’est sans fin – toujours un défi, toujours différent. »
Accompagné de deux amis des Canaries, Alex Zirke et Yeray Garcia Ferrera – ce dernier, 21 ans, façonneur de planches – Nagai revient à Puerto pour la troisième fois, un véritable retour aux sources. Il n’imaginait pas que tout se synchroniserait si bien : la World Surf League a déjà annoncé le « red light », à deux jours du « green light », signe que l’événement aura lieu. Les meilleurs surfeurs de grosses vagues affluent, le swell augmente chaque jour et des sacs de sable bordent déjà chaque boutique et restaurant de la plage. L’énergie est électrisante.
Le partage avant tout
Pour Nagai, les grosses vagues sont avant tout une affaire de partage. Alors que le surf traditionnel voit souvent les meilleures vagues gardées, les grosses vagues exigent le respect de la nature et de la communauté. « Il faut respecter la puissance de la mer. » Le surf de grosses vagues demande une condition physique et une technique extrêmes, mais c’est aussi une communauté soudée où chacun veille sur les autres. « Il faut l’aimer. Si on n’en a pas assez envie, les accidents surviennent. »
Autodidacte depuis ses 14 ans, il a appris en jouant sur des buggy‑boards et en observant les meilleurs. Aujourd’hui, il transmet sa passion aux jeunes locaux, les incitant à prendre une planche. « C’est le plaisir de voir les débutants attraper leurs premières vagues. J’adore ça. »




Le projet Las Bajas
Cette passion a donné naissance au « Las Bajas Project », une plateforme (lasbajas.com) qui relie les surfeurs de grosses vagues du monde entier, partage des récits et crée un sentiment de sécurité et de solidarité. « Quand on surfe ces vagues, on risque sa vie. On développe une amitié unique que l’on ne ressent pas sur de petites vagues. Prenez soin de vos camarades et ils prendront soin de vous. »
Engagement pour l’océan
Comme beaucoup dans la communauté surf, Nagai se sent responsable de la protection des océans. Il participe à des nettoyages de plages, collabore avec le projet MarAzul de la Surfrider Foundation et visite des écoles côtières pour sensibiliser les enfants aux dangers du plastique. Il utilise des vidéos de grosses vagues pour capter leur attention : « Ils n’avaient jamais vu ça, et après les cris d’émerveillement, ils ont compris l’impact du plastique sur la vie marine. »
Une addiction au grand bleu
« Surfer les grosses vagues, c’est ma drogue », confie Nagai. « Une fois essayé, on en veut toujours plus. J’aime m’asseoir au cœur du large océan pendant des heures, laisser les vagues venir à moi plutôt que de les chasser. »
« Découvrir de nouveaux spots vierges est une source d’inspiration majeure. Être sur ces murs gigantesques, ces vagues-monstres, me fait sentir intensément vivant, en harmonie avec la nature. »
Le légendaire chargeur sud‑africain Grant « Twiggy » Baker a remporté le Puerto Challenge 2016 du Big Wave World Tour. Deux semaines incroyables à Puerto Escondido !




