À la recherche du paradis au temple de la mousse de Kyoto
L’éditrice de Fathom, Berit Baugher, décroche la réservation la plus difficile de Kyoto : un billet pour deux dans un ancien temple zen et son somptueux jardin de mousse au pied du mont Arashiyama.
Une quête née d’un refus
KYOTO – Lorsque je prépare un voyage, rien ne me motive plus que de recevoir un « non » à une demande : obtenir un billet pour un événement incontournable ou une réservation dans un restaurant réputé. Le moindre signe de défi devient le moteur de ma quête.
En planifiant mon séjour à Kyoto (capitale impériale du Japon et berceau de Nintendo), j’ai rapidement été submergée. Entre des milliers de temples et de sanctuaires, comment choisir les quelques incontournables pour trois jours ? Quinze ans après ma première visite, je revenais avec le souvenir vague mais heureux d’un adolescent grognon, jet‑lagué, fasciné par la quiétude de la ville, ses sentiers de pierre et ses jardins de sable minutieusement ratissés. Je voulais revivre cette magie.
Le temple qui a capté mon attention
Quelques semaines avant le départ – trois exactement – j’ai parcouru mes blogs et sites de voyage favoris pour dresser une liste d’endroits à voir, de plats à goûter et de boutiques à visiter. Le Kinkaku‑ji, le bosquet de bambous d’Arashiyama et le Fushimi Inari‑Taisha étaient largement recommandés, mais c’est le Saihō‑ji, mystérieux temple zen situé au pied du mont Arashiyama, qui a réellement éveillé ma curiosité.

À l’origine la villa du prince Shotoku, le site devint un temple qui tomba en ruine. En 1339, le célèbre moine‑jardinier Musō Soseki fut sollicité pour le restaurer et le transformer en temple zen. Le Saihō‑ji devint alors célèbre pour son jardin recouvert de mousse. On raconte que, durant l’ère Meiji (1860‑1912), le monastère, ne pouvant plus entretenir le lieu, la mousse envahit naturellement le jardin, qui compte aujourd’hui plus de 120 variétés.
Kokedera : la réservation la plus difficile de Kyoto
Le Kokedera (« temple de mousse »), comme on l’appelle le plus souvent, est sans doute la réservation la plus difficile à obtenir à Kyoto. Les étrangers doivent rédiger une lettre de demande incluant trois dates possibles, y joindre une carte postale auto‑adressée avec un timbre japonais, puis attendre la réponse des moines. Sans adresse japonaise, sans timbre et sans le temps d’échanger par courrier, la démarche paraît insurmontable, surtout pendant la Golden Week, période de pointe du tourisme domestique.
J’ai contacté un site qui facture une petite somme pour faciliter les billets, mais on m’a confirmé que, en haute saison, une réservation de dernière minute était quasiment impossible (il faut s’y prendre au moins trois mois à l’avance). J’ai alors cherché un hébergement avec un concierge aguerri. Les ryokans charmants étaient complets et les locations d’appartements peu attrayantes. J’ai finalement choisi le The Ritz‑Carlton, Kyoto. Son concierge a accepté de tenter l’impossible.
Après avoir envoyé une demande au concierge, j’ai reçu, à mon arrivée, une enveloppe contenant un ticket pour deux personnes au temple de la mousse – une surprise que je n’aurais jamais imaginée.

Une visite magique
Le Saihō‑ji se trouve dans une rue résidentielle paisible, entouré d’un fossé, d’une porte et d’un garde. Sous la pluie, le jardin était enveloppé d’une brume éthérée. Nous avons d’abord enfilé des chaussons fournis, payé ¥3 000 par personne et participé aux rites du kito et du shakyo : chant et copie de sutras. Après un court chant de vingt minutes dirigé par un moine, nous avons pu pénétrer dans le jardin. Sa beauté, indescriptible, dépasse les mots et les photos – c’est bien plus que je n’aurais pu imaginer.
Si vous avez la volonté de le voir lors de votre passage à Kyoto, je vous encourage vivement à trouver le moyen.
OÙ LE TROUVER
Saihō‑ji Temple
56 Jingatani‑cho, Matsuo Nishikyo‑ku
Kyoto 615‑8286, Japon
+81‑75‑391‑3631
Astuce pour obtenir les billets : demandez à votre hôtel d’écrire une demande officielle au Saihō‑ji en votre nom dès la réservation.
ET EN PLUS
Un point de vue d’architecte sur Kyoto
Se réchauffer à Kyoto en hiver
Sortir des sentiers battus au Japon




