Mes vacances au centre commercial
Parfois, les vacances riment avec des expériences qui bouleversent la vie, des aventures à couper le souffle et des rencontres inattendues. Et parfois, il s'agit simplement de faux‑cuir chez Zara et de dip aux épinards à The Cheesecake Factory. Vive la « anti‑vacance » facile.
PASADENA, Californie – Il était impossible pour Susie et moi de quitter Pasadena sans commander le dip épinard‑artichaut.
C’était juste après 20 h un vendredi soir de mars, et nous dînions au bar du seul Houston's de la ville. Mon amie et moi avions envisagé d’autres restaurants plus « locaux » (c’est‑à‑dire meilleurs), mais une chaîne familière – et son dip chaud, crémeux et délicieux – nous semblait plus appropriée.
Après tout, nous ne venions pas à Los Angeles pour dénicher les nouveaux restos de Culver City ou pour chasser les trésors vintage de Palm Springs. Non, nous passions quelques jours dans ce qui ressemblait à une banlieue de Los Angeles, donc il n’était pas logique de compliquer le dîner. Dès que Susie a dit « Houston's », j’étais partante, sans hésiter.
Mais pourquoi, moi, citadine de longue date – et habitante de New York, au fait – ai‑je choisi de passer mes vacances dans l’aisée Pasadena ? La réponse simple : Susie voulait explorer ce quartier comme futur lieu de résidence après huit ans à San Francisco et m’a invitée à l’accompagner. Ce n’était pas un voyage de découverte, mais une démarche pratique. (Pasadena n’est pas vraiment une banlieue, puisqu’elle fait partie de Los Angeles, mais elle a cette ambiance suburbaine et n’apparaît pas souvent en tête des listes de visites incontournables.)
Je pourrais dire que j’ai acheté un billet d’avion pour soutenir mon amie, mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. S’évader en banlieue, c’est mon petit plaisir : profiter de la monotonie, fouiller les rayons du Gap ou errer dans un Target pendant que les Chainsmokers résonnent, sans aucune once de culpabilité à propos du « temps bien employé ».
Pour être claire : quand je parle de « banlieue », je pense surtout au « centre commercial ».
Ayant grandi dans le New Jersey, la culture des malls coule dans mes veines. Au collège, mes amis et moi traînions dans le seul centre commercial en plein air de notre petite ville, qui ne comportait guère plus qu’un Shop Rite, un Sound‑A‑Rama (où l’on faisait la queue pour des billets de concert), un Hallmark, un vidéoclub (vous vous souvenez ?) et un petit magasin local nommé R.J. Mars. Les « grandes » sorties consistaient à se rendre dans des malls plus imposants comme Rockaway ou Bridgewater pour voir Daniel Day‑Lewis dans Le Dernier des Mohicans. Mon restaurant favori était même dans un centre commercial : Luigi’s, le type d’italien où la salade de la maison accompagne inévitablement les penne à la vodka. Aujourd’hui encore, les malls restent mon refuge : ils sont le marathon « Real Housewives » de la stimulation mentale (c’est‑à‑dire très minimal).
Depuis huit ans, je vis à Manhattan, plus précisément à Chelsea, un quartier qui se fait envahir par les touristes (merci, High Line !). New York est une ville qui vous pousse constamment. Ma vie est un diagramme de Venn quotidien entre objectifs et frustrations – je me situe surtout dans la fine bande de l’« irritation supérieure ». Métros en panne, lignes qui changent, météo souvent oppressante, néons, foules sur les trottoirs, passagers insolites qui crient dans le métro… Les New‑Yorkais vivent dans un état permanent de sur‑stimulation.
Nous, si nous appartenons à une certaine classe de New‑Yorkais, ressentons une pression constante sur chaque décision : dénicher la prochaine tendance, réussir professionnellement, suivre le rythme des amis, payer le loyer… Jamais, jamais s’arrêter.
L’équilibre et la détente semblent toujours à portée de main, mais restent lointains : même en binge‑watchant Bravo sur mon canapé, je me sens coupable de ne pas profiter de la ville. Je sors, et le cycle objectif‑frustration recommence.
Pourtant, malgré la facilité d’accès à tout ce que je veux – épiceries ouvertes 24 h/24, toutes les cuisines du monde, taxis à chaque coin, art, musique, culture – j’apprécie réellement les banlieues. Parce que même si mes derniers voyages m’ont mené à Nashville, Cap‑Ferrat ou Dubaï, parfois, quand je voyage, je ne veux pas trop réfléchir. Parfois, j’ai besoin d’une pause de la sur‑stimulation.
En banlieue, cette pression se dissipe, laissant place à un air doux et simple à respirer à pleins poumons. Quand je vivais à San Francisco, mon ex et moi échappions à la ville en traversant le Golden Gate Bridge, non pas pour Sausalito ou Yountville, mais pour nous arrêter à Corte Madera, à une demi‑heure, et flâner dans le joli centre commercial en plein air. The Cheesecake Factory était le décor dont nous avions besoin.
Susie et moi avons fait la même chose à Pasadena. Bien que la ville offre des galeries, un marché aux puces génial, nous avons gardé les choses simples. Nous avons acheté des sandales chez J.Crew, essayé des vestes en faux‑cuir chez Zara, et parcouru le centre‑ville à l’ambiance western. Nous avons bavardé avec quelques locaux colorés pendant le dîner chez Houston's, non pas pour une quête d’enrichissement culturel, mais simplement pour parler. Nous avons mangé sans préparer de mise en scène Instagram. Nous avons savouré la banalité. Et c’était parfait.
Ce n’est pas une critique de Pasadena. Au contraire, c’est la simplicité du centre‑ville qui m’a séduit et qui me pousse à disparaître régulièrement dans les « burbs » quand je recherche la facilité – et le dip épinard‑artichaut.
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