Aventure amateur sous le soleil de minuit
Planification naïve
Les meilleurs plans sont souvent les plus simples, tout comme les plus téméraires. Tout a commencé dans un pub sombre du sud de Londres, où nous avons décidé de traverser la Scandinavie du nord à pied, d’est en ouest. Nous avions étudié les cartes avec un optimisme débordant, alimenté par l’idée de fuir nos routines de travail et les bières partagées lors de nos réunions du soir. Google Earth nous indiquait qu’il nous faudrait parcourir environ 20 miles (32 km) par jour pendant 13 jours, en suivant une ligne aussi directe que possible, sans sentiers, ce qui rendait l’expédition « authentique ».
Le soleil de minuit comme allié
Nous pensions que le soleil de minuit nous permettrait de marcher à toute heure. En nous rappelant qu’Eddie Izzard avait couru 43 marathons en 51 jours, nous étions convaincus de pouvoir tenir les 20 miles quotidiennes. Après un vol vers Oslo, nous nous tenions face à la côte norvégienne, les collines boisées se dressant vers des crêtes enneigées. Le découragement a fait surface, mais nous l’avons caché à nos trois compagnons.
Premiers pas et premiers revers
Le premier jour, nos cartes ne couvraient que les 20 miles du départ. Google Earth montrait qu’il fallait remonter à contre‑courant une rivière près de la gare où nous avions débarqué, jusqu’à un grand lac. Mais la rivière plongeait rapidement dans un ravin escarpé où nous risquions d’être piégés. Nous avons donc abandonné le tracé et escaladé une pente de 800 m à travers une végétation dense sous un soleil brûlant, chargés d’une semaine de provisions composées principalement de pain d’orge lourd et moite.
Détermination amateur
Nos emplois du temps nous avaient rendu peu sportifs ; nous avions tenté de compenser en jouant au foot à cinq chaque semaine, ce qui nous avait valu des blessures « semi‑sérieuses ». Nous avons donc décidé de viser simplement d’arriver au point de départ en un seul morceau, en misant sur une détermination brute. Au soir du premier jour, cet esprit était déjà menacé et nous avons campé, résignés à « atteindre la carte » le lendemain.
Traversée sauvage
Le reste de la semaine a consisté en de longues marches à travers une nature sauvage, ponctuée de traces d’élans que nous avons parfois aperçues. Le paysage rappelait la toundra de l’Alaska du Nord plus que l’Europe : vastes lacs, rivières à gué, passages de la Norvège à la Suède. Nous nous baignons fréquemment dans des eaux glacées pour fuir le soleil de minuit qui semblait toujours au zénith. Les habitants locaux, surtout quelques pêcheurs nus, semblaient indifférents aux moustiques scandinaves, plus gros et plus tenaces que leurs homologues écossais. Les piqûres incessantes exigeaient une forte volonté d’ignorer la douleur ; nous allumions des feux le soir, non pas pour les repousser, mais pour satisfaire le besoin primitif de feu et soutenir le moral.
Ressources épuisées et retournement
Il est vite devenu évident que nous n’atteindrions pas notre premier point de ravitaillement prévu après huit jours. Fierté et obstination nous ont fait garder le silence un jour de plus, puis nous avons décidé de nous diriger vers le sud, vers une route désignée comme « option d’évacuation d’urgence ». Notre nourriture s’est épuisée le jour où nous avons atteint la route ; nos tentatives d’auto‑stop ont échoué, nous obligeant à marcher le long du bitume jusqu’à une station‑service. Là, nous avons découvert un bus local de poste/passagers, ce qui nous a permis de rejoindre la côte suédoise pour un repos bien mérité, entre sommeil, grattage des piqûres et une visite impromptue d’un festival de heavy‑metal sous le soleil de minuit.




