Héros à cheval en Inde – Relief Riders International
Quoi de plus poétique qu’un héros à cheval ? Relief Riders International organise des randonnées à cheval à travers le désert du Rajasthan pour apporter une aide médicale et économique aux villages indiens, tout en offrant aux touristes volontaires l’occasion de découvrir le paysage véritablement magique de l’Inde. Quelle aventure ! Le fondateur Alexander Souri nous en dévoile les détails.
Parlez‑nous du programme
Relief Riders International propose une assistance globale aux villages pauvres du Rajasthan. Les bénévoles vivent l’expérience unique de traverser le désert à cheval tout en participant à de nombreux programmes de bien‑être : chirurgie oculaire gratuite, soins dentaires gratuits, prise en charge pédiatrique, sensibilisation au VIH/SIDA et don de bétail aux veuves. Le programme en est à sa dixième année. À chaque sortie, nous installons des camps de secours qui offrent les services suivants :
1. Don de bétail : Chaque expédition livre entre 20 et 30 chèvres aux familles à très faibles revenus, en priorité aux veuves qui n’ont aucune source de revenu. Considérées comme porte‑malheur et souvent marginalisées, ces femmes reçoivent ainsi du lait, de la viande et d’autres produits agricoles.
Dans de nombreuses communautés, les chèvres distribuées sont regroupées en collectif. Des gardiens les paissent, les trient et les redistribuent, créant ainsi un système de gestion communautaire qui génère des revenus supplémentaires pour les aînés.
2. Soins pédiatriques : Nous nous concentrons sur le déparasitage des enfants, une solution simple et efficace contre la mortalité infantile dans les pays en développement. Un petit parasite peut entraîner de graves maladies, voire la mort, chez un enfant au système immunitaire affaibli. Notre programme a inspiré l’UNICEF, qui a relancé la campagne nationale de déparasitage en Inde. Aujourd’hui, le gouvernement offre ces services gratuitement.
Grâce à notre collaboration avec l’UNICEF, nous participons également à leur programme de lavage des mains, enseignant aux enfants les bonnes pratiques d’hygiène, ce qui permet d’éviter de nombreuses maladies.
Camp pédiatrique – toutes les photos sont créditées à Marc Lecureuil.
3. Chirurgie oculaire : Nous organisons des camps de cataracte gratuits. De nombreux aînés souffrent de cataracte à cause d’une mauvaise hygiène, d’une alimentation insuffisante et de conditions de vie difficiles. Cette perte de vision les rend dépendants et crée un lourd fardeau pour leurs familles. Nos interventions restaurent la vue et soulagent les familles.
4. Soins dentaires : L’hygiène bucco‑dentaire est très médiocre en Inde. Le tabac à mâcher expose les villageois à des substances précancéreuses, provoquant des cancers, des blocages de la mâchoire, etc. Nous travaillons avec de jeunes dentistes pour installer des camps combinant chirurgie oculaire et soins dentaires, accueillant parfois jusqu’à 950 patients en une journée de huit heures.
5. Sensibilisation au VIH/SIDA : Nous organisons des pièces interactives où bénévoles et villageois jouent des scénarios d’infection, afin de faciliter la discussion ouverte sur la maladie et de mieux préparer les communautés à la prévention.
Nous recherchons toujours plus…
Nous innovons constamment. Dans deux mois, nous lancerons un projet de forage d’un puits et d’installation d’un système septique dans l’un de nos villages. La plupart des écoles du Rajasthan n’ont pas de toilettes ; les enfants sont obligés d’aller aux toilettes à l’extérieur, exposant les filles à des risques de violence. Nous prévoyons de reconstruire les sanitaires d’une école afin de créer des toilettes privées pour les filles. C’est un programme prototype qui nous enthousiasme.

Vous étiez producteur de film avant de fonder Relief Riders. Qu’est‑ce qui vous a inspiré ?
J’ai créé Relief Riders après avoir traversé une période très difficile, marquée par la perte de mon père et de quatre amis proches. Cette épreuve m’a fait « éplucher » les couches de mon identité, comme un oignon. Toutes les compétences acquises dans le cinéma se sont fusionnées pour me permettre d’imaginer cette organisation. Le deuil m’a donné une vision plus profonde de ma vocation.
J’ai choisi l’Inde parce que mon père était indien. Après son décès, j’ai ressenti le besoin de renouer avec lui. Je suis retourné en Inde en 2002, après 20 ans d’absence. J’y avais passé quatre ans dans une école britannique stricte, une expérience traumatisante qui a façonné ma relation avec mon père. En revenant, j’ai décidé de pardonner, de laisser ce passé derrière moi et d’embrasser la vie de mon père et son pays. J’ai toujours aimé l’équitation ; la mort de mon père a ravivé cette passion. Ce programme est devenu une partie de mon processus de guérison.
À qui s’adresse ce voyage ?
Avant tout, il s’adresse aux personnes capables de monter à cheval. Les bénévoles doivent se sentir à l’aise sur une monture pendant de longues journées (4‑6 heures). Conscients que l’équitation attire un public de niche aux États‑Unis, nous avons créé deux groupes : un groupe « paysager » (marche ou trot) pour les débutants, et un groupe « avancé » (galop, allure d’endurance) pour les plus expérimentés. La plupart des participants progressent rapidement et gagnent en confiance. L’alliance entre action humanitaire et aventure montre qu’on peut accomplir bien plus que ce que l’on imagine.
Colorés turbans du Rajasthan.
Comment les bénévoles sans formation médicale peuvent‑ils aider ?
Les expéditions sont surtout destinées à des non‑médecins. Chaque programme est conçu pour que les cavaliers soutiennent les médecins sur le terrain. Les médecins voient parfois plus de 900 patients par jour ; les bénévoles aident à l’accueil, à la distribution, à la logistique et à l’enregistrement.
Dans nos camps pédiatriques, les enfants peuvent poser toutes leurs questions aux cavaliers, qui peuvent à leur tour interroger les médecins, créant ainsi un échange culturel. Le programme dentaire nécessite des assistants dentaires et des volontaires pour les études sur le fluor et le tabac à mâcher. Chaque camp dispose d’une table supervisée par un médecin où 2 à 4 cavaliers organisent les antibiotiques, les pâtes dentaires, les bains de bouche, etc. Les cavaliers participent aussi aux programmes de distribution de bétail et de prévention VIH/SIDA.
Récemment, de nombreux médecins ont rejoint nos expéditions. Contrairement aux engagements de six mois de Médecins Sans Frontières, Relief Riders offre aux praticiens actifs la possibilité de contribuer pendant une courte période sans quitter leur poste.
Décrivez une sortie typique. Que peuvent attendre les bénévoles ?
Les randonnées durent quinze jours, dont dix à douze jours à cheval (4‑6 heures par jour). Les volontaires arrivent à New Delhi, passent la première journée en visite, puis se dirigent vers le désert.
Chaque journée combine trajet à cheval, installation du camp, soins pédiatriques, distribution de chèvres, chirurgie oculaire gratuite, soins dentaires, ateliers de sensibilisation au VIH/SIDA et distribution de matériel éducatif dans les écoles. Tous les programmes sont présents à chaque sortie. J’accompagne les volontaires avec un médecin et le directeur médical exécutif.
Stockés de fournitures.
Pourquoi le cheval ?
Je n’avais pas initialement pensé à un voyage à cheval. Je voulais créer un modèle économique durable grâce à l’intérêt de personnes désireuses d’aider. J’aime l’équitation et je ne voulais pas que le programme ressemble à un largage aérien. Le cheval permet aux participants de créer un lien profond avec les villages et le paysage. C’est une aventure dynamique qui favorise le développement personnel tout en aidant les autres.
Quel est votre moment préféré lors des sorties ?
Voir un groupe de personnes aussi enthousiastes à l’idée de chevaucher et d’aider les autres. C’est une aventure fantastique, et j’aime voir tout le monde s’amuser. Je ne suis pas un martyr et je n’attends pas de sauver le monde. Je veux simplement que chacun passe un bon moment, profite des chevaux, du désert et du travail humanitaire.
Racontez un moment photo‑parfait d’une de vos sorties.
Traverser le désert sous la pleine lune, entre des villages silencieux. Cela pousse à se demander : où suis‑je ? Nous aimons monter les cavaliers au sommet d’une dune très haute, comme grimper quatre étages. La vue panoramique du désert est époustouflante.
Des enfants reconnaissants remercient les nouveaux amis de Relief Riders.
Quel est un fait méconnu sur les villages du Rajasthan ?
Avec les circuits touristiques classiques, on ne perçoit jamais la vraie vie indienne. On visite les grandes villes, les sites célèbres, mais on ne comprend pas comment les habitants vivent réellement. Relief Riders offre une immersion dynamique. Les habitants ne connaissent parfois même pas leur âge. Le temps y est perçu différemment ; il suit le soleil, la lune et les événements entre les deux, ce qui influence profondément le quotidien.
Quel conseil donneriez‑vous aux entrepreneurs souhaitant intégrer une dimension solidaire ?
Faites‑le, persévérez et ne vous découragez pas. On ne peut jamais tout savoir, mais on peut toujours apprendre ce que l’on ignore. Rêvez, passez à l’action. Comme dans la vie, il faut accepter l’inconnu. Les réponses viennent souvent d’endroits inattendus.
Où voyez‑vous votre organisation dans cinq ans ?
Cette année marque notre dixième anniversaire. Nous avons réalisé 25 expéditions et développé six programmes qui ont soigné près de 23 000 personnes, dont 16 000 enfants. Dans les cinq prochaines années, Relief Riders International développera de nouveaux programmes et proposera des itinéraires variés à travers le Rajasthan.

ET CE N’EST PAS TOUT
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