Dans le Far West
Enfants, nous regardions les grands films western, tombant amoureux des cowboys charismatiques, des chevaux de ranch agiles et des paysages vastes du Far West. John Wayne affrontait toujours les méchants et sauvait la demoiselle, tandis que Clint Eastwood, le regard sombre, se dressait du côté du bien, les fusils dégainés. Le Far West a capturé notre imagination, évoquant des étendues couvertes de sauge, des villes poussiéreuses et des nuits bercées par le mugissement du bétail.
Une réalité familiale
Pour la plupart, le Far West reste un rêve, mais pour la famille Hunewill, c’est une réalité quotidienne. Installés dans les montagnes de la Sierra Nevada orientale, en Californie, ils gèrent une ferme bovine de 4 500 acres depuis six générations. Le repas quotidien se prend toujours dans la maison de ranch originale, érigée en 1880 par le patriarche Napoleon Bonaparte Hunewill.
Vie quotidienne au ranch
Chaque matin, les chevaux sont sellés pour rassembler le bétail, ferrer les veaux, ou simplement travailler autour du ranch. Malgré les avancées technologiques – camions, remorques et véhicules utilitaires – rien ne remplace la solidité d’un cheval de travail bien entraîné.
Origines historiques
Napoleon Bonaparte Hunewill arrive en 1861 près du canyon Buckeye, à deux pas du futur parc national de Yosemite. Il ouvre une scierie alimentée par des chariots à bœufs, fournissant le minerai de Bodie en bois de chauffage. Les pierres de la première cabane, nichée sous des pins près d’une source chaude, sont encore visibles. Dans les années 1870, avec l’arrivée du chemin de fer, la famille s’installe dans la vallée de Bridgeport et commence l’élevage de bétail pour les mineurs de Bodie. Les bâtiments d’origine (maison et grange de 1880) sont toujours en service.
En traversant le canyon Buckeye, Megan Hunewill montre les pierres de la première cabane, tandis qu’un vieux chariot à bœufs, partiellement englouti par un tronc, rappelle les jours où les cris du bétail étaient remplacés par les hurlements des bûcherons.
Du ranch de travail au ranch d’hôtes
Après la Grande Dépression, Stanley et Lenore Hunewill ouvrent le ranch aux visiteurs, combinant travail bovin et hébergement. Aujourd’hui, près de 80 ans plus tard, cette tradition est devenue un mode de vie.
Ma visite a lieu début septembre, lorsque les nuits d’été laissent place aux matinées fraîches. C’est la période du rassemblement d’automne : le bétail, qui a paissé dans le canyon Buckeye et le ruisseau Eagle Creek, redescend dans la vallée avant d’être conduit 97 km jusqu’aux pâturages d’hiver de Smith Valley, Nevada – un trajet de cinq jours à cheval.
Je monte Blaze, un Quarter Horse chestnut au bandeau blanc, facile à repérer parmi les dizaines de chevaux rassemblés chaque matin. Calme et patient, il me suit sur les sentiers escarpés de la forêt nationale Humboldt‑Toiyabe, où le sol sablonneux et la brume de sauge annoncent l’automne.
Rythme du ranch
Les journées commencent tôt : dîner copieux au ranch, tarte aux pommes et petite leçon « horse sense » dans la vieille grange. Le soir, tous se couchent vers 21 h pour être prêts le lendemain.
Le matin, les wranglers sellent les chevaux, puis les membres de la famille Hunewill prennent les rênes. L’après‑midi, nous rassemblons le bétail dans les pâturages de la vallée, puis nous dirigeons vers les collines, où le vent d’automne soulève la poussière et rafraîchit la sueur.
Campement en montagne
Nous gravissons les collines jusqu’à la Buckeye Pack Station – tente, corral et tables de pique‑nique – qui devient notre base pour les prochains jours. Les chevaux sont attelés, les selles rangées, et le dîner préparé par l’équipe du ranch est servi sous les pins.
Certains rentrent au ranch pour la nuit, d’autres préfèrent camper sous les étoiles. Le feu de camp est interdit à cause du risque d’incendie, mais lanternes et bâtons lumineux créent une ambiance chaleureuse. La nuit, seuls le souffle des chevaux, le hululement d’un hibou et les hurlements lointains de coyotes se font entendre.
Benny Romero, cow‑boy de longue date, raconte comment il a commencé à travailler pour les Hunewill lorsqu’un de ses taureaux s’est mêlé au troupeau. Depuis, il n’a jamais vu de « vendredi », les semaines se sont transformées en années de collaboration.
Une expérience authentique
Le séjour n’est pas un « dude ranch » de luxe, mais un vrai travail de ranch : conseils de sécurité, gestion des guêpes de terre, éviter les bourbières, etc. Aucun incident n’est survenu, mais la priorité reste la sécurité.
À midi, nous profitons d’un repas chaud préparé par Ted Holloway, l’un des derniers cow‑boys à l’ancienne et conducteur du chariot à chevaux gris Percheron. Chili de bœuf, fruits frais, pastèque et biscuits aux pépites de chocolat sont dégustés à l’ombre d’un aspen.
Un héritage vivant
Le travail au ranch, les mains sales, la bonne nourriture et l’amitié des chevaux constituent l’essence même de la vie ici. En 2018, la famille Hunewill célébrait son 157ᵉ anniversaire dans la vallée de Bridgeport et son 87ᵉ en tant que ranch d’hôtes – le plus ancien du California.
Les clichés des vieux westerns sont souvent fondés : les cow‑boys sont persévérants, charmants et véritablement galants. Dans les montagnes et les vallées, un bon cheval vaut de l’or. Une semaine à cheval sur ce ranch devient un souvenir inoubliable.




