Comprendre la peur et la dominer
Dans le volume cinq de Sidetracked, Aldo Kane raconte son expérience au cœur de la zone rouge Ebola en Sierra Leone. Il y explore la peur et propose des stratégies pour la gérer face à l’extrême.
Le choc du combat
Nous nous sommes jetés à plat ventre dans le sable. Mes poumons hurlaient en essayant de faire passer l’air âcre à travers le filtre carbone de mon respirateur. La sueur s’accumulait sur mon masque, brûlait mes yeux. C’était le milieu de l’après‑midi, la température dépassait les 40 °C. Mon cœur battait comme un tambour, l’adrénaline inondait mes veines, et un goût métallique envahissait ma bouche.
Les obus sifflaient au-dessus de nos têtes. Je ne respirais que lorsque le sifflement s’éloignait. Quand le sifflement cessait, les bombes tombaient directement sur nous. Nous restions figés, paralysés, sans savoir où le prochain impact se ferait et si ces quelques secondes seraient nos dernières.
Ce que la peur représente pour moi
Écrire sur la peur est un défi colossal. Chaque individu affronte ses propres démons. J’ai voulu partager ma vision afin d’aider les autres à surmonter leurs obstacles, plutôt que de laisser la peur diriger leurs vies. Je ne suis pas psychologue ; ces réflexions proviennent d’une vie passée dans des environnements parmi les plus extrêmes de la planète.
Depuis mon entrée dans les Royal Marines à 16 ans, j’ai appris à vivre avec la peur. En situation de vie ou de mort, il n’y a pas de place pour le doute. Au plus fort de la terreur, mon esprit devient d’une clarté mécanique, guidé par l’instinct, la mémoire musculaire et un savoir précis.
L’excitation est souvent confondue avec la peur. Les symptômes physiques sont identiques : le corps se prépare à l’action. Ce n’est ni la peur, ni la colère, ni la nervosité ; c’est simplement le corps qui se renforce. Apprendre à reconnaître ce signal vous donne un avantage, pas une faiblesse.
Le rôle du savoir et de l’expérience
La veille de mon premier combat, je n’ai pas pu dormir. Mon esprit tournait en boucle, mon estomac était noué : c’était l’excitation qui se manifestait. Ce qui fait réellement la différence, c’est la façon dont on utilise cette énergie.
Les expériences passées, le jugement et les opinions façonnent notre perception du danger. Un bon jugement naît de l’expérience, et l’expérience découle souvent d’erreurs. Ignorer cette leçon conduit à de mauvaises décisions basées sur une perception erronée du risque.
Avec le temps, j’ai appris à distinguer le danger réel du danger perçu. Cela ne veut pas dire que je suis insensible au risque ; au contraire, je calcule objectivement la probabilité d’un danger et j’ajuste mon action en conséquence.
Exemple : l’expédition volcanique
Il y a quelques années, j’ai dirigé une expédition dans l’un des volcans les plus dangereux du monde, situé en République démocratique du Congo, une zone déchirée par la guerre. Grâce à une méthodologie qui élimine l’émotion du processus de décision – enseignée pendant ma formation de tireur d’élite – nous avons atteint le fond du cratère actif, à côté du plus grand lac de lave de la Terre, sans incident.
Maîtriser la peur : deux catégories
1. Peur contrôlée : celle qui découle d’un danger objectif. Si une roche peut réellement me tuer, le danger est factuel et doit être traité de façon rationnelle.
2. Peur subjective : celle née de nos opinions, de nos scénarios catastrophiques. Elle vole nos rêves et nous paralyse. La clé : remplacer les opinions par des faits, les émotions par la raison.
Lorsque je suis confronté à une peur subjective, je me rappelle de supprimer les jugements et de me concentrer uniquement sur les données objectives. Ainsi, je peux avancer, même dans l’inconnu.
Connaissance et objectifs : les armes contre la peur
Les aventuriers les plus aguerris n’évitent pas la peur ; ils la transforment en carburant grâce à un savoir précis. En acquérant les connaissances nécessaires, on désamorce le mythe du danger. La plupart des situations ne sont pas réellement mortelles ; analyser le pire scénario possible montre souvent que le risque est moindre que notre imagination ne le suggère.
Fixer des objectifs clairs aide à élargir sa zone de confort. Découpez le défi en étapes, ne sous‑estimez pas vos ambitions et ne renoncez jamais à vos objectifs. En restant maître de vos décisions, vous cessez d’être dirigé par la peur et devenez le leader de la crise.




