Invitational du Sentier Iditarod
La ville de Nome se situe sur la côte nord‑ouest de l’Alaska, à 290 km de la Russie et à 1 770 km de la capitale Juneau. En hiver, la ville est isolée par la glace de mer, sans routes ni rails vers le reste de l’État. Malgré cet isolement, la ruée vers l’or de 1898 a attiré des milliers de prospecteurs, faisant naître une communauté dotée d’écoles, d’églises, d’hôpital et d’électricité. Chaque hiver, la plupart des habitants partaient avant que la glace ne bloque l’accès, laissant les résidents affronter des températures avoisinant –20 °C, des vents violents et seulement quatre heures de lumière solaire par jour.
La crise de la diphtérie de 1925
En 1925, une épidémie de diphtérie dévastatrice éclate à Nome. Sans sérum, le taux de mortalité est très élevé, surtout chez les enfants. Le médecin de la ville n’a pas reçu de réapprovisionnement, et il faut absolument acheminer le médicament. À l’époque, l’aviation était à ses débuts et les conditions hivernales alaskiennes rendaient le vol quasi impossible. Le seul moyen fiable était la traîneau à chiens, qui assurait le transport entre les villages pendant l’hiver.
Le « Serum Run »
Les équipes de chiens ont été organisées en relais : chaque équipe livrait le sérum à un relais où il était remis à la suivante. Les mushers, confrontés à des températures inférieures à –40 °C, sont devenus de véritables héros, gravant à jamais l’importance des chiens de traîneau dans la mémoire des Alaskiens.
Naissance de la course Iditarod
Le règne des traîneaux à chiens a cédé la place aux motoneiges et aux avions, mais Joe Redington a voulu préserver la légende du « Serum Run ». En 1973, il lance la première course de chiens d’Iditarod, de 1 600 km de Knik (près d’Anchorage) à Nome, surnommée « La dernière grande course ». Depuis, l’Iditarod perpétue les traditions du musher et relie chaque année les communautés alaskiennes.
L’Invitational du Sentier Iditarod (ITI)
Dans l’ombre de la course canine, une aventure humaine est née : l’Iditarod Trail Invitational (ITI). Ce défi d’endurance de 560 km (de Knik à McGrath) réunit des coureurs du monde entier qui ski, VTT ou courent sur le même sentier historique. Pour participer, il faut d’abord se qualifier dans d’autres courses hivernales. Les participants qui terminent l’ITI de 350 mi gagnent le droit de s’inscrire à la course complète de 1 000 mi jusqu’à Nome.
L’ITI offre très peu de soutien : entre Ophir et Ruby (170 mi sans aucun village) les coureurs doivent être totalement autonomes, déposant leurs provisions dans les postes de poste locaux. Tout le reste dépend de l’ingéniosité et de la logistique personnelle.
Mon aventure de février 2014
En février 2014, j’ai pris part à l’ITI. Environ 50 concurrents ont démarré à Knik, chacun devant tracer son propre itinéraire entre les points de contrôle. Les vélos utilisés sont des « fat‑bikes », équipés de pneus de 4 inches qui fonctionnent comme des raquettes, offrant une flottabilité exceptionnelle sur la neige profonde.
Mon chargement comprenait un réchaud avec trois jours de combustible, une doudoune d’expédition, des guêtres légères, des crampons pour les bottes, des lunettes de protection, un masque en néoprène et trois jours de nourriture. Le vélo était lourd, mais indispensable pour affronter toutes les conditions météo.
Les premières heures furent difficiles : le soleil brillant et la neige dure invitaient à aller trop vite, ce qui provoquait une transpiration excessive. La chaleur du jour se transformait en froid glacial la nuit, gelant les vêtements et diminuant leur isolation.
Après avoir franchi la chaîne de montagnes de l’Alaska Range, nous avons atteint le camp de McGrath où Jeff Oatley, Phil Hoffstetter et moi avons partagé un repas chaud avant de repartir vers Ophir. Le trajet de 170 mi entre Ophir et Ruby était totalement dépourvu de ravitaillement ; j’ai donc creusé un abri de neige, installé mon matelas gonflable et passé la nuit dans mon sac de couchage, en gardant mes bouteilles d’eau au chaud dans le sac.
Arrivé à Ruby, le sentier suit le fleuve Yukon pendant près de 150 mi. Le manque de relief rendait la progression monotone et j’ai dû passer la nuit sur la glace du fleuve, profitant d’une année où la glace était suffisamment épaisse.
Le parcours a ensuite traversé la dangereuse zone de la glace de Norton Sound entre Shaktoolik et Koyuk, où les repères sont rares et les fissures d’eau fréquentes. J’ai dû improviser avec des crampons fixés à mes bottes pour garder de l’adhérence sur la glace lisse.
Après une série d’épreuves sur la glace, j’ai atteint Koyuk en fin d’après‑midi, épuisé mais déterminé. Le soutien local était crucial : les habitants m’ont indiqué les routes sécurisées et les passages à éviter.
Les derniers kilomètres jusqu’à Nome étaient marqués par des vents violents (plus de 80 km/h) et une route enneigée recouverte de glace noire. J’ai alterné entre la route et la glace du littoral, cherchant la meilleure traction possible.
Arrivé au poste de « Safety Roadhouse », j’ai trouvé les portes fermées, aucune chaleur ni véhicule disponible. J’ai consommé des biscuits et du fudge maison avant de reprendre la route vers le cap Nome, où le vent s’intensifiait.
Finalement, je suis arrivé dans les rues de Nome sans ligne d’arrivée officielle, aucun public, aucune célébration. J’ai noté mon temps, réservé une chambre d’hôtel et appelé ma femme ainsi que les organisateurs. J’ai terminé deuxième, derrière Jeff Oatley, mais l’expérience a confirmé la puissance de l’esprit d’aventure et la solidarité qui unit les participants de l’ITI.




