Déformation temporelle de Marfa
La mystérieuse petite ville désertique de Marfa, avec ses « lumières fantômes » et son vaste vide, continue d’attirer les voyageurs en quête d’aventure, d’inspiration et d’art. Elle reste à la fois rétro et futuriste. Larry Burnett tente d’en percer les origines.
MARFA, Texas – Pour comprendre ce qui se passe à Marfa, il faut d’abord saisir ce qui ne s’est jamais produit. Contrairement à de nombreuses villes pionnières dont les vestiges ont été démantelés, Marfa s’est entièrement réinventée. À mi-chemin entre ville fantôme et colonie d’artistes, une visite à Marfa est un véritable voyage dans le temps.
Wanda Pierce, matriarche de la ville, résume parfaitement la situation : « C’est la dernière frontière du Texas ». Elle pourrait même être l’une des dernières frontières des États‑Unis. Wanda et son mari Eddie s’installèrent à Marfa en 1946 pour soulager l’asthme d’Eddie, parcourant alors 60 miles de routes non asphaltées. La région, à un mille d’altitude, est sèche, avec presque aucune humidité. Au cours des cinquante années suivantes, les Pierce créèrent plusieurs commerces locaux, dont le Thunderbird Hotel, pilier du renouveau de Marfa quarante ans plus tard.
Ce qui rend Wanda fière, c’est que le caractère de Marfa est resté inchangé malgré l’afflux de nouveaux arrivants. Les seules chaînes nationales présentes sont un Exxon et un vieux Dairy Queen, tous deux suffisamment éloignés pour ne pas altérer l’atmosphère fantomatique de la ville. Cette ambiance, mêlée à un silence profond, rend d’autant plus surprenante la réputation de Marfa comme communauté artistique florissante. En arrivant, on s’attendrait à voir des tumbleweeds dériver.
Mais en écoutant et en observant attentivement, on réalise que quelque chose se produit. Ce sont les habitants – hommes à la barbe longue, femmes au style vintage – les nouveaux Marfaniens, venus d’Austin, de Santa Fe ou même de Brooklyn. Ce sont des pionniers qui revendiquent leur place en vendant des objets insolites, en créant des œuvres d’art de renommée mondiale et en proposant une cuisine locale inspirée.
Un centre d’art né d’une forteresse militaire
Le destin artistique de Marfa débuta lorsque l’artiste new‑yorkais Donald Judd découvrit un fort militaire désaffecté, abandonné depuis 1946, à la périphérie de la ville. En 1971, l’économie locale était en déclin. Avec le soutien du Dia Art Foundation, Judd acquit les installations militaires en 1979 et fonda la Chinati Foundation, musée d’art contemporain, en 1986. La collection permanente comprend des installations de Donald Judd, John Chamberlain, Dan Flavin, entre autres, et s’étend aujourd’hui sur plus de dix bâtiments. L’expansion de Chinati et le tournage de nombreux films – Giant, No Country for Old Men, There Will Be Blood – ont conféré à Marfa le statut de capitale culturelle.
Réinventer le passé
Ce qui fascine à Marfa, c’est la capacité des résidents à réimaginer les lieux. Les baraquements de l’armée, construits en 1911, sont devenus des musées d’art contemporain. D’anciens autobus scolaires ont été transformés en salles à manger improvisées. Food Shark, camion-restaurant des années 1970, propose une cuisine gastronomique. D’anciennes boutiques de vêtements western exposent aujourd’hui les créations d’artistes internationaux. C’est une véritable renaissance à grande échelle, leçon de préservation et de persévérance.
J’ai rencontré trois groupes distincts : les nouveaux arrivés depuis moins de dix ans, les habitants de longue date liés à l’époque du boom du bétail, et les Mexicains‑Américains qui peuplent le Sud‑Ouest. Tout cela dans une ville de seulement un peu plus de 2 000 habitants.
Les nouveaux venus souhaitent créer une oasis loin de l’Amérique qu’ils ont quittée. Marfa, isolée au milieu de nulle part – l’aéroport le plus proche se trouve à trois heures de route – offre le décor idéal pour une nouvelle communauté. Ils ont su garder Marfa unie et, à notre égard, ont brouillé les frontières du temps.
EN SAVOIR PLUS
Consultez notre liste des incontournables de Marfa.




