Sans glucides ni alcool à Bordeaux : pourquoi je ne laisserai pas mon régime limiter mes voyages
Allez-vous laisser vos restrictions alimentaires vous empêcher de visiter l’une des capitales culinaires du monde ? La journaliste de voyage Judy Koutsky, qui a récemment renoncé à l’alcool et au pain, a embarqué pour une croisière thématique gastronomie‑vin autour de Bordeaux et a découvert qu’il existe bien d’autres façons de vivre une expérience mémorable dans la région viticole française.
Un périple sans glucides ni alcool
BORDEAUX — Je viens tout juste de débarquer du Bordeaux, Vineyards & Châteaux, la croisière fluviale de huit jours d’Uniworld qui sillonne la Garonne, la Dordogne et la Gironde, mettant en avant le meilleur du Bordelais et de l’Aquitaine. Le hic ? Je ne consomme ni glucides, ni alcool.
J’ai éliminé ces aliments de mon alimentation après le décès de mes deux parents plus tôt cette année. Leur perte m’a profondément bouleversée et j’ai d’abord cherché refuge dans la nourriture et le vin pour gérer mon deuil. Deux mois plus tard, avec 11 kg perdus, j’ai compris qu’il fallait changer mes habitudes, d’autant plus que je suis mère de deux petits garçons de cinq et sept ans. Je me suis promis de manger sainement, de faire du sport quotidiennement et d’adopter un nouvel état d’esprit.
Ce changement a été d’autant plus difficile lorsqu’il s’agissait de voyager. Je réalise entre quinze et trente voyages par an, la plupart d’entre eux étant centrés autour de la gastronomie et du vin. Au départ, je ne partais que vers des destinations où je pouvais résister à la tentation : une sortie d’étiquetage de tortues à Nevis, une randonnée à Maui.
Puis, des amis m’ont invitée à une croisière gastronomique à Bordeaux. J’ai toujours rêvé de visiter la ville, alors au lieu d’écarter le projet parce qu’il semblait incompatible avec mon nouveau mode de vie, j’ai décidé de repenser ma façon d’aborder le voyage. Après tout, si je veux réellement adopter de nouvelles habitudes, je ne peux pas laisser un verre de pinot m’en empêcher.

Bordeaux au coucher du soleil. Toutes les photos par Judy Koutsky.

Le Pont de Pierre à Bordeaux.
Découvrir le Bordelais autrement
Je voulais vivre la région viticole sous un angle différent. Tout le monde vient pour les visites de vignobles et les dégustations, mais combien savent que Bordeaux possède aussi l’une des architectures les plus impressionnantes d’Europe, avec plus de bâtiments préservés que toute autre ville française après Paris ? C’est également l’une des meilleures villes cyclables que j’ai visitées : les voies rapides circulent en périphérie, laissant le centre libre aux cyclistes, et de nombreux sentiers longe la rivière.
Les atouts d’une croisière fluviale
Les croisières ont mauvaise réputation — l’image de personnes en surpoids dévorant des buffets à minuit — mais elles sont idéales pour les personnes ayant des restrictions alimentaires. De nombreux diabétiques et allergiques choisissent ce mode de voyage car ils peuvent communiquer directement avec le chef sans barrière linguistique ni explication répétée.
À bord du River Royale, 130 places, j’ai côtoyé un Britannique allergique au gluten, une Néo‑Zélandaise intolérante au lactose, une New‑Yorkaise allergique aux fruits à noyau, un Californien végétarien, plusieurs abstinents et des diabétiques. Le ratio d’un membre d’équipage pour trois passagers permettait de garantir mes exigences dès le premier repas : aucun pain, aucun alcool dans la cabine 324.
Je me suis confiée au chef, qui connaissait mes restrictions, et j’ai découvert qu’il existe bien plus dans la cuisine française que baguettes et Champagne.
Redécouvrir le goût à la française
Plutôt que de survivre aux repas en remplaçant pain et vin, je me suis lancée le défi d’aimer la nourriture comme les Français. J’ai mis l’accent sur des ingrédients de qualité : fromages puissants, artichauts mûrs, fraises juteuses, oranges parfumées, cantaloups sucrés et petits, confit de canard, sole, saumon ou bar parfaitement assaisonnés. Mes restrictions m’ont aidée à apprécier la fraîcheur des fruits et légumes locaux, cultivés sans pesticides. Le cadre de certains repas—par exemple le déjeuner au Château de Cazeneuve, ancienne résidence d’Henri IV—n’a fait qu’amplifier ce plaisir.
Le lien entre la façon dont je mange et ce que je mange est devenu si évident que je me suis jointe au chef lors de ses allers‑retours au marché. J’ai appris à choisir les tomates, à différencier les poivrons et à identifier le poisson, comme le font les habitants depuis des générations.

Un marché à Bordeaux.

Panorama de Saint‑Émilion. Photo courtesy of Uniworld.
Une croisière « anti‑croisière »
La traversée d’Uniworld était, à bien des égards, l’inverse d’une croisière de masse : boutique, immersive, une vraie immersion au cœur du quotidien. Le navire était intime sans être bondé, offrant une vue privilégiée sur la vie des deux rives — pique‑niques, enfants à vélo, fermes en récolte, couples main dans la main.
L’itinéraire débutait et se terminait à Bordeaux, avec des escales à Pauillac sur la célèbre route des vins du Médoc et à Saint‑Émilion, renommée pour son patrimoine viticole. À chaque port, je profitais des tours à vélo pour explorer le terrain (et faire de l’exercice). Les groupes étaient petits et flexibles, me permettant de m’arrêter dans les églises—j’adore les vitraux. J’ai quitté le groupe cycliste à Bordeaux pour visiter la basilique Saint‑Michel, où j’ai allumé des bougies en mémoire de mes parents.
Impossible de quitter la région sans visiter un vignoble ; j’ai donc participé à une visite de domaine à Cadillac, même si je ne pouvais pas boire. J’ai découvert que, pour produire un vin doux, on utilise un champignon qui augmente l’humidité des raisins, les rendant sucrés. La production est plus laborieuse : un seul cep donne un verre, contre une bouteille pour les vins secs.
Le dernier jour, j’ai profité du pont supérieur du navire, savourant le paysage champêtre français avec une tisane — les plaisirs d’une croisière n’ont pas disparu pour ce New‑Yorkais pressé. Les sept jours précédents ont été intenses, même sans le vin.
PLUS D’INFORMATIONS SUR LES EXCURSIONS
Pauillac
La péninsule du Médoc regorge de châteaux légendaires inchangés depuis des siècles. J’ai suivi le Go Active Bike Tour et aperçu Mouton Rothschild, Pichon Longueville et Château Latour en une seule sortie.
Saint‑Émilion
Première région viticole protégée par l’UNESCO, mais ce qui m’a vraiment impressionnée, c’est l’architecture de la ville. J’ai fait le Saint‑Émilion Walking Tour, arpenté les ruelles pavées et découvert l’église monolithique du XIIᵉ siècle, taillée dans la roche et soutenue par d’impressionnants catacombes. Les 196 marches menant au clocher offrent une vue panoramique inoubliable.
Bordeaux
Sur le Biking the Backstreets of Bordeaux Tour, je pédalais le long du quai des Chartrons, passais les boutiques d’antiquités et les cafés de la rue Notre‑Dame, jusqu’à l’église Saint‑Louis, le Parlement et la Place de la Bourse. Le soir, la ville s’illuminait, mettant en valeur les arches du Pont de Pierre et d’autres monuments majestueux.
ET ENCORE PLUS
Guide Fathom France
Débriefing du chef Daniel Boulud à Bordeaux
Ce qu’il faut savoir avant de partir à Bordeaux




