Aucune femme n’est une île : le retour d’une fille de l’exil à Cuba
Nous avons été touchés par le témoignage de Maria Botta, Cubano‑américaine, qui a effectué son premier voyage de retour sur l’île il y a quelques années. Ce fut un moment décisif : une exilée qui retrouve la terre de ses ancêtres, qu’elle n’avait jamais connue.
Cuba – « Yo no soy ni de aquí, ni de allá »
En français, cela signifie : « Je ne suis ni d’ici, ni d’ailleurs ». Je ne me sens ni touriste, ni native. En posant le pied à Cuba pour la première fois, j’ai eu une révélation : je connaissais cet endroit et ces gens. C’est ça, être une fille d’exil.
Mon rêve était de fouler le « pays interdit » de mes ancêtres : plusieurs générations du côté maternel, et, du côté paternel, une histoire d’un siècle d’immigrants espagnols et italiens qui ont prospéré dans le commerce du café à Santiago.
Comme tant d’autres, toute notre famille a quitté Cuba il y a plus de cinquante ans. Aucun ne s’attendait à ce que l’exil dure aussi longtemps, ni à ce que mes grands‑parents et mon père ne puissent reposer leurs corps sur le sol cubain qui leur était cher.

La grand‑mère, la mère et les oncles de l’auteur. Photo de Maria Botta.
Bien que je sois née dans le Midwest américain, au Missouri, je me suis toujours identifiée comme une fille de l’expérience de l’exil cubain. Ma culture, ma langue maternelle et mes traditions façonnent ma vie. Formée académiquement aux États‑Unies, mon âme restera à jamais cubaine. Pour renouer avec mes racines, je me rends à Cuba depuis deux ans dans le cadre d’échanges culturels « People to People ». Ce n’est qu’en débarquant à l’aéroport international José Martí que j’ai réellement senti le poids de ce voyage.
Havane, perle des Caraïbes
En sortant de l’aéroport, la ville m’a frappée : éclatante et décadente à la fois. Havane est une cité vibrante, baignée par la mer, où le Malecón constitue un espace commun où les habitants profitent du littoral et célèbrent la vie, souvent jusqu’au petit matin ; les Cubains aiment la fête.

Il y a une chose que le communisme n’a jamais pu altérer : l’esprit cubain, le resolver. Nulle part ailleurs le sens du débrouillardise n’est aussi présent que dans la Cuba d’aujourd’hui : la culture automobile, où des voitures anciennes restent en marche grâce à l’ingéniosité, le recyclage et la créativité, incarne parfaitement ce resolver. Les « paladares », restaurants privés, illustrent également ce talent. Certains rivalisent avec les établissements de luxe les plus raffinés. Mon préféré ? Vistamar. Comme tout paladar, la cuisine oscille entre réussite et surprise, mais la vue sur l’océan est toujours époustouflante.
UNESCO et d’autres organisations ont entrepris une restauration titanesque des 3 000 bâtiments datant du XVIe siècle qui composent la Vieille Havane. Pourtant, d’autres parties de la ville se délabrent, victimes du temps et du ouragan dévastateur de 1981. Havane demeure néanmoins une « grand‑dame », une métropole dense et magnifique, un poème d’amour à l’architecture à travers les âges.

Le cimetière de Cristóbal Colón
J’adore visiter le Cimetière de Cristóbal Colón, fondé en 1871, qui s’étend sur 140 acres de marbre blanc éclatant et de mausolées somptueux. Selon les historiens, c’est le troisième cimetière le plus important au monde. Outre le mausolée familial, deux monuments m’intriguent particulièrement : une statue de 75 pieds dédiée aux pompiers morts lors du grand incendie du 17 mai 1890, et deux hommages aux légendaires joueurs de baseball de la Ligue cubaine.
Assise sur une véranda ou au bar, sirotant un daiquiri (ou deux), je peux imaginer Ernest Hemingway racontant des histoires à une assemblée de dames élégantes et de gentlemen en guayaberas de lin irlandais, bien loin des touristes souvent mal habillés qui sillonnent les rues aujourd’hui.
Je reconnais que Cuba a beaucoup changé depuis l’exil de ma famille. Ma mère regrette surtout que je ne connaisse jamais la version brillante, prospère, « first‑world » du pays. Mais peut‑être, j’ai la chance d’assister à une transition positive.
ATTENDEZ, IL Y A PLUS
Consultez le guide de Fathom sur Havane.
Photos supplémentaires : à gauche, un passeport de la mère de l’auteur ; à droite, l’auteur sous un double arc‑en‑ciel à Varadero.




