Une mélodie méditerranéenne qui me ravit en boucle
La musique est un vecteur de voyage pour Daniel Schwartz, stagiaire super‑intern chez Fathom. Une puissante chanson d’un auteur‑chanteur catalan primé le ramène à ses racines.
Un lieu heureux imaginaire
Ce n’est ni un repas, ni un café cosy, ni un lieu lointain. C’est une mélodie familière qui me projette dans le passé. Chaque fois que j’écoute «Mediterráneo» de Joan Manuel Serrat, je fais un petit voyage.
Origines de la chanson
Sortie en 1971, la chanson a dominé les ondes hispanophones pendant des années, a remporté de nombreux prix et a été récemment désignée «chanson espagnole la plus importante du XXᵉ siècle» par le Rolling Stone. Ma mère a découvert Serrat quelques années après la sortie du titre, comme beaucoup d’adolescentes hispanophones de l’époque, et a succombé à sa voix et à ses paroles poétiques. Dans sa petite ville andine d’Armenia, en Colombie, les radios jouaient des titres désuets ; ce n’est qu’en 1978, grâce à un petit ami qui ne la reverra jamais, qu’elle entendit «Mediterráneo» pour la première fois.
Des années plus tard, elle m’a inondé de cette chanson. Enfant, je n’avais pas mon mot à dire ; en grandissant, j’ai toléré le flot constant de musique qui s’échappait de son tourne‑disque. Cela la rendait heureuse, alors cela ne me dérangeait pas, même si la chanson ne me touchait pas immédiatement.


Illustration tirée de la discographie de l’artiste.
Elle continue de la jouer chaque matin, comme on prépare un café ou on broie du maïs pour l’arepa ou la mazamorra. Je n’ai jamais demandé pourquoi elle répète les mêmes disques, mais j’imagine que cela la ramène à son enfance, à son foyer, à son «happy place». Au fil du temps, la même chose s’est produite pour moi.
Redécouverte à l’adolescence
En tant qu’adolescent, j’ai commencé à voyager et à passer moins de temps à la maison. Le mal du pays m’a poussé à chercher du réconfort dans la musique de Serrat. Les paroles – «escondido tras las cañas duerme mi primer amor, llevo tu luz y tu olor por dondequiera que vaya» – m’ont transporté vers un lieu familier. Que ce soit depuis un café brumeux d’Amsterdam ou un wagon inconfortable en Serbie, je revenais toujours à ce coin ensoleillé de l’appartement où j’ai grandi.
Ces vers, évoquant des marées bleues, des ciels rouges et des paysages chéris, peignaient une Méditerranée idyllique. Le refrain «soy cantante, soy embustero, me gusta el juego y el vino, tengo alma de marinero» me liait à l’Espagne de Serrat, une terre que ma mère avait connue, et alimentait mon imagination.

Un ciel rouge matinal sur la Méditerranée – photo d’Enrique Freire / Flickr.
La mélodie m’a alors conduit, dans mon esprit, à une modeste cabane au bord de mer, dotée d’une cave à vin étonnamment vaste, où je subsistais grâce à la passion, l’intimité et un café corsé. Ce rêve paisible a nourri mon envie de visiter l’Espagne.
Le grand voyage ibérique
J’ai saisi la première occasion de partir, lors d’un grand circuit organisé en Ibérie – une de ces excursions «herding humans» que l’on impose trop souvent aux seniors avides de culture. Ce n’était pas le romantisme que j’imaginais – entre visites guidées, buffets et musées – mais j’étais déjà amoureux de l’Espagne avant même de fouler le sol de la péninsule. J’ai écouté la chanson dans les bus inter‑villes, observant les paysages défiler, je me suis apaisé après le vacarme des clubs nocturnes de Barcelone, et même mon café du matin était accompagné de ce refrain tranquille.
À mon retour, j’appréciais davantage la passion tendre avec laquelle Serrat célèbre son pays. Il chante la Méditerranée comme une amante, un lieu, une personnalité, et une partie de son identité. Le morceau débute dans l’enfance, se termine par la mort et boucle avec le souhait de l’artiste : être poussé à la mer et enterré, sans deuil, entre le sable et l’eau.

«Empujar al mar mi barca» (pousser mon bateau à la mer). Photo de Gvillena / Flickr.
Cette chanson est un hommage à nos racines – les miennes, celles de ma mère, et celles de l’artiste – et un rappel personnel d’où je viens. Elle me ramène à mon «happy place», que je sois coincé dans les transports aux heures de pointe ou que je vagabonde à l’autre bout du monde. Elle me fait sentir chez moi, même lorsque je suis exactement où je veux être.
Un jour, sur les côtes du sud de l’Espagne, à Torremolinos, dans une petite cabane de pêche sur le sable, le vent était frais, le poisson frais, la sangria à volonté. Un vieil homme bronze, silencieux, s’est approché, a explosé en quelques classiques à la guitare («La Bamba», «Bésame Mucho») puis est retourné à son coin. Je lui ai demandé «Mediterráneo» de Serrat. Son visage s’est illuminé, comme s’il avait bu avec nous toute la nuit.
Je sais que je suis la jeune fille éprise que ma mère était à quinze ans. Et ça me va. Un jour, je transmettrai ce morceau, et le disque des sourires, des souvenirs et de l’amour continuera de tourner.
BRANCHEZ‑VOUS, ÉCOUTEZ
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Le bourdonnement de Mojácar
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