Louange à la malice sicilienne
Nous lançons la Semaine de la Sicile sur Fathom, à commencer par la capitale. L’éditrice contributrice Erica Firpo se sent chez elle à Rome, mais ne résiste pas à l’appel envoûtant de Palerme. Voici pourquoi.
Palerme, la ville Gémeau
Je suis persuadée que Palerme est un Gémeau. La capitale sicilienne incarne à la perfection le symbole astrologique : capricieuse, séductrice, frivole, généreuse, brillante et toujours divertissante. Qu’il fasse chaud d’un été torride ou froid d’un après‑midi d’hiver humide, la ville se montre taquine, à la personnalité double qui promet une chose et fait l’inverse.
Il faut dire que Palerme a porté le poids des colonisations, invasions, bombardements et restaurations. La capacité à se réinventer est innée, tout comme son humeur changeante et sa méfiance. Dès ma première visite, j’ai compris ce rythme irrégulier qui caractérise la ville. Vous avez déjà ressenti l’instinct de saisir le pouls d’un lieu ? J’ai senti le battement de Palerme au plus profond de moi ; je suis tombée amoureuse, et je le reste.


Ce que j’aime à Palerme
J’adore la chaleur torride qui rend impossible de rester inactif toute la journée, mais qui permet de sortir jusqu’à 5 h du matin chaque nuit. J’aime sa cuisine et son étiquette : tout doit être goûté, mangé, puis débattu. J’adore son architecture : le centre historique décadent et en délabrement, les magnifiques édifices Liberty et même les imposants gratte‑ciel du XXe siècle. J’apprécie les commerces qui ferment à midi, tandis que les habitants se procurent leurs provisions grâce à un système de poulies en panier traversant chaque étage d’un immeuble. J’aime la façon dont la mer semble soudain s’élever contre la ville, et comment les montagnes l’enserrent. Et bien sûr, le maillot de l’équipe de football, aux rayures verticales rose et noir, me séduit.
Palerme est le « lavabo à tout faire », un véritable creuset de tout ce que les siècles ont offert de bon comme de mauvais ; une expérience sociale continue de la théorie du chaos. Sa seule constante est d’être une contradiction permanente. La plupart des villes italiennes s’articulent autour de centres historiques impeccablement restaurés, tandis que Palerme a laissé son cœur historique à lui‑même, aujourd’hui un enchevêtrement de palais à demi‑debout, de fresques murales éclatantes et de barbecues improvisés au crépuscule.
Les quartiers voisins, notamment à l’ouest comme Libertà, les parties du Monte Pellegrino et Partanna‑Mondello, exposent des courbes architecturales du tournant du siècle dernier, des jardins de béton témoignant des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que des constructions récentes. Les Palermitains sont eux‑mêmes un kaléidoscope de l’histoire de l’île : ils peuvent être grands et blonds, petits et bruns, élancés ou corpulents, beaux ou moins beaux – et ils sont tous magnifiques.

Comme je le disais, Palerme est un Gémeau, une sirène et une vampire. La ville vous attire avec ses ciels technicolor et son attitude pittoresque. Mais ce n’est qu’une première taquinerie : on ne comprend réellement Palerme qu’en y vivant pendant des siècles, raison pour laquelle je continue d’y revenir.
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