Nuh Linga ! En route pour la Jamaïque
Observations anthropologiques sur la Terre du Bois et de l'Eau, par l'écrivain (et accro de la radio jamaïcaine) Jon Kirby.
JAMAÏQUE – Si vous êtes comme moi, vous avez probablement oublié d’avertir votre banque avant de quitter le pays. Vous n’aurez donc qu’une seule chance d’utiliser un distributeur, car il est fort probable qu’une alarme se déclenche à l’aéroport de Kingston dès que votre carte effectue un retrait. Avoir quelques dollars US en poche est une bonne idée ; ils sont stables, largement acceptés et toujours utiles.
Se déplacer
Que ce soit à cause du soleil abondant ou du désir de rester incognito, la plupart des conducteurs jamaïcains teintent leurs vitres au maximum. Ajoutez à cela la conduite à gauche, et vous vous retrouverez souvent à entrer du mauvais côté du taxi. On vous indiquera poliment de vous installer du côté opposé.
Si vous parcourez une distance notable, vous emprunterez très probablement la A1, l’équivalent jamaïcain du « beltway ». Cette route passe d’une autoroute à quatre voies à des passages sinueux dans les montagnes. Elle est à la fois magnifique, longue, parfois nauséeuse, mais elle offre le temps idéal pour écouter Irie FM ou Cool FM. Le klaxon jamaïcain est bien réel !

L’endroit parfait pour siroter de l’eau de coco ou un daiquiri (ou les deux). Photo : Jon Kirby
Se détendre
Où logerez‑vous ? Plutôt que de suivre les recommandations d’une agence de voyages, choisissez une maison ouverte aux vacanciers par des Jamaïcains entreprenants. Quand on vit au paradis, chaque maison peut devenir une villa de vacances.
C’est le cas de Your Jamaican Villas, un ensemble de résidences privées appartenant à Gordon "Butch" Stewart, président de Sandals. Trois manoirs luxueux avec héliports vous attendent, entretenus pour que vous et vos amis puissiez arriver en hélicoptère, vous rafraîchir avec de l’eau de coco, puis repartir vers les cieux. Le personnel vous accueillera chaque matin par un courtois « Good morning, sir », même si vous criez « WHA' GWON MI BREDREN ! » en short.
J’ai séjourné dans une maison d’hôtes à deux étages, adjacente à un espace principal en plein air, avec plusieurs chambres néo‑coloniales reliées par un salon et une salle à manger. Une brise constante vous conduit directement à votre propre crique isolée, bordée d’arbres gigantesques et d’un grand gazebo à l’extrémité de la villa. Que vous souhaitiez vous baigner ou recharger votre iPhone, cette péninsule artificielle répond à vos besoins.

Note : voici des gâteaux de bammy à base de manioc. Photo : Jon Kirby
Manger frais
Le climat et l’attitude en Jamaïque varient énormément selon la région et le type de séjour. Certains Canadiens arrivent à Kingston pour séjourner chez des oncles fortunés et faire la fête toute la nuit, tandis que des familles du Midwest préfèrent Montego Bay pour construire des châteaux de sable avec leurs enfants. Pour ma part, je suis venu en vacances de printemps à la recherche de cuisine végétarienne.
Le climat perpétuel, les facteurs économiques et la forte présence rastafariens donnent naissance à une multitude de restaurants et de stands de rue où l’on mange local.
L’ackee, fruit national jamaïcain, est souvent confondu avec un œuf brouillé. En réalité, c’est une expérience gustative unique, généralement cuisinée avec du morue séchée (saltfish) et des oignons, poivrons ou tomates. Elle est servie avec des « bammy », des galettes denses à base de manioc frites. Le liquide résiduel sert même à faire de l’amidon pour le linge.
Mangez beaucoup de fruits et choisissez des jus d’orange vendus dans des bouteilles de vin recyclées ; ils proviennent généralement d’oranges fraîchement cueillies, sans pesticides, gorgées de soleil et de pluie. Les bananes, n’ayant pas passé des mois en bateau ou en entrepôt, goûtent comme des fruits, pas comme du bois.

Vue nocturne des villas. Photo : Jon Kirby
Soirées et ambiance
Lors de notre dernière soirée, j’ai demandé à Rocky, le gérant des villas, d’où venait la musique forte qui traversait la baie. « C’est le Sailor Bar, monsieur. » Découverte Bay est un village de pêcheurs où les bars ressemblent à des pavillons équipés de glacières et de boombox. En face, il y a un club de strip‑tease. « C’est assez détendu ; les danseuses socialisent, le DJ joue… Vous voulez y aller ? » J’ai proposé de pagayer, à moitié ivre, à minuit quinze. « Je ne peux pas vous le permettre, monsieur. » Parfois, même en vacances, il faut un peu de responsabilité.
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