Ouverture progressive de l'Italie : sortir du coronavirus
Nous avons repris contact avec Erica Firpo, notre rédactrice à Rome, pour savoir comment l'Italie entre dans la phase 2 du coronavirus, en faisant de petits pas vers une vie plus normale. Reproduction autorisée depuis son blog Ciao Bella.
« Chi va piano va sano e lontano »
Il existe une expression italienne qui se traduit littéralement par « celui qui avance lentement reste en bonne santé et va loin ». En français, on dirait « slow and steady wins the race ». C’est exactement le plan de la phase 2 annoncée par le Premier ministre Giuseppe Conte lors d’une conférence de presse du 26 avril. Il ne s’agit pas d’un nouveau « normal », mais d’une réouverture très douce, où le pays relâche légèrement les mesures de confinement tout en introduisant progressivement des possibilités de revenir à la vie d’avant.
En pratique, du 4 mai au 18 mai, le pays bénéficie d’une période de deux semaines de réouverture douce. Le quotidien reste largement identique à celui observé depuis le 11 mars, avec quelques ajustements. Le gouvernement italien veut sortir le pays de cet « fermata » interminable pour le diriger vers une activité productive, progressive et agréable pour tous.
Ce n’est pas un décollage brutal. Nous n’ouvrirons pas les commerces, les hôtels, les musées ou les entreprises à pleine capacité le 4 mai. Nous ouvrons simplement une petite porte pour amorcer une nouvelle forme de réintégration sociétale.
Phase 2 : du 4 au 18 mai
Évasion du domicile : Depuis le 11 mars, nous restons confinés chez nous. Comme ailleurs, les déplacements étaient quasiment impossibles, à l’exception de quelques boutiques essentielles (vêtements pour enfants, librairies…). Le 27 avril, les secteurs de la fabrication, de la construction, de l’immobilier et du commerce de gros ont commencé à préparer une éventuelle reprise en mai.
Pour la plupart d’entre nous, la vie à la maison continue. Progressivement, nous retournerons dans les bureaux, les commerces et les ateliers, mais il n’y a pas de date unique. Le 4 mai, le gouvernement autorise ceux qui ne sont pas confinés à retourner à leur résidence légale et à se déplacer d’une région à l’autre. Nous pourrons commander à emporter dans les cafés et restaurants locaux (avec une distanciation stricte). Les parcs, ouverts à la discrétion des autorités locales, nous permettront de marcher, courir ou faire du jogging au-delà de la limite de 200 m imposée pendant le confinement, à condition de le faire seul ou en petit groupe familial.
Visites familiales : Le confinement a rendu les séparations difficiles. À partir du 4 mai, il sera possible de rendre visite à des membres de la famille vivant dans la même région. La notion de « famille » n’est pas clairement définie, ce qui laisse certaines personnes exclues. Par exemple, je pourrai retrouver ma fille de 18 ans que je n’ai pas vue depuis 54 jours, mais je ne pourrai pas rendre visite à mes oncles et tantes de plus de 70 ans. Pour eux, les appels téléphoniques et les visioconférences resteront le principal moyen de contact, en espérant que d’ici le 18 mai la courbe du virus sera à plat.
Le gouvernement souhaite que nous maintenions la distanciation sociale tout en réintroduisant doucement la vie urbaine. Ce n’est pas difficile : il suffit d’adopter de nouvelles habitudes et de résister aux anciennes. Hier, en allant à mon épicerie du Campo de’ Fiori, j’ai croisé mon amie Francesca, la première que je vois depuis 50 jours. Un plaisir inattendu, mais nous avons dû nous rappeler de ne pas nous embrasser ni nous rapprocher trop.
Phase 2 : à partir du 18 mai
Le 18 mai marque une étape importante, mais elle reste dans le cadre de la phase 2 avec davantage de logistique. Si tout se passe bien, les musées pourraient rouvrir le 18 mai, tandis que restaurants, bars, gelaterias et salons de coiffure viseraient le 1 juin. De nombreux détails restent à préciser : masques obligatoires, ustensiles en plastique, réservations, contrôles de température… Les salles de sport, cinémas, écoles, colonies de vacances et clubs sportifs restent fermés.
Qu’est‑ce que cela signifie pour vous ?
L’avenir de l’Italie après le 18 mai ou le 1 juin reste incertain. Aucun plan concret n’est encore prévu pour le tourisme international, et les pays de l’espace Schengen évaluent encore la viabilité des voyages transfrontaliers.
En attendant, les gouvernements régionaux et locaux, ainsi que les associations hôtelières et touristiques, réfléchissent à des stratégies pour encourager le tourisme domestique. Vous envisagez un vol pas cher vers Rome en septembre ? Oui, à condition qu’il soit entièrement remboursable.
L’Italie doit avancer lentement pour progresser, en continuant de garder nos distances et d’éviter les attroupements. Beaucoup se demandent si les Italiens sauront rester patients, éviter les files d’attente trop longues, reprendre les baisers et les accolades, ou respecter les règles. J’espère que oui, car les Italiens ont montré une excellente discipline pendant le confinement et ils souhaitent retrouver les places publiques, les rencontres inattendues, la beauté, la cuisine et l’artisanat qui font la fierté du pays.
Pour plus d’interviews et d’analyses, consultez le blog Ciao Bella d’Erica.




