Une randonnée sacrée : du Wadi Dana à Pétra le long du Jordan Trail
Le Jordan Trail, sentier de randonnée longue distance de premier plan en Jordanie, permet aux aventuriers de suivre les traces des prophètes et bergers antiques à travers des cités perdues, des wadis arides et les paysages les plus sauvages du Moyen‑Orient. Ce guide détaillé vous propose un itinéraire de trois jours, du Wadi Dana à Pétra.
Ce texte a été publié dans le numéro d’octobre du magazine Lonely Planet (édition britannique).
Jour 1 : du Wadi Dana au Wadi Feynan (9 miles)
Randonner au Moyen‑Orient comporte des défis particuliers, comme les points de contrôle et les zones de sécurité. Le Jordan Trail, pourtant, franchit ces obstacles sur 640 km à travers le pays le plus pacifique de la région, des vergers du nord aux sables de la mer Rouge au sud.
Il fait revivre les anciennes traditions de marche des prophètes bibliques, des pèlerins de La Mecque et de guides modernes comme Mohammed Al Homran, qui a parcouru l’ensemble du sentier. Toujours armé d’une théière et d’une flûte, il affirme : « La marche, c’est ma vie. »
Revêtu de baskets jaune néon et d’un keffieh noir, Mohammed conduit ce périple de 80 km du village de Dana à Pétra. Né à Madaba, près du mont Nébo, il est passé de berger de troupeaux au bord de la mer Morte à guide de randonneurs.
Les canyons verdoyants du Wadi Dana abritent du gui, des pistachiers et des figuiers autour de sources d’eau, en contraste frappant avec le désert brûlant du Wadi Araba en contrebas. Cette réserve biosphérique, largement préservée, n’a guère changé depuis l’époque biblique.
Le garde‑forestier Salem Ali Al‑Naanah, ancien lieutenant de l’armée jordanienne, veille sur ce que l’on qualifie de « dernière nature sauvage du Moyen‑Orient ». Il protège les bouquetins nubien et les vautours fauves, tout en transmettant les légendes locales, notamment celle des djinns – esprits bienveillants ou malveillants qui habitent les grottes.
« Les djinns sont comme les gens, » explique Salem. « Personne ne croit aux fantômes, mais tout le monde croit aux djinns. »
Jour 2 : du Wadi Feynan au Wadi Feid (9 miles)
Le thé, préparé à partir de genévrier local et de douce herbe de bois, est l’indispensable compagnon du Jordan Trail. Au cœur du Wadi Feid, les traces de charbon de feu de camp marquent les anciens sentiers des bergers, encadrés par des montagnes escarpées.
La journée consiste à gravir des ravins, à atteindre des points de vue pour observer les rapaces, puis à descendre parmi des bosquets de bambous. Les troupeaux de bergers bédouins que l’on croise en route rappellent le riche patrimoine nomade de la Jordanie.
Au campement de Beni Atieh, Abu Mohammed offre thé et récits. Jadis nomade, il passait l’hiver dans le Wadi Araba et l’été à Shobak ; aujourd’hui il privilégie l’éducation de ses petits‑enfants, mais garde la nostalgie des longues marches.
« Jeune homme, j’ai marché dix jours avec mon troupeau, seul avec Allah, » confie‑t‑il. Les couchers de soleil offrent une vue imprenable sur les horizons du Négev et du Sinaï.
Sous les étoiles, nous partageons anecdotes de mésaventures et histoires de léopards fuyants. La pleine lune baigne le désert d’une lumière éthérée, renforçant le sentiment spirituel que suscitent ces espaces immenses.
Jour 3 : du Wadi Feid à Pétra (14 miles)
L’explorateur suisse Johann Ludwig Burckhardt a redécouvert Pétra en 1812, se déguisant pour pénétrer la capitale nabatéenne située près du tombeau du prophète Aaron. S’y rendre à pied reproduit la même émotion que celle ressentie par le Suisse.
Mohammed conduit à travers gorges et escaliers vers les zones nord du site, où des Bédouins habitent encore les tombeaux. Après avoir gravi le mont Hor jusqu’au tombeau d’Aaron, nous rencontrons le pèlerin Guillaume Duserre, entouré de paysages bibliques.
Le panorama englobe le monastère de Pétra, les sentiers du nord et la grande vallée du Rift qui s’étend jusqu’aux origines de l’Afrique – une conclusion parfaite à ce périple épique.




