Sin Galore à Singapour – Les secrets du Chinatown
Comme indiqué dans notre précédent article sur Singapour, cette cité-État d’Asie du Sud‑Est recèle de nombreux mystères. Chaque découverte lors de nos explorations urbaines soulevait de nouvelles questions. Pour aller plus loin, nous avons rejoint une visite guidée professionnelle, classée n° 1 sur TripAdvisor : The Original Singapore Walks, et nous avons choisi le parcours Secrets of the Red Lantern dans le Chinatown.
Ce fut sans conteste la visite à pied la plus captivante que nous ayons vécue : audacieuse, brute et fascinante.
Vie surpeuplée : seaux de salle de bain et appartements sardines
Au cœur du Chinatown, le guide a raconté l’histoire du quartier à travers les yeux des immigrants chinois arrivés après que Sir Stamford Raffles ait fondé Singapour comme comptoir de la Compagnie des Indes orientales en 1819. Ces arrivés du XIXᵉ siècle survivaient à de rudes traversées en mer, débarquant sans le sou, affamés et endeuillés. L’aide initiale de leurs compatriotes les piégeait souvent dans un système de dettes interminables, comparable au métayer américain.
Le guide, Janet, a décrit les shophouses : des boutiques ou ateliers au rez‑de‑chaussée, tandis que 20 à 30 personnes logeaient dans un seul appartement à l’étage, parfois couchées sur des planches en bois ou directement sur le sol, en alternance de postes.
Au début de la visite, elle nous a conduit dans une ruelle arrière impeccablement propre pour nous montrer les petites portes arrière des shophouses. Là, des seaux odorants recueillaient chaque jour les déchets humains, qui étaient ensuite vidés par des camions de collecte. Sa narration vivante nous a fait ressentir la puanteur de ces conditions insalubres et surpeuplées.

Fuir la misère : bordels et dens d’opium
Les conditions de travail étaient tout aussi déplorables, poussant les habitants à chercher du réconfort dans les bordels et les dens d’opium. L’opium, fumé, procurait un soulagement éphémère de la douleur. Le Chinatown était alors le centre névralgique de la prostitution ; Janet nous a appris à distinguer les établissements « de classe supérieure » et à faire la différence entre les bordels chinois (destinés aux locaux) et les bordels japonais (fréquentés par les Européens).
Bien que le quartier se soit gentrifié et que la prostitution légale se soit réduite, elle nous a discrètement fait passer devant un dernier bordel légal. Observer son entrée clinique dans une ruelle sombre contrastait fortement avec les récits de son passé bruyant. Elle a également présenté des documents d’époque (voir images).
L’histoire sexuelle du Chinatown a contribué à faire de Singapour un point de ralliement de la communauté gay – un sujet délicat. L’homosexualité masculine reste illégale et stigmatisée, pourtant la ville accueillait jusqu’à récemment un grand festival gay mondial. Les explications franches de Janet rivalisaient avec celles de circuits LGBT spécialisés, incluant une halte sous un drapeau arc‑en‑ciel dans un bar gay très fréquenté. Le groupe, très divers, a apprécié cette approche inclusive.
Les liens de Janet avec la communauté locale se sont manifestés lorsqu’elle nous a présenté le propriétaire d’une boutique de médecine chinoise, qui prétendait fournir au président Bill Clinton un élixir puissant (serpents et insectes en solution pour la vitalité).
Elle a recommandé un excellent restaurant végétarien chinois, que nous avons dégusté avec plaisir. Bien que nos tentatives d’accès à un bordel aient échoué malgré les efforts de Singapore Walks, leur initiative a été très impressionnante.
Janet a conclu avec une anecdote : Singapour était autrefois surnommée « Sin Galore », un jeu de mots où le « p » de « Singapore » était remplacé par un « l », pour évoquer le vice qui régnait à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle.
Depuis notre point de vue au Marina Bay Sands en 2012, nous n’avions jamais imaginé cet aspect caché. Le découvrir a été une véritable adrénaline.





