Mon terrain de jeu hors du commun
Une idée folle, un saut audacieux
Tout a commencé avec une idée folle : traverser l’Asie, de Hong Kong à Istanbul, à pied et en voiture. Après quelques voyages de courte durée, j’ai décidé de franchir le pas. Une soirée brouillonne dans un pub a réveillé en moi la volonté de concrétiser ce projet ambitieux.
Du consulat du Pakistan à la vallée de Hunza
Quelques mois plus tard, au consulat pakistanais de Londres, l’appréhension était à son comble. Que vous vient‑à‑l’esprit quand vous pensez au Pakistan ? Des avertissements me disaient de ne pas tenter l’aventure. Mais une fois en Inde, les doutes se sont dissipés. Quelques jours avant de franchir la frontière, la nouvelle de la capture d’Oussama Ben Ladén à Abbottabad a ajouté une touche de gravité à mon périple.
Mon séjour à Karimabad, nichée dans la vallée de Hunza, était tout le contraire de mes craintes. Ce véritable Shangri‑La, entouré de sommets culminant à 7 000 m, était un havre de paix où les habitants, doux et généreux, vous accueillaient comme un ami.
Préparatifs pour le vol en parapente
Le petit matin était consacré au petit‑déjeuner, tout en gardant un œil sur les nuages et le visage vertical de 5 km du Rakaposhi. J’ai chargé mon équipement dans le « Mountain Lion », un jeep des années 1950 qui a défié les années dans les collines. Le chauffeur, légèrement éméché, m’a lancé : « Ce sera une bonne journée pour les oiseaux, inshallah ». Malgré une température de 30 °C, je me suis vêtu de cinq couches, d’une veste en duvet aux trois paires de gants, prêt à affronter le vent.
Sur le décollage, jonché de rochers, je me suis préparé à courir à toute vitesse pour libérer ma voile de 300 m de lignes, espérant qu’aucune ne s’accroche.
Envol et première ascension thermique
Après un bond, je me suis retrouvé dans une colonne d’air chaud créée par les rochers chauffés par le soleil. En dix minutes, j’avais gagné plusieurs milliers de mètres, survolant la vallée et admirant l’oasis de Karimabad depuis les hauteurs. Le vent était plus doux, et je me suis rapproché des parois rocheuses, frôlant la neige à 50 km/h, conscient que chaque erreur pouvait être fatale à plus de 5 000 m d’altitude.
Vers le majestueux Rakaposhi
Après avoir traversé la crête, la vallée s’est ouverte sous mes pieds. Un bref arrêt pour un repas improvisé de paratha enveloppés dans du papier journal m’a rappelé que je n’étais pas totalement acclimaté à plus de 6 000 m. L’euphorie était mêlée à la rareté d’oxygène.
Le visage du Rakaposhi, 7 788 m de pur géant, était désormais à portée de main. Ce qui aurait nécessité quatre jours de randonnée jusqu’à la base s’est fait en quelques heures de vol. Les cascades de glace et de neige descendaient lentement, tandis que le soleil d’été caressait à peine les parois.
Un bref passage dans un courant descendant m’a rappelé la puissance du massif. J’ai rapidement changé de trajectoire, cherchant une thermie plus douce, avant de redescendre vers une rivière où j’ai atterri à quelques kilomètres de mon hôtel.
Accueil chaleureux et soirée locale
Sur les rives sableuses, une foule d’enfants curieux m’a entouré, impatient de voir mon aile. Après les avoir instruits sur le pliage, j’ai rangé mon matériel. Le soir, le chai et le dîner, accompagnés d’un alcool de mûrier distillé, ont animé la nuit jusqu’à tard.
Un retour inattendu
Je ne suis jamais rentré à l’hôtel cette nuit‑là, et voler le lendemain aurait été imprudent. J’ai donc choisi de me détendre dans un hamac, contemplant les montagnes qui constituent mon terrain de jeu hors du commun.




