À Bethléem à la recherche de mon père

Toutes les photos d'album de famille sont gracieuseté de Liza Foreman.
Un voyage initiatique
Nous ouvrons 2015 avec une aventure racontée par la contributrice de Fathom et journaliste globe-trotteuse Liza Foreman. Son nouveau projet Kickstarter, Bethlehem: Road to Palestine, sera un mémoire sur ses grands‑parents paternels, marchands de tissus itinérants dans les années 1930‑1940, ainsi que sur des personnages familiaux tels que son arrière‑grand‑père Giris, gouverneur de Bethléem, et une grande‑tante qui a choisi la vie religieuse après avoir refusé la demande en mariage de Lawrence d'Arabie. Le périple la conduira de Bethléem à Santiago, Bombay, Kobe, le Soudan et Khartoum. Voici le début de son histoire, à la recherche de son père.
Printemps 1988 – la première Intifada
Je prends un bus de Jérusalem à Bethléem, cherchant mon père. Des soldats, casqués, observent d’un œil méfiant la jeune Anglaise de dix‑sept ans qui descend du bus. Ma mère, restée en Angleterre, m’avait suppliée de ne pas partir, mais je suis partie.
Les habitants, nous prenant pour des Israéliens perdus, nous hurlent depuis leurs balcons. Nous finissons dans une boutique de souvenirs désertée où un homme nous habille en costume traditionnel et nous sert du thé à la menthe.
« Où puis‑je trouver Farad Mattan ? » demandai‑je. « Il vit au-dessus du restaurant Seven Seas, » me répondit‑il.
Rencontre avec le père
Mon père, Farad, était un Arabe chrétien issu d’une vieille famille aisée de Bethléem, formé à Londres, et parti quand j’avais deux ans. Il était considéré comme « citoyen de seconde classe » et désavoué pour un enfant né hors mariage.
Après plusieurs tentatives infructueuses pour le joindre, je me retrouve en 1990, dans un programme d’échange en Israël. J’appuie l’interphone d’un immeuble. Un garçon répond : « Veuillez dire à Farad que Liza est ici. » Silence pendant trente minutes, puis une voix dit « Entrez ».
Mon frère aîné m’accueille dans un salon somptueux. Pour la première fois, je vois le visage de mon père. Il me parle calmement, s’enquiert de ma mère, de ma sœur, de mon bien‑être. Nous discutons une demi‑heure, puis il fait appeler un chauffeur pour nous ramener à Jérusalem.
Des retrouvailles qui s’étendent
Deux ans plus tard, je revois Farad à l’hôtel King David. Sa femme le décrit comme un homme « qui voit tout en noir et blanc », incapable de vraiment me connaître. Il me laisse son numéro au cas où j’aurais besoin d’aide.
Plus tard, il finance mes études de doctorat et m’envoie des chèques, sans jamais écrire de lettre. Des années de colère et de désespoir me poussent à chercher désespérément son affection, jusqu’à ce que, au bord de la ruine, je trouve sur Internet des photos de lui, un arbre généalogique et découvre trois frères et sœurs que je n’avais jamais connus.

Images tirées des albums familiaux de Liza.
Un réalisateur palestinien que j’interviewais à Sundance me raconte qu’il connaît Farad. Un message Facebook arrive : « Farad est mon oncle, j’ai entendu ton histoire, je veux en savoir plus ». Il s’avère que ce correspondant est mon cousin, que j’avais déjà interviewé à Dubaï.
Un nouveau chapitre familial
Le cousin me révèle que notre famille de marchands de tissus a voyagé de Bethléem au Japon, à l’Inde, au Soudan et en Angleterre avant de revenir à Bethléem. Les enfants ont été scolarisés d’Alexandrie à Londres. Tous sont des nomades.
Elle m’invite à son mariage en Caroline du Nord. J’y vais, et là, dans le parking, je suis accueillie par une foule d’oncles, de tantes et de cousins que je ne connaissais pas. Les émotions sont intenses : surprise, joie, larmes.
Mon père, toujours secret, est finalement confronté à son propre arbre généalogique. Sa femme pleure, ses enfants sont stupéfaits. Les récits familiaux affluent : grands‑oncles qui possédaient des usines textiles, un arrière‑grand‑père gouverneur de Bethléem, une tante qui a failli épouser Lawrence d'Arabie, des origines près de Lyon (Denim) et même une blague sur les croisés portant des jeans.
Après quatre jours, je rentre chez moi, les yeux pleins de larmes, mais le cœur rempli de nouvelles connexions – cousins du Chili à la Jamaïque, amis aux États‑Unis et en Europe.
SOUPORTEZ LE PROJET
Pour en savoir plus et soutenir le projet Kickstarter Bethlehem : Road to Palestine, cliquez ici.
MAIS ATTENDEZ, IL Y A PLUS
Dans Fevered Pursuit of My German Ancestors
Une fille d’exil revient à Cuba
Quand on voyage seul, on appartient à tous




