Célébrer les morts à San Miguel
Alors que les États‑Unis se remettent des ravages de l’ouragan Sandy, New York et le New‑Jersey reconstruisent avec détermination. Aujourd’hui, le calendrier indique Halloween, mais les défilés et la chasse aux bonbons ont été annulés ou reportés. Au Mexique, la fête du Dia de los Muertos — le Jour des Morts — se poursuit, mêlant les traditions catholiques de la Toussaint (1 nov.) et du Commémoration des fidèles défunts (2 nov.). Cette année, notre amie Véronique Pittman lance La Calaca, un festival artistique municipal à San Miguel de Allende du 1er au 4 novembre 2012. Voici son histoire, entre mort et renaissance, traditions anciennes et modernité, et hommage aux êtres chers.
Naissance de La Calaca
San Miguel de Allende, Mexique – L’idée de La Calaca est née d’une conversation tardive entre moi et mon amie et co‑productrice Klaudia Oliver, dans ma maison de San Miguel. Ce qui devait être un camp thématique « Jour des Morts » à Burning Man s’est transformé en un événement de quatre jours, du 1er au 4 novembre 2012, destiné à revitaliser la ville sur les plans économique, social et artistique.
Photo : Annie Coleman
Financement et bénévoles
Nous avons mobilisé un petit groupe de jeunes talentueux (je les dépasse d’au moins dix ans) qui, pendant trois mois, ont mis leurs vies et leurs emplois de côté. Notre budget total de 17 000 $ a été levé sur Indiegogo. J’ai couvert les frais de l’Earth Harp, mais le reste a dû être réalisé avec ce budget limité afin que, si La Calaca devient un événement annuel, il reste reproductible.
Objectifs du festival
Nous avons profité de la bonne volonté des habitants et des personnes des villes voisines, qui participent pour peu ou pas d’argent. Pourquoi ? Parce qu’ils comprennent que le festival attirera l’attention sur leurs œuvres et sur des régions du Mexique que les touristes évitent par méconnaissance, alors même que le danger est moindre.
Nous voulons également prouver qu’on peut créer un festival de qualité sans sponsors tape‑à‑l’œil ni logos envahissants, et que la municipalité ne devrait pas financer l’événement avec les fonds publics, mais plutôt investir dans l’aide aux plus démunis, les infrastructures (recyclage, purification de l’eau, services sociaux, santé maternelle, éducation, etc.).
Photo : Jeremy Woodhouse
Réinventer le Jour des Morts
La Calaca (« le crâne ») vise à réinventer les traditions du Día de los Muertos en les rendant plus participatives, en rassemblant des communautés qui ne se côtoient pas habituellement, et en les rendant attractives pour les touristes. J’estime aussi que Halloween (mon anniversaire) gagnerait à être repensé pour y injecter davantage de sens. Le rêve serait d’importer ce concept aux États‑Unis et de fusionner le 31 octobre et le 1 novembre en deux jours de célébration dédiés à nos ancêtres décédés.
Ambitieux ? Peut‑être. Mais avec une population américaine qui devrait être 40 % latino d’ici vingt ans, ce n’est pas un simple fantasme. Le Cinco de Mayo, par exemple, n’est pas fêté au Mexique mais aux États‑Unis, grâce aux campagnes marketing des brasseurs et des marques de tequila.
Photo : Lulu Torbet
Le public jeune et les réseaux sociaux
Nous avons commencé à planifier le festival en août. Il n’est pas surprenant que la plupart de nos 7 000 fans sur Facebook soient des adolescents de 13 à 18 ans de Mexico. Ils nous apprécient parce que nous transformons une tradition parfois perçue comme « ennuyeuse » (« aujourd’hui, tu vas décorer la tombe de ton grand‑père et écouter des histoires sur lui… ») en quelque chose de branché et d’excitant. Ils sont également fiers qu’une page bilingue promeuve l’art qui découle de cette fête.
Le sens profond du Jour des Morts
Le crâne est un symbole universel, mais les Mexicains y voient un lien particulier. Cependant, il existe un fossé entre les modes vestimentaires du Día de los Muertos et la véritable compréhension de la tradition. Cette journée profonde fait disparaître la frontière entre les vivants et les morts. Nous honorons nos proches décédés en buvant leurs boissons favorites, en dégustant leurs plats préférés et en racontant leurs histoires.
Imaginez si, aux États‑Unis, nous célébrions Halloween avec les enfants, puis, le lendemain, nous rendions dans les cimetières pour décorer les tombes de nos proches et passer du temps en famille. Quand je dis à mes enfants que nous devons conduire jusqu’à Cornwall, Connecticut, pour déposer des fleurs sur la tombe de mon père, cela les décourage. Une nouvelle tradition pourrait changer leur perception.
SI VOUS AVEZ LA CHANCE D'Y ALLER
Informations complètes sur le festival La Calaca
La Calaca sur Facebook
La Calaca sur Twitter
Les temps forts du festival à ne pas manquer :
Visite du cimetière avec Arturo Morales – vendredi 2 nov.
Parade La Calaca – parade participative de Catrinas avec des mojigangas et des enfants d’écoles
Earth Harp – performances nocturnes sur le plus grand instrument à cordes du monde
Installation nu de Spencer Tunick, Spirits – dimanche 4 nov.
Projet Calavera – installation publique de grands crânes disséminés dans la ville
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