Paris à travers les yeux d’une rédactrice culinaire
Christine Muhlke, rédactrice en chef exécutive de Bon Appétit, a le goût du raffinement dans tout ce qu’elle entreprend. Elle possède des appartements à New York et à Paris, et nous a fait l’honneur de l’accompagner pour un dimanche parfait à la parisienne. Retrouvez le récit de ses aventures parisiennes dans Bon Appétit.
PARIS – Pour la plupart des Américains, les dimanches à Paris semblent incompréhensibles – « Tous les commerces et restaurants sont fermés ?! » – mais ils ne sont pas forcément synonymes d’ennui. Alors que les Parisiens passent l’après‑midi à cuisiner chez eux avec leur famille, je profite d’une journée douce et tranquille.

Photo : Musée du Carnavalet.
Au marché
Il y a dix ans, j’ai été chassée du marché aux puces de Clignancourt. Un ami local, véritable chineur, m’a alors présenté Vanves. Ce petit marché, à la lisière du 14ᵉ arrondissement, propose ce que John Derian appelle les "smalls" : des objets faciles à transporter. On y trouve de la vaisselle fine, mais surtout des cartons détrempés contenant couverts à 1 €, cartes postales, livres d’art, bols ébréchés, etc. Le marché s’enroule dans une petite ruelle où la négociation devient un vrai jeu. Arrivez tôt : l’avenue M. Sangnier ferme à 13 h (commencez à marchander dès 12h30) tandis que les vendeurs de l’avenue G. Lafenestre restent jusqu’à 15‑17 h.
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Le déjeuner du dimanche reste limité, mais pas inexistant. Je réserve une table à L’Assiette, à 20 minutes de marche de Vanves, en profitant parfois d’une foire du livre qui s’installe rue de l’Ouest. Le chef, ancien bras droit d’Alain Ducasse, revisite les classiques (escargots, cassoulet, œufs à la coque) avec une touche moderne, tout en conservant ces saveurs généreuses qui m’obligent à tremper chaque morceau de pain campagnard dans la sauce.

Photo : Les Petits Mitrons.
Si l’envie de flâner persiste, je me dirige vers le comptoir de Pierre Hermé sur la rue Vaugirard pour acheter des macarons pour la semaine (cette boutique est ouverte le dimanche, contrairement à celle du 6ᵉ). À quelques pas, Des Gâteaux et du Pain, boutique d’une boulangère formée chez Hermé, propose une avalanche de douceurs : pains, pâtisseries, chocolats.
Un autre dimanche, je prends le métro jusqu’à la place de Clichy (18ᵉ) et je découvre Le Bal Café, niché dans une petite ruelle. Les deux chefs, jeunes Britanniques venues de St John Bread & Wine et Rose Bakery, offrent un brunch sans prétention avec un café parmi les meilleurs de Paris et une belle sélection de vins naturels.
Si vous avez loué un appartement et que vous souhaitez cuisiner, vous avez jusqu’à 13 h pour faire vos courses. J’aime parcourir la rue Lepic (18ᵉ) : tartes chez Les Petits Mitrons, saucisson au bleu chez Aux Vrais Produits d’Auvergne (et le saucisson aux noisettes chez Jacky Gaudin, 50 rue des Abbesses). Puis je redescends la rue des Martyrs (9ᵉ) : quiche au bacon chez Rose Bakery, éclair à la vanille chez Sébastien Gaudard.
Quand le temps le permet (et le portefeuille aussi), je file au marché biologique du boulevard Raspail (6ᵉ) de 9 h à 14 h pour une poule rôtie à 25 € et une salade. Le marché des Batignolles reste ma préférence le samedi.
Culture
Je préfère les visites d’art le jeudi ou le vendredi soir, quand les musées ouvrent leurs nocturnes que les touristes ratent au profit d’un dîner. Le dimanche, je me rends au Jeu de Paume Concorde pour l’exposition de photographie du moment, puis j’observe les passants dans les Tuileries – une façon agréable de tuer l’après‑midi.
Les dimanches sont aussi idéaux pour le Musée Picasso (actuellement fermé pour travaux), le Musée Carnavalet (histoire de Paris, exposition Atget jusqu’en juillet) ou des lieux atypiques comme l’Institut Curie, où Marie Curie a travaillé vingt ans. Et bien sûr, on peut toujours s’échapper à Versailles.
En cas de pluie maussade, je me glisse au cinéma Action Christine, qui programme régulièrement de vieux chefs‑d’œuvre. J’imagine Susan Sontag, habituée du lieu, assise derrière moi.

Photo : Rosa Bonheur.
Parc et détente
Il y a quelques années, en enquêtant sur le 20ᵉ arrondissement, j’ai traversé le parc des Buttes‑Chaumont et découvert Rosa Bonheur, un snack‑bar qui se transforme en soirée festive. Le parc, vallonné et pittoresque, rappelle ceux de Londres, et le Rosa Bonheur offre terrasse, fromage, écriture le jour et danse toute la nuit avec un punch maison. Pensez à imprimer le plan avant d’y aller.
Le dilemme du dîner
Le dimanche, il faut réserver plusieurs jours à l’avance, sinon vous finirez avec du poulet rôti dans votre chambre. Voici quelques adresses incontournables : Benoît (plats ultra‑classiques, menu déjeuner 35 €), Breizh Café (crêpes de sarrasin bio), Chartier (ambiance Keith McNally, cuisine moyenne mais très bon marché), Le Verre Volé (vins naturels, boudin noir, jambon de Paris, carpaccio de poulpe), L’Avant Comptoir (petite antichambre du Comptoir du Relais, charcuterie, crêpes), Café des Musées (menu saisonnier abordable).

Photo : Benoît.
Guides et ateliers
Si vous voulez apprendre plutôt que simplement consommer, Context Travel propose des visites guidées par des experts locaux : architecture moderniste, séminaire Monet avec un peintre, ou immersion dans « Le Ventre de Paris » de Zola animée par l’historienne culinaire Carolin Young. Mon beau‑père, ayant raté son tour des Halles couvertes, a fait appel à un jeune artiste via Context pour une visite privée des meilleurs spots photo à Montmartre – tout le monde était ravi, même un dimanche.
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