Pourquoi le moment est venu de visiter le Salvador
Le tourisme représente une part essentielle de l’économie salvadorienne. En 2016, plus de 17 % du PIB provenait des Salvadoriens de la diaspora qui envoyaient de l’argent à leurs proches. Une communauté soudée veut changer cette dynamique, en développant un tourisme réfléchi et durable.
EL SALVADOR – « Attends, tu vas où ? »
« Tu as le droit d’y aller ? »
J’ai entendu plusieurs remarques de ce type, ainsi qu’une amie qui m’a demandé d’importer du café, avant de partir pour mon premier voyage au Salvador le mois dernier.
Pour un pays aussi petit – le plus petit d’Amérique centrale, plus compact que le Massachusetts – le Salvador jouit d’une réputation souvent difficile. Une guerre civile brutale a déchiré le pays de 1980 à 1992, suivie d’une vague de violence liée aux gangs, alimentée par une économie fragilisée.
Changer une réputation prend du temps, mais lors de mon séjour j’ai été surpris de découvrir une destination non seulement sûre, mais en pleine mutation, bien plus rapidement que les gros titres ne le laissent croire.
Une communauté engagée travaille à créer des opportunités via le tourisme, tant pour faire connaître son patrimoine au monde qu’à ses compatriotes, afin qu’ils puissent être fiers de leur passé et de leur présent. J’ai rencontré Rhina de Rehmann, qui, quelques années après la fin de la guerre, a créé une ferme biologique d’indigo pour offrir aux anciens combattants, certains ayant servi depuis l’adolescence, une formation à l’agriculture et aux textiles. J’ai également fait la connaissance de Dionisio Mejía, guide chez GreenBlueRed, qui m’a parlé des volcans (le Salvador en compte 25), du café (je lui ai demandé les grains Café Ataco) et de son vécu familial pendant le conflit.
Le tourisme compte énormément pour le Salvador. En 2016, plus de 17 % du PIB provenait des envois de fonds de la diaspora. Tous ceux que j’ai rencontrés souhaitent que cette proportion diminue. Ils œuvrent à développer de nouvelles filières et une économie plus autosuffisante, afin d’attirer les visiteurs du monde entier. Entre 200 miles de plages, la faune (singes-araignées, quatre espèces de tortues marines), les villes coloniales pavées et une scène de bière artisanale en plein essor, qui refuserait d’y aller ?
Une fois les préjugés dépassés, voici ce que le Salvador vous réserve réellement.
Randonnées volcaniques
Les volcans dominent le paysage salvadorien et sont l’attraction phare du pays. Le Parc National des Volcans, à 40 miles au nord‑ouest de San Salvador, protège trois sommets majeurs : Santa Ana, un volcan de deux millions d’années à l’éruption mémorable de 2005 ; Izalco, surnommé « le phare du Pacifique » pour son activité quasi‑continue depuis 1770 ; et Cerro Verde, couvert de forêt et âgé de 1,5 million d’années.
Les randonneurs débutants peuvent opter pour Cerro Verde, qui propose une boucle de vingt minutes autour du sommet boisé. Pour un défi moyen, le sentier de Santa Ana dure environ quatre heures et mène à un cratère où se trouve un lagon turquoise et la vue sur le lac volcanique Coatepeque. Izalco représente le parcours le plus exigeant, d’une durée d’environ cinq heures. Réservez une excursion avec GreenBlueRed : ils organisent déjeuner en camp de base, atelier de fabrication de pupusas (galettes de maïs fourrées au fromage, haricots ou viande) et visite guidée du volcan.
Aventures avec les tortues marines
« Il y en a une ! Là‑bas ! » s’écrie un bénévole alors que son collègue plonge depuis le bateau. En quelques secondes, il remonte avec une tortue noire de 45 kg enroulée autour de ses bras. Le groupe de conservation, ProCosta, suit et marque ces reptiles pour assurer leur survie. Vous pouvez les accompagner, deviner le poids de la tortue et même lui donner un nom.
Réservez l’expérience via Puerto Barillas, une marina‑lodge à Jiquilisco Bay (à deux heures de San Salvador). Le site propose kayak, pêche au gros, visites de plantations de cacao et tours du sanctuaire des singes. Vous pouvez passer la nuit dans une cabane dans les arbres ou une villa spacieuse, entourée de cocotiers et de cacaoyers.
Manoir colonial transformé en hôtel boutique
« La vie est lente ici, même l’histoire prend son temps – on vit toujours au XIXᵉ siècle ! » plaisante Pascal Lebailly, co‑propriétaire des Los Almendros de San Lorenzo, un hôtel de douze chambres installé dans le village colonial de Suchitoto. À 50 minutes de la capitale, Suchitoto semble figé dans le temps : rues pavées de pierres, habitants à cheval, façades pastel aux teintes délavées.
Le village porte cependant un message fort : « En esta casa queremos una vida libre de violencia hacia las mujeres », un appel à la fin des violences faites aux femmes, affiché sur de nombreuses maisons.
À l’intérieur, chaque chambre est décorée d’œuvres d’art uniques. Le hall s’ouvre sur une cour, un bar‑restaurant et une bibliothèque remplie d’antiquités. Le co‑fondateur, Joaquín Rodezno, ancien ambassadeur du Salvador en France, expose des photos de son séjour européen et des pièces d’art contemporain. Un deuxième patio, une piscine et un espace boutique complètent l’offre, idéal pour déguster des pupusas entre deux sessions shopping.
Une ferme d’indigo engagée
Rhina de Rehmann a fondé l’exploitation biologique d’indigo Hacienda Los Nacimientos, près de Suchitoto, pour offrir une seconde chance aux anciens soldats et relancer une tradition séculaire. Au temps de la colonisation, l’indigo était appelé « or bleu » et considéré parmi les meilleurs au monde. L’avènement des colorants synthétiques au XIXᵉ siècle a décimé le marché, mais la demande actuelle pour des pigments organiques redonne vie à la culture.
Aujourd’hui, les teintures de la ferme sont achetées par des marques de denim comme Levi’s, Gap et Benetton. Des visites et ateliers sont proposés : vous découvrez la culture de l’indigo, le processus d’extraction, puis créez vos propres motifs sur une écharpe avant de la plonger dans des seaux de bleu éclatant.
Un paradis pour les surfeurs
Sur la côte, le tourisme s’oriente vers l’innovation. À El Zonte, petite ville de surf à une heure de San Salvador, l’hôtel boutique Palo Verde (ouvert en 2017) compte dix chambres et mise sur la durabilité : pailles interdites, shampooings rechargeables, serviettes limitées à une par client.
Une piscine à débordement surplombe la plage et le spot de surf « right‑breaker » très prisé. L’établissement propose cours de surf et leçons d’espagnol. À quinze minutes plus loin, le complexe cliffside Acantilados (ouvert en 2018) offre 19 chambres, une salle de sport, plusieurs bars, une chapelle et un restaurant éclectique, Fausto, où l’on peut déguster des sushis tempura‑plantain ou du homard à la sauce espresso. Le joyau du lieu est la piscine naturelle située au pied des falaises, où les vagues se jettent directement dans l’eau.
Bière artisanale créative
Une scène brassicole dynamique a émergé ces sept dernières années. Cadejo Brewery, fondée par David Falkenstein (Salvadorien de naissance, formé aux États‑Unis), possède trois bars et restaurants, dont un comptoir en bord de mer à La Libertad.
En 2015, Santo Coraje a rejoint le mouvement. Cette brasserie primée, dirigée par Cecilia Cruz Palma – la première et unique femme maître‑brasseuse du pays – intègre des ingrédients locaux comme l’orange dans une hefeweizen ou la flor de izote (fleur nationale) dans une bière saisonnière. Le troisième acteur majeur, Premio, complète le trio. « Un tiers des brasseurs artisanaux salvadoriens sont des femmes », plaisante Cecilia.
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